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Le chant et la danse

Millau
Abbaye de Sylvanès
08/14/2013 -  et 16 août 2013 (Rodez)
Carlos Guastavino : Indianas (*)
Maurice Ravel : La Valse (arrangement Lucien Garban)
Johannes Brahms : Liebesliederwalzer, opus 52 – Ungarische Tänze, WoO 1 (Livres I et II)

Marion Jacquard, Jamal Moqadem (*) (piano)
Ensemble vocal Michel Piquemal, Michel Piquemal (direction)




Dans l’Aveyron, aux confins de l’Hérault et du Tarn, l’abbaye cistercienne (XIIe-XIIIe) de Sylvanès, pourtant classée monument historique en 1854, était, au milieu des années 1970, abandonnée et en grande partie à l’état de ruines. Ainsi, l’aile Est, bien que rachetée par la commune à un agriculteur qui avait transformé le scriptorium et la salle capitulaire en bergeries et le logis de l’étage en grange, n’était pas entretenue, faute de moyens. A partir de 1975, André Gouzes, frère dominicain (et compositeur), et Michel Wolkowitsky la firent revivre au travers d’une association. Celle-ci s’est d’abord attachée à la restauration des bâtiments, puis a enrichi l’église abbatiale de grandes orgues du facteur Daniel Birouste, inaugurées en 1997, deux ans après la reconstruction, à quelques kilomètres de là, d’une église en bois de style orthodoxe originellement édifiée en Russie.


En outre, le lieu abrite désormais un festival de musiques sacrées et de musiques du monde, créé en 1978, et un centre international de recherche, de formation, de création et d’édition au service de la liturgie et de la musique sacrée. C’est également un centre culturel et artistique pluridisciplinaire menant des activités de formation, de production et de diffusion en matière de musique, de chant choral, de chant sacré et de peinture, accueillant colloques, rencontres et séminaires sur le dialogue interreligieux et interculturel.


Sous la direction artistique de Michel Wolkowitsky, la programmation du festival, complété par un «festival off» du 1er juin au 7 novembre, s’inscrit dans la droite ligne de cette histoire et de ces ambitions à la fois artistiques, humaines et spirituelles. Intitulée «Métamorphoses» – «Face à la peur que provoquent [...] les immenses mutations» du monde actuel, «la culture, les arts, la musique peuvent nous offrir des espaces de liberté, de rencontres, de rêveries et d’émotions partagées où nourrir nos esprits et apaiser nos cœurs» –, la trente-sixième édition, du 7 juillet au 25 août, s’ouvre à un vaste répertoire de musiques traditionnelles – Congo, Andalousie, Pays basque, Occitanie, Russie et Ukraine, gospel, Amérique du Sud – et sacrées – Passion selon saint Jean, Requiem allemand, Vêpres de la Vierge, liturgie orthodoxe – avec des artistes de premier plan tels que Jeff Cohen, Richard Galliano, Marie-Josèphe Jude, Magali Léger, Pavel Sporcl, Bernard Tétu avec ses Chœurs et Solistes de Lyon et les Tallis Scholars.


Le répertoire profane a cependant aussi droit de cité, à l’image de ce concert intitulé «La musique et la danse». Fondé en 1978, comme le festival, l’Ensemble vocal Michel Piquemal propose un programme fort bien conçu, présenté par l’une des basses du chœur et donné sans entracte. Les Indianas (1967) de Carlos Guastavino (1912-2000) sonnent comme un hommage culturel davantage qu’ils ne traduisent une inspiration musicale: les textes des six poèmes sont en espagnol et si le style possède indéniablement un caractère latino-américain, il ne paraît pas particulièrement «indien», même pas au sens où il pouvait l’être, par exemple, chez Villa-Lobos ou Chávez. Le compositeur argentin, surnommée le «Schubert argentin», fait penser au Brahms des Liebesliederwalzer dans ces pièces gracieuses, tendres, nostalgiques ou rythmées, très bien accompagnées au piano par Jamal Moqadem. Il est ensuite rejoint par Marion Jacquard, avec laquelle il forme le Duo Miroirs, pour donner l’adaptation par Lucien Garban (1877-1959) de La Valse (1920) de Ravel: la mise en place est satisfaisante, même si les différentes lignes ne ressortent pas toujours avec netteté, mais l’interprétation demeure trop timide et aimable, ne ménageant pas une progression inéluctable vers la catastrophe finale.


Les dix-huit Liebesliederwalzer (1869) confirment la justesse et la précision des chanteurs, désormais au nombre de dix-sept après l’adjonction d’un cinquième alto: sous la direction enflammée de Michel Piquemal, qui les encourage de la voix ainsi que les deux pianistes, voilà un Brahms sanguin, plein de contrastes dans les nuances comme dans les tempi. L’acoustique rend toutefois les voix un peu lointaines et favorise plus l’expression des individualités que leur fusion en une sonorité d’ensemble.


Après le onzième lied, les duettistes jouent – sans omettre la moindre reprise – les deux premiers livres des Danses hongroises (soit dix de ces vingt-et-une Danses), publiées à la même époque que les Liebesliederwalzer: avec brio et énergie, ils développent une interprétation personnelle et risquée, incisive et nerveuse, sans les agaçants alanguissements qui défigurent trop souvent ces pages si célèbres. Les choristes et leur chef reviennent ensuite pour les sept derniers lieder, avant de remercier un public visiblement comblé avec La Danse (1828), bref et joyeux quatuor vocal de Schubert, conclusion on ne peut plus logique de cette belle après-midi.


Le site de l’abbaye de Sylvanès
Le site de Jamal Moqadem



Simon Corley

 

 

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