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Russie tout confort

Baden-Baden
Festspielhaus
11/20/2007 -  
Mikhaïl Glinka : Rouslan et Ludmilla, ouverture
Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Concerto pour violon et orchestre
Sergei Rachmaninov : Symphonie N° 2

Anne-Sophie Mutter (violon)
Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, André Previn (direction)

Anne-Sophie Mutter est une grande habituée du Festspielhaus, puisque ce concert y marque sa vingtième apparition en moins de dix ans. La violoniste allemande, véritable star dans son pays, est d’autant plus fréquemment la bienvenue à Baden-Baden que sa seule présence suffit à remplir la salle jusqu’au plafond. Le nombre de places encore disponibles pour ce concert n’était plus que relativement faible au dernier moment, ce qui pour une manifestation de financement entièrement privé reste évidemment un premier critère de satisfaction.


Une soirée d’intérêt mixte, donc, à la fois d’une haute qualité musicale, le prestige de l’orchestre aidant, mais aussi teintée d’un rien d’ambiance de manifestation people en trop, suscitant même quelques craintes de superficialité que l’apparition fracassante de la star de la soirée, entortillée dans une vertigineuse robe élastique qui lui donne des airs de sinusoïde ambulante, ne fait qu’accentuer.


On est heureusement rassuré dès les premiers traits solistes: Anne-Sophie Mutter a conservé un goût musical sûr, voire se laisse moins aller à certains excès qui ont pu perturber ses enregistrements récents. La technique d’archet est impérieuse, la justesse à peine entachée par quelques infimes corrections «à chaud» négociées avec classe, et la sonorité, si elle semble par moments un peu pincée, reste très agréable voire d’une belle ampleur. Quant au style, qui peut parfois laisser à désirer dans une œuvre aussi démonstrative et brillante que le Concerto pour violon de Tchaïkovski , il est assez irréprochable, ou du moins peu gâché par des maniérismes. Le seul problème, c’est peut-être la trop grande complicité artistique qui subsiste entre la soliste et son ex-époux. André Previn a parfois tendance à essayer de reproduire avec trop de zèle certains tics expressifs du violon comme s’il fallait encore mieux les mettre en valeur, avec des résultats parfois curieux, tel ce bref passage piano du premier mouvement où l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam entier sonne comme une formation de chambre anémiée… De petits détails qui n’altèrent pas une prestation artistique remarquable, à un niveau de virtuosité étourdissant.


André Previn n’a plus aujourd’hui ses allures sémillantes de jazzman chic d’hier, et sa démarche hésitante, les pénibles difficultés qu’il rencontre à s’installer sur un fauteuil mal calé, font même redouter quelques limites physiques dans l’exécution d’un programme aussi long. Mais là encore les craintes sont vite dissipées : dès la première attaque le geste est vif et précis, Previn réussissant à compenser la manque d’autorité lié à la position assise par des gestes tantôt enveloppants tantôt très structurés en hauteur. La plupart des entrées sont indiquées clairement, avec cela dit quand même une certaine négligence à l’égard des bois, ce qui perturbe la précision d’une Ouverture de Rouslan et Ludmilla un rien flottante en début de soirée. La Deuxième Symphonie de Rachmaninov s’accommode mieux de ces phrasés larges et posés, dessinés du geste avec une élégance superbement relayée par les cordes opulentes de l’Orchestre du Concertgebouw. On s’engage sans ennui dans une forme symphonique certes filandreuse mais dont Previn excelle à dégager les phrases imbriquées, faisant avancer le discours avec une remarquable clarté. On peut trouver que tout cela manque un peu d’énergie, ou se laisser au contraire entraîner sans réserve dans la visite détaillée de ces somptueux tableaux rouge et or d’une russie éternelle, revus et corrigés par l’arabesque 1900, le tout magnifiquement mis en valeur par un orchestre de rêve.

Une longue soirée d’hédonisme instrumental, dans une acoustique exceptionnelle : un plaisir qui ne se refuse pas.



Laurent Barthel

 

 

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