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Simple sincérité

Baden-Baden
Festspielhaus
12/04/2012 -  
Johann Sebastian Bach : Suites n° 2, BWV 1067, et n° 3, BWV 1068 – Concerto pour violon n° 2, BWV 1042 – Cantate «Jauchzet Gott in allen Landen», BWV 51 – Concerto pour deux violons, BWV 1043 – Concerto brandebourgeois n° 2, BWV 1047
Jacques Zoon (flûte), Lucas Navarro (hautbois), Reinhold Friedrich (trompette), Julia Kleiter (soprano), Isabelle Faust, Gregory Ahss & Raphael Christ (violon)
Orchestra Mozart Bologna, Claudio Abbado (direction)


(© manolo press)


En dépit du passage d’un chef qui aurait dû faire accourir les foules, l’affluence n’a été que réduite en ce soir d'hiver à Baden-Baden. Sans doute en raison d’un programme entièrement réservé à des oeuvres de Bach, compositeur que Claudio Abbado peut difficilement faire passer pour l’une de ses spécialités. Et pourtant les absents ont eu tort, car le chef italien parvient à illuminer cette musique d’éclairages qui justifient amplement qu’il tente de se l’approprier.


Baroqueux virevoltants et sur-articulants d’un côté, traditionnels restés lourds et trop prévisibles de l’autre, qui peut aujourd’hui revendiquer une quelconque légitimité dans ces pages instrumentales de Bach où finalement seule l’intensité du résultat compte ? Chacun peut partir du même matériel existant, considéré comme plus ou moins lacunaire selon les sensibilités, et proposer sa lecture, la seule vraie particularité de notre époque en la matière restant que la diversité des approches n’aura jamais été aussi grande. Au sein de ce caravansérail Claudio Abbado fait valoir avant tout sa modestie, son apparent effacement face à une petite phalange d’élite réunie pour la circonstance (on y retrouve beaucoup des premiers pupitres de l’Orchestre du Festival de Lucerne). Les timbres restent ceux d’instruments modernes, confortables et sûrs, mais on peut compter sur des artistes de cette trempe pour les dynamiser et les assouplir en vue d’une expressivité de tous les instants. La vraie particularité de cette approche étant de se cantonner dans les limites strictes du texte, le geste instrumental ne prenant jamais le pas sur le matériel d’origine. Une scansion régulière reste la règle, l’expressivité passant par le creusement des sonorités et non par des attitudes tranchantes ou tapageuses. Au pupitre Claudio Abbado reflète bien cet état d’esprit, paraissant davantage fonctionner comme un catalyseur, dont la seule présence suffit à l’harmonieux fonctionnement de l’ensemble, que comme un maître d’oeuvre aux gestes intrusifs. A la limite près que lorsqu’une véritable impulsion redevient nécessaire la gestique se réveille immédiatement, redevenant impérieuse et d’une précision toujours impeccablement musicale.


On retrouve davantage l’impression qu’un chef est à l’œuvre dans la Troisième Suite pour orchestre, partie la plus «symphonique» du programme, d’une véritable ampleur malgré les effectifs restreints utilisés. Pour le reste Abbado paraît davantage à l’écoute de ses solistes, les escortant au sein d’un dialogue concertant d’un extrême raffinement qui culmine dans des mouvements lents d’une pudeur confinant parfois à l’émotion mahlérienne. A ce jeu c’est avant tout Isabelle Faust qui domine, parcimonieuse en vibrato, d’une expressivité toute en nuances et en creusements, relançant à chaque fois l’énergie d’une phrase qui ne se détend jamais durablement. Une personnalité forte, qui d’ailleurs ne cohabite pas tout à fait harmonieusement avec Gregory Ahss, son partenaire dans le Concerto pour deux violons, un peu moins assuré et équilibré dans ses appuis. La flûte aux couleurs amorties et boisées de Jacques Zoon fait évidemment merveille dans une Deuxième Suite très allante, avec des prises de risque importantes qui peuvent nécessiter parfois que le chef sorte de sa réserve, et en ce cas avec une sûreté et un sens de l’anticipation qui laissent évidemment admiratif. Au milieu du concert Julia Kleiter, dont les formes arrondies annoncent un heureux évènement, escalade avec un aplomb imperturbable les vocalises de la Cantate BWV 51, sans parvenir tout à fait à relancer l’intérêt dans ce jeu de moulinette hyper-virtuose. En revanche le Deuxième Concerto brandebourgeois conclusif explose de couleurs et d’enthousiasme, la trompette de Reinhold Friedrich menant le jeu avec sa jubilation coutumière. A mi-chemin entre un concert de musique de chambre, magnifié par l’acoustique extraordinairement fine du Festspielhaus, et un concert symphonique de prestige, le Bach d’Abbado nous convainc indiscutablement de sa pertinence, à force de simple sincérité.



Laurent Barthel

 

 

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