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Des réserves pour Jules César

Paris
Palais Garnier
01/17/2011 -  et 20, 23*, 27, 29 janvier, 1er, 4, 7, 10, 12, 14, 17 février 2011
Georg Friedrich Haendel : Giulio Cesare, HWV 17
Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Varduhi Abrahamyan (Cornelia), Isabel Leonard (Sesto), Natalie Dessay*/Jane Archibald* (Cleopatra), Christophe Dumaux (Tolomeo), Nathan Berg (Achilla), Dominique Visse (Nireno), Aimery Lefèvre (Curio)
Orchestre du Concert d’Astrée, Chœur de l’Opéra national de Paris, Emmanuelle Haïm (direction)
Laurent Pelly (mise en scène et costumes)


(© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)


On attendait beaucoup de la première production baroque commandée par Nicolas Joel : ce Jules César n’est guère une réussite, ni musicalement ni scéniquement.


Laurent Pelly est victime de lui-même. De son goût pour la mise à distance ironique : dans les réserves du Musée du Caire – et du Louvre – les personnages ressuscitent à travers sculptures antiques ou tableaux pompiers, manipulés par des magasiniers très affairés, sinon perpétuellement agités qui, à la fin, éteignent les lumières et rentrent chez eux. Mais cette histoire d’amour et de lutte pour le pouvoir sur fond d’invasion étrangère et de guerre civile, dont l’actualité de ne se dément nullement aujourd’hui, ne gagne rien à osciller perpétuellement entre deux registres. Cela tue la tragédie, avec une Cléopâtre moins fine politique et grande amoureuse que soubrette, cocotte ou pensionnaire délurée travaillée par Eros : l’opéra flirterait presque, ici, avec le music-hall. On se croirait parfois chez Astérix, alors que l’intrigue se suffit à elle-même – Jules César n’est pas Le Roi malgré lui, où le metteur en scène avait joué beaucoup plus subtilement sur la mise en abyme. Le tragique n’est pourtant pas évacué, il est même parfois assumé, comme si l’on assistait à deux spectacles indépendants, entre lesquels le lien ne se fait pas. Laurent Pelly est pris cette fois au piège de sa vieille complicité avec Natalie Dessay pour qui le spectacle semble conçu et à laquelle il demande finalement la même chose que dans le répertoire comique. La sensualité de l’Egyptienne en fait les frais, malgré ce sein découvert dont on a tant parlé. Sentir que les autres n’ont pas bénéficié du même traitement accroît le malaise à la vue de ce Jules César plutôt fait pour Favart ou Mogador, hétérogène et éclaté. On se lasse surtout très vite : l’apparition de Cléopâtre, au deuxième acte, à travers un tableau crée une atmosphère très artificielle de fête galante libertine, le portrait bien connu de Haendel par Hudson y pèse bien lourd, comme ensuite l’espèce de souk où pendent des tapis, à la fois prison pour Cornélie et maison close pour Ptolémée auquel on fait quelques gâteries. Bref, on n’y croit pas, parce que Jules César n’est pas une pièce de musée et n’a nul besoin de ravalement. C’est d’autant plus dommage que la mise en scène, signée de quelqu’un qui entend la musique, avait le mérite de contourner la difficulté de l’aria da capo et de ses reprises.


Les musiciens de l’Opéra n’avaient pas voulu d’Emmanuelle Haïm pour Idoménée. La voici avec son ensemble, dans une situation plus confortable – on se demande d’ailleurs comment un orchestre symphonique peut comprendre ses gestes. Un Concert d’Astrée homogène, composé de solistes remarquables – même le cor naturel résiste à « Va tacito e nascosto » – et parfaitement préparés, qui sonne cependant assez monochrome alors que la partition de Haendel est une des plus colorées qui soit. Et dont le chef, surtout, manifeste un sens du théâtre limité, accompagnant – fort bien – les chanteurs plutôt que de porter le drame et de lui donner le souffle de la vie. Une complicité lie aussi Emmanuelle Haïm à Natalie Dessay, notamment pour un disque Haendel intitulé… « Cléopâtre », dont la sortie, très médiatiquement orchestrée – le voir et l’entendre partout finit d’ailleurs par lui nuire – accompagne les représentations de Garnier. La troisième s’avère fatale à la soprano française, rappelant les mauvais souvenirs de sa Somnambule à Bastille : on l’annonce d’abord malade, avant qu’elle soit remplacée, au troisième acte, par Jane Archibald, qui n’attendra donc pas les dernières pour être Cléopâtre. De fait, le timbre semblait durci, voire aigri, et l’on sentait la voix à la peine. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours douté de la vocation belcantiste de Natalie Dessay, de sa capacité à varier les couleurs notamment – question d’école sans doute, elle chante décidément italien comme elle chante français. Et elle n’est pas naturellement Cléopâtre, dont la tessiture, quels que soient les ornements que l’on peut rajouter dans l’aigu, reste plus longue et plus centrale qu’il y paraît, jusqu’à faire le bonheur de certaines mezzos ; rien à faire : le médium, s’il s’est étoffé, n’a pas encore trouvé son assise. Du coup, Jane Archibald n’a rien à envier à sa consoeur : une Zerbinette pourtant, elle aussi, mais dont le médium tient bien… comme le contre-mi, qui chante un superbe « Piangerò la sorte mia », avant un vertigineux « Da tempeste il legno infranto ».


Souffrante également Isabel Leonard, doublée en Sextus par une Marina Comparato chantant à l’avant-scène devant un pupitre, ce qui est assez gênant – mais la mezzo, familière de ce répertoire, impressionne par sa maîtrise du rôle et l’émotion qu’elle dégage. A tel fils telle mère : beau timbre au service d’un style exemplaire, Varduhi Abrahamyan incarne avec une dignité toute tragique la douleur de Cornélie. Reste maintenant – passons sur le malcanto de Nathan Berg en Achillas, auquel nous préférons le Curion d’Aimery Lefèvre, pourtant réduit à la portion congrue – à discuter de l’opportunité de confier à des contre-ténors les rôles de castrat contralto, à commencer par celui du héros. Il appelle en effet une vaillance que n’a pas Lawrence Zazzo, dont le médium, souvent à la limite de l’audible, ne résiste que lorsque la voix se trouve à découvert ou presque : si « Empio, dirò tu sei » l’éprouve terriblement, malgré une aisance certaine dans les vocalises, « Aure, deh, per pietà » révèle une maîtrise du souffle, un legato authentiquement belcantistes. Mais ce César tendrement amoureux n’atteint pas à l’héroïsme du conquérant romain. Christophe Dumaux, lui, se tire plutôt bien d’affaire : un peu coincée dans le nez, la voix ne s’en projette pas moins aisément et montre de l’agilité, à défaut de rendre toute la fourberie venimeuse du pharaon – dont la production fait surtout un obsédé. Impayable Nirenus de Dominique Visse, un habitué du rôle, vinaigré de timbre mais impeccablement chanté.



Didier van Moere

 

 

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