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Une grande soirée

Dijon
Auditorium
11/09/2011 -  
Béla Bartók : Concerto pour orchestre, Sz. 116 – A kékszakállú herceg vára, opus 11, Sz. 48

Sir John Tomlinson (Barbe-Bleue), Michelle DeYoung (Judith), Agnès Sourdillon (récitante)
Philharmonia Orchestra, Esa-Pekka Salonen (direction)


(© Didier Taberlet)


C’était un événement très attendu à Dijon que cette soirée Bartók avec, excusez du peu, le Philharmonia Orchestra en fosse et Esa-Pekka Salonen à la baguette. Directeur de la phalange anglaise depuis 2007, le chef finlandais a consécutivement donné le célèbre Concerto pour orchestre, composé aux Etats-Unis en 1943, puis l’unique opéra du génial compositeur hongrois, Le Château de Barbe-Bleue, composé vingt-cinq ans plus tôt.


D’emblée, on est subjugué par les sonorités piano et la qualité de silence obtenues par Salonen au tout début de l’Introduzione. Commencé dans un tempo très lent, l’accelerando vers l’Allegro à la fin de ce premier mouvement en est d’autant plus impressionnante. Après le premier interlude – une badinerie quasi humoristique offrant un contraste saisissant avec ce qui l’entoure – Salonen nous fait plonger dans un étrange cauchemar avec l’Elegia du troisième mouvement. D’abord submergé par les basses seules, comme au commencement de l’œuvre, ce mouvement voit le Philharmonia s’envoler tout à coup en plusieurs sursauts tragiques et déchirants. Procurant un égal bonheur, cordes comme cuivres, vents comme percussions, se font tour à tour brillants, incisifs, dansants, rythmiques à souhait. Après le second interlude – qui reprend un des thèmes de la Septième Symphonie de Chostakovitch – le chef finnois engage ses musiciens dans une course à l’abîme véloce et irrésistible, littéralement époustouflante, qui laisse l’auditoire abasourdi, avant qu’il ne se déchaîne en applaudissements.


Après l’entracte, Salonen empoigne la partition du Château de Barbe-Bleue avec un sens poussé de l’analyse. L’orchestre, tout à la fois tranchant et souple, traduit magistralement la complexité de l’écriture bartokienne, porte la tension à son paroxysme (la force tellurique de la cinquième scène!), nous envahit de son mystère et magnifie cette tragique descente dans la nuit, vécue comme un cauchemar.


Michelle DeYoung, avec une justesse d’intonation impressionnante, impose un personnage dont le timbre garde sa beauté et sa clarté d’émission, jusque dans la déchirure. Le contre-ut de la cinquième porte est délivré avec une puissance et une longueur de souffle qui a stupéfait et tétanisé le public. L’actrice n’est pas en reste, et toute les facettes du personnage – sa détermination, sa curiosité dévorante, son amour sans limite pour Barbe-Bleue – sont admirablement interprétées, lors même qu’on assiste à une version de concert.


Du haut de ses soixante-cinq ans, Sir John Tomlinson s’avère non moins grandiose en Barbe-Bleue. Si le registre haut peut parfois se révéler problématique, les graves sont toujours aussi impressionnants, et son timbre noir et profond demeure de toute beauté. Le baryton britannique nous gratifie surtout d’un chant toujours racé et élégant, rendant d’autant plus insoutenable la lente montée de l’angoisse de ce personnage douloureux, terrifié par un destin annoncé. La force formidable de sa présence porte à un degré inouï une émotion qui étreint longtemps après le spectacle, tout comme les derniers accords délivrés dans un murmure par un Philharmonia en état de grâce.


Le site d’Esa-Pekka Salonen
Le site de l’Orchestre Philharmonia
Le site de John Tomlinson
Le site de Michelle DeYoung



Emmanuel Andrieu

 

 

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