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De l’intime à la démesure Paris Maison de la radio et de la musique 10/01/2026 - Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, K. 527 : Ouverture – Concerto pour piano n° 25 en ut majeur, K. 503
Alexandre Scriabine : Symphonie n° 2 en do mineur, opus 29 Emanuel Ax (piano)
Orchestre national de France, Paavo Järvi (direction)
 E. Ax (© Nigel Parry)
A la tête de l’Orchestre de Paris de 2010 à 2016, le chef Paavo Järvi est devenu un visage familier du public parisien, autant qu’une figure artistique mondialement reconnue. Depuis lors, les mélomanes parisiens ont pu notamment l’entendre avec la Tonhalle de Zurich l’an passé, dont il est directeur musical depuis 2019. En cette rentrée, son retour avec l’Orchestre national de France est l’un des événements à saluer, d’autant plus que le programme fait la part belle à la rare Deuxième Symphonie (1902) de Scriabine (1872‑1915). On retrouvera d’ailleurs le chef américano-estonien le 8 octobre prochain avec la même formation, dans un programme Chopin, Sibelius et... Scriabine (Le Poème de l’Extase).
En attendant, le concert du jour chauffe les troupes avec l’Ouverture bien connue de Don Giovanni (1787) de Mozart. On retrouve les qualités d’articulation et d’assise dans les graves de Paavo Järvi, qui étire les tempi pour fouiller les détails, sachant toujours relancer l’attention par son geste tendu. Cette lecture probe et sérieuse, privée de vibrato, convient toutefois mieux au répertoire romantique, ainsi dégraissé de toute fioriture inutile. Après cette entrée en matière, place au Vingt‑cinquième Concerto (1786) du même Mozart, interprété par Emanuel Ax (né en 1949), artiste en résidence à Radio France en 2026‑2027, en même temps que Julia Fischer et Nicolas Altstaedt (voir le concert d’ouverture de saison).
Le style serein et anti-spectaculaire du pianiste américain convient bien à l’approche de Järvi, donnant à entendre des pupitres bien individualisés, qui se mettent sur le même plan que le soliste. On a ainsi davantage l’impression d’entendre une symphonie concertante qu’un concerto proprement dit, tant le refus de la virtuosité et de l’ostentatoire fait sens pour les interprètes réunis. Rappelons que ce concerto a été composé pour le pianoforte, dont la résonance est bien moindre que son équivalent moderne. Ce n’est donc pas là un contresens de jouer cet ouvrage dans cette optique, même si cela peut dérouter au premier abord. Les tempi assez lents là aussi permettent de se délecter d’un climat ouaté dans le deuxième mouvement, le plus réussi des trois. Le finale montre davantage d’intentions au piano, alors que l’orchestre s’efface dans un accompagnement volontairement évanescent. Le bis qui suit montre toutes les qualités de phrasé d’Emanuel Ax, dans son élément pour tisser des délices de raffinement autour du Ständchen de Schubert (dans la transcription de Liszt).
Après l’entracte, le plateau se remplit d’un orchestre autrement plus fourni pour évoquer les audaces du jeune Scriabine. Surtout connu pour son immense legs dédié au piano solo, le compositeur russe conserve une place au répertoire symphonique grâce à ses chefs-d’œuvre Le Poème de l’extase (1907) et dans une moindre mesure Le Poème du feu (1910). Composées entre 1900 et 1904, ses trois symphonies annoncent déjà la maturité, dans un langage parfois plus grandiloquent et bavard. L’originalité et la marque de Scriabine sont toutefois immédiatement audibles dans les alliages de timbre entre les vents et les brefs crescendos qui se succèdent, comme autant de vagues successives et entêtantes.
Si les cinq mouvements paraissent plutôt trois, c’est que les deux premiers sont enchaînés, de même que les deux derniers. Chacun d’entre eux possède son atmosphère particulière, comme ces effluves mystérieux au début, qui donnent un ton méditatif. Paavo Järvi ne cherche pas à fuir ces moments introspectifs, là où son geste se fait plus raide dans les tutti. Si les cuivres mettent un peu de temps à se chauffer au I, ils convainquent davantage ensuite dans leurs interventions délibérément péremptoires. La clarinette solo comme la flûte solo, très sollicités, permettent de se délecter des sonorités suaves du National, notamment dans les premières mesures chambristes de l’Andante central. L’épisode plus orageux qui suit donne à entendre des motifs courts, avant un final plus emphatique. Déjà à la baguette dans cet ouvrage aux Proms de Londres cet été, Järvi met admirablement en relief les qualités d’écriture de la partition, qui retarde sans cesse le retour de son thème principal, avant de conduire à un unisson majestueux, proche du modèle tchaïkovskien.
Florent Coudeyrat
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