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Chaise-Dieu

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Une vie de héros

Chaise-Dieu
Abbatiale Saint-Robert
08/26/2013 -  et 23 (Lessay), 25 (La Côte-Saint-André) août 2013
Hector Berlioz : Harold en Italie, opus 16
Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 3 «Eroica», opus 55

Amihai Grosz (alto)
La Chambre philharmonique, Emmanuel Krivine (direction)




Suite au départ de Jean-Michel Mathé, qui a pris les rênes du festival de Besançon, c’est sous la houlette du tout jeune Julien Caron (26 ans) qu’est désormais placé le festival de la Chaise-Dieu. Plein d’enthousiasme, il a plusieurs projets à cœur, notamment ceux de «rajeunir le public», de «créer des journées thématiques» et de «faire entrer la danse à l’abbatiale».


Pour sa quarante-septième édition, du 21 août au 1er septembre, ce ne sont pas moins de trente-sept concerts (sans compter les nombreuses manifestations gratuites) qui résonneront en l’abbatiale Saint-Robert, siège historique de la manifestation créée par Georges Cziffra en 1966, mais également dans diverses communes de la Haute-Loire et du Puy de-Dôme (Le Puy-en-Velay, Ambert, Brioude, Saint-Paulien et Chamalières-sur-Loire). On pourra y entendre de grandes formations symphoniques, comme les orchestres nationaux de Lorraine et de Lyon, des ensembles baroques réputés, tels Pygmalion de Raphaël Pichon et Les Nouveaux Caractères de Sébastien d’Hérin, mais aussi des solistes instrumentaux ou vocaux de renom (Frank Braley, Zhu Xiao-Mei et Bertrand Chamayou côté piano, Sabine Devieilhe, Julien Behr et Florian Sempey côté voix).


Comme de coutume le concert, intitulé «Une vie de héros», débute par une brève pièce donnée sur le magnifique orgue de l’abbatiale, ce soir une page d’Alexandre-Pierre François Boëly intitulée Tierce en taille. Mais certains spectateurs ne semblent pas la connaître – ou du moins la respecter – car ils sont nombreux à continuer leur conversation, à plus ou moins haute voix...


Fort heureusement, c’est une écoute plus attentive qu’ils réservent ensuite à La Chambre Philharmonique venue interpréter, avec son fondateur Emmanuel Krivine à la baguette et Amihai Grosz, alto solo du Philharmonique de Berlin, le sublime Harold en Italie du génial Hector (Berlioz). On est d’emblée happé par la grande douceur qui émane du jeu de l’Israélien, à laquelle répond un magnifique tapis de cordes, dans «Harold aux montagnes», mais plus encore dans la célèbre «Marche des pèlerins», où l’auditeur doit percevoir l’effet de rapprochement puis d’éloignement de pèlerins imaginaires: la raréfaction des sons a été conduite avec une stupéfiante maîtrise par le chef français. La «Sérénade » qui suit met à l’honneur un excellent hautbois qui, avec l’alto, évoquent une sentimentalité inspirée par la bien-aimée, tandis que l’«Orgie de brigands» conclusive est enlevée de superbe façon par une formation rutilante à souhait.


Après l’entracte, c’est avec une autre forme d’héroïsme que nous avons rendez-vous: la bien nommée Troisième Symphonie de Beethoven. Là encore, à la tête de sa phalange, qui joue sur instruments anciens, Emmanuel Krivine enthousiasme par une direction de haute tenue et d’une précision exemplaire. Si la lecture du premier mouvement s’avère particulièrement tranchante et dynamique, elle sait respirer ensuite dans une «Marcia funebre» empreinte de gravité. Après un Scherzo transparent – l’effectif allégé favorise il est vrai une grande clarté dans le discours –, Krivine souligne à nouveau le caractère conquérant et révolutionnaire de la partition, dans un Finale qui révèle une profondeur étonnante et une parfaite maîtrise des plans sonores.


La veille, nous avons eu la chance d’assister à une très belle version du Requiem de Verdi interprétée par l’Orchestre national de Lorraine et son directeur musical, Jacques Mercier. Entre messe et théâtre, dilemme classique inhérente à cette œuvre, le chef français a fait pencher la balance du second, avec une direction vivante et contrastée, et surtout jamais lourde ou de mauvais goût, comme on peut l’entendre parfois sous une baguette moins inspirée. L’autre belle satisfaction de la soirée fut le quatuor vocal qui sut rester sobre et simple dans son expression (la soprano Bénédicte Roussenq, la mezzo Nona Javakhidzé, le ténor Avi Klemberg et la basse Nicolas Courjal), mais plus encore le formidable Chœur philharmonique tchèque de Brno, véritable masse en fusion parfaitement intégrée à la beauté éruptive de la phalange lorraine.



Emmanuel Andrieu

 

 

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