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E lucevan le stelle…

Verona
Arena di Verona
07/09/2005 -  et les 13*, 23, 28 juillet et les 6, 12 et 20 août 2005.
Giacomo Puccini : La Bohème

Marcelo Alvarez (Rodolfo), Fiorenza Cedolins (Mimi), Marius Kwiecien (Marcello), Fabio Prevati (Schaunard), Carlo Colombara (Colline), Donata d’Annunzio Lombardi (Musetta), Angelo Nardinocchi (Alcindoro), Mario Bertolino (Benoît), Carlo Bosi (Parpignol)
William Orlandi (décors et costumes), Arnaud Bernard (mise en scène)
Orchestre et choeur des arènes de Vérone
Daniel Oren (direction)

C’est à Vérone, dans une nuit particulièrement douce, que se sont déroulés les amours contrariés de Rodolfo et de Mimi. Pour sa 83ème édition, le festival de Vérone propose une programmation de grand choix dont cette Bohème qui rassemble une distribution un peu hétérogène sur fond de mise en scène minimaliste mais sensible.



Monter une oeuvre aussi intimiste dans des arènes est un pari difficile à tenir sur le plan scénique tout autant que sur le plan vocal. Le metteur en scène Arnaud Bernard tire parti des conditions architecturales et concentre l’action sur un petit périmètre, privilégiant les déplacements scéniques aux décors trop lourds. Il place bien peu d’accessoires sur la scène et les objets sont davantage suggérés que montrés. Le mobilier des quatre amis est rudimentaire - comme il se doit - et se résume à une chaise, un poêle, un lit, un piano, une table, tout cela peint en blanc. Seule la peinture de Marcello a droit à de la couleur rouge. Pourquoi pas? Le deuxième acte est, indéniablement, le plus réussi en partie parce qu’il permet d’exploiter au maximum le lieu. Le metteur en scène fait rentrer la fanfare, les badauds par les côtés latéraux de l’arène: des funambules, des clowns, des soldats forment le choeur et les figurants. Le clou du spectacle est à la fin de l’acte avec un superbe lâché de ballons et avec l’immense cheminée qui se met à cracher du feu. Le troisième acte est de nouveau plus intime puisque les deux couples se retrouvent dans l’hôtel de Marcello, un vieux bus parisien transformé pour l’occasion. Le quatrième acte se déroule de nouveau dans la petite mansarde mais cette fois les lieux sont délimités par un cadre de lumière. Dès les premières notes, Marcello et Rodolfo commencent à placer les matelas sur lesquels mourra Mimi. Il est d’ailleurs à souligner que, dans cette production, Mimi n’est pas aussi mourante que les autres mises en scène veulent bien le montrer: pendant toute l’introduction et les premières phrases du duo “sono andanti”, la chanteuse se lève, va retrouver Rodolfo, etc… Une idée originale et bien intéressante car elle va dans le sens de l’interprétation vocale de Fiorenza Cedolins. Les costumes sont très classiques et à part les robes riches de Musetta, l’ensemble reste bien sombre et impersonnel.


Si la distribution est convaincante, Marcelo Alvarez se détache nettement du lot. Le ténor, en bien meilleure forme qu’à Paris l’année dernière, propose une interprétation fine, subtile et émouvante du personnage de Rodolfo, aidé en cela par une voix en pleine forme. Le fameux “che gelida manina” est une splendeur de douceur, d’expressivité et de plus en plus le chanteur n’hésite pas aller au bout des réserves de sa voix pour la laisser éclater et sonner. Malheureusement l’acoustique des arènes de Vérone n’est pas excellente et on perd beaucoup de nuances que finalement une nuit profonde va permettre de retrouver. C’est pour cela qu’à partir du troisième acte on peut apprécier à sa juste valeur les mezza-voce qui ponctuent les phrases de Marcelo Alvarez comme à la fin du duo “Mimi, tu piu non torni” où il termine sa phrase par un long decrescendo. Que dire aussi de toutes ces notes susurrées comme, par exemple, celles qui se trouvent à la fin du deuxième air de Mimi…
Fiorenza Cedolins possède un instrument bien intéressant avec des aigus soutenus, une homogénéité dans la voix qu’un vibrato, assez prononcé, met parfois mal à l’aise. Dès son entrée en scène, le spectateur sait qu’il n’assistera pas à la mort d’une femme fragile, fluette et désespérée. Non, c’est une femme déterminée, engagée qui fait son entrée dans l’arène et finalement on a davantage l’impression de voir le combat de Tosca contre la mort que celui d’une petite couturière parisienne. C’est très original et la chanteuse défend ce point de vue pendant toute la représentation. S’il fallait conserver un passage de sa prestation, ce serait le deuxième air de Mimi “Addio, donde lieta usci”: l’interprète trouve ici de très belles notes, de beaux sons et elle devient un peu plus humaine que dans le reste de son chant.
Les trois compagnons de Rodolfo sont très bien chantés également avec une mention spéciale pour le Colline de Carlo Colombara. Il interprète avec beaucoup de gravité l’air de l’adieu au manteau au quatrième acte, plaçant des silences éloquents entre les “addio” finaux. Fabio Previati est un Schaunard honnête et il apporte une certaine touche d’humour quand il raconte l’histoire du perroquet chez les nobles. Enfin Marius Kwiecien est un très bon Marcello et il forme un duo enthousiasmant avec Marcelo Alvarez. Il se montre très tendre dans le duo avec Mimi au troisième acte mais aussi désespérément amoureux de Musetta à la fin de ce même acte. Le chanteur, un peu en retrait vocalement au début de la soirée, laisse sa voix chaude et voluptueuse se déployer dans le duo “O Mimi” au début du quatrième acte.
Donata d’Annunzio Lombardi est une charmante Musetta et on gagnerait beaucoup à l’entendre dans un théâtre fermé car, au moment de son air au second acte, l’acoustique n’est pas encore bonne dans les arènes. Toutefois le “quando m’en vo” semble plus que prometteur et elle n’hésite pas à surjouer quelques phrases pour caractériser davantage son personnage de peste.


La partition de Puccini prend toutes ses lettres de noblesse sous la baguette de Daniel Oren. Le chef allie élégance, intelligence, humour et gravité pour permettre de lire l’histoire sans difficultés. Peu à peu les scènes se mettent en place et il parvient, avec beaucoup d’enthousiasme, à encourager les quatre amis à s’amuser au premier acte, par exemple. Mais il est aussi capable de trouver les accents les plus émouvants au moment de l’arrivée de Mimi mourante au quatrième acte. L’introduction au “sono andanti” est également remarquable et toute l’aventure des deux amants semblent véritablement, et avec justesse, se dérouler sous les yeux des spectateurs.



Les petites imperfections relevées ici et là sont rapidement effacées tellement le bonheur est grand d’assister à une représentation où les chanteurs, le chef et les spectateurs ne se ménagent pas pour réunir tous les ingrédients pour passer un moment inoubliable. Mais il n’en reste pas moins que cette série de représentations sera marquée par la prestation exceptionnelle de Marcelo Alvarez et la confirmation qu’il est un grand Rodolfo. Une soirée magique sous les étoiles…




A noter:
- La Bohème avec Marcelo Alvarez existe en DVD dans la production de Franco Zeffirelli, donnée à la Scala en 2003. Le ténor est entouré de Cristina Gallardo-Domas, Roberto Servile, Hei-Kyung Hong, tous placés sous la direction de Bruno Bartoletti. Chez TDK.


Manon Ardouin

 

 

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