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Portrait d’artiste

Nancy
Opéra national de Lorraine
04/05/2011 -  et 7*, 10, 12, 14 avril 2011
Mieczyslaw Weinberg : Le Portrait, opus 128
Erik Nelson Werner (Chartkov), Evgeny Liberman (Nikita), Claudio Otelli (Le marchand d’art, Le propriétaire de la maison, Le journaliste, Le professeur, Le duc), Dimitris Paksoglou (Le veilleur de nuit, Le gentilhomme), Randall Jakobsch (L’inspecteur, Le général), Yuree Jang (La commerçante, Freïlina), Avi Klemberg (Le premier vendeur, Le premier serveur, Le Turc), Philippe Talbot (Le deuxième vendeur, Le deuxième serveur, Le cavalier de la garde), Jean-Vincent Blot (Le dignitaire, Le troisième vendeur), Svetlana Sandler (Le vieille femme noble), Diana Axentii (Liza), Hedda Oosterhoff (Psyché)
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, Gabriel Chmura (direction)
David Pountney (mise en scène), Anelia Kadevia (reprise de la mise en scène), Dan Potra (décors, costumes), Linus Fellbom (lumières)


(© Opéra national de Lorraine)


L’Opéra national de Lorraine crée l’événement ce printemps en représentant pour la première fois en France, en coproduction avec Opera North. (Leeds), Le Portrait (1980), l’un des sept opéras de Mieczyslaw Weinberg (1919-1996). Outre qu’elle focalise l’attention, une fois de plus, sur l’institution nancéienne, un an après une mémorable Ville morte, l’initiative suscite la curiosité. Auteur d’un catalogue important et de qualité, le compositeur, qui a connu une existence pour le moins difficile, n’apparaît qu’épisodiquement à l’affiche et il n’existe, sauf erreur, aucun enregistrement de cet opéra fondé sur l’ouvrage éponyme de Gogol (livret en russe d’Alexandre Medvedev) et créé par le Théâtre national de Brno il y a vingt-huit ans.


Le propos de cette nouvelle publiée en 1843 dans sa version définitive trouve un écho particulier un siècle plus tard, alors que le régime communiste dicte sa ligne de conduite artistique, et reste, aujourd’hui encore, tout à fait actuel : en tant qu’artiste, comment conserver son intégrité en refusant les compromis sous la pression de l’argent facile et des élites ? Un peintre pauvre et idéaliste, Chartkov, achète pour quelques sous un portrait – en fait, dans cette production, un miroir fêlé – qui le fascine. En découvrant, conformément à un rêve, une importante somme d’argent dans le cadre du tableau, l’artiste se retrouve soudain riche, se rend dans les lieux où il est bon d’être vu et fréquente la bourgeoisie de Saint-Pétersbourg. Il profite de sa fortune pour acheter sa réputation et devient à la mode jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’il a tourné le dos à son idéal en se mentant à lui-même. Une scène de folie, dont est victime le héros, clôt ce véritable « opéra d’artiste », genre lyrique que Hindemith a illustré auparavant dans Cardillac et Mathis le peintre.


D’origine polonaise et émigré en Russie quand les Nazis envahirent son pays, le compositeur a conçu sur ce canevas une musique conforme à son style et balancée entre pages lyriques et mordantes, sans toutefois, sur ce dernier point, les audaces du Nez de son ami et protecteur Chostakovitch. Cette opposition constitue l’une des principales caractéristiques de cette œuvre qui en dit long sur les préoccupations d’un musicien isolé, méprisé par le régime, bien qu’il se soit plus d’une fois soumis à des commandes de circonstance (commémorations de la Révolution d’Octobre ou de Lénine) mais entièrement dévoué à son métier. Le langage, qui dénote une influence certaine de l’auteur de Lady Macbeth de Mzensk, aurait pu paraître de son temps si la partition avait été écrite un demi-siècle plus tôt – il recourt en outre par moments à des formes anciennes (marche, valse, menuet, ...). La facture paraît traditionnelle – l’emploi ponctuel d’un xylophone confère à l’orchestration une couleur un tant soit peu moderne – au même titre que la trame (trois actes, huit tableaux) et le chant. A la sortie, le spectateur se surprendra peut-être à se rejouer certains thèmes entendus durant ces deux heures évoluant à un niveau d’inspiration plutôt élevé.



(© Opéra national de Lorraine)


David Pountney, qui a également mis en scène l’année passée un autre opéra de Weinberg, La Passagère, pour le Festival de Bregenz dont il est par ailleurs l’intendant, en souligne la charge satirique. Désireux de disposer de leur propre portrait, les bourgeois, qui en prennent pour leur grade, se voient représentés par des personnages hauts en couleur, dont Staline lui-même, et montés sur des échasses – l’effet, plus grotesque que désopilant, fonctionne à merveille. La fantaisie, la poésie et l’onirisme ont également droit de cité, grâce au veilleur de nuit et, surtout, à la Psyché, jeune muse silencieuse aux escarpins rouges qui filme au caméscope le visage du peintre dans le long monologue final. Les costumes extravagants de Dan Potra méritent une mention spéciale tandis que le décor, imaginé par ce dernier et habilement éclairé par Linus Fellbom, consiste en pans de mur inclinés, couverts de gouache telle une palette servant depuis longtemps dans les premier et deuxième actes, propres dans le troisième.


Recourir à Gabriel Chmura est une riche idée, le chef polonais ayant jusqu’à présent enregistré trois volumes des symphonies de Weinberg pour Chandos, qui serait d’ailleurs inspiré de poursuivre la série et d’enregistrer Le Portrait par la même occasion. Sans atteindre une insurpassable précision, notamment du côté des vents, l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy traduit les teintes contrastées de la partition en même temps qu’il lui confère son unité malgré ses disparités sonores et dynamiques. La distribution vocale recourt quant à elle à de bons éléments, d’Erik Nelson Werner, remarquable en tout point dans le rôle de Chartkov, à Diana Axentii, qui semble s’amuser de son personnage, sorte de poupée se déplaçant au moyen d’une chaise électrique dissimulée sous sa robe, en passant par les non moins excellents Evgeny Liberman (Nikita), Claudio Otelli, Dimitris Paksoglou ou encore Randall Jakobsch, ces derniers endossant plusieurs rôles.


Le site de l’Opéra national de Lorraine
Un site dédié à Mieczyslaw Weinberg



Sébastien Foucart

 

 

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