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A Zurich, La rondine retrouve ses ailes Zurich Opernhaus 09/24/2026 - et 27 septembre, 1er, 10, 15 octobre 2026 Giacomo Puccini : La rondine Ermonela Jaho (Magda), Benjamin Bernheim (Ruggero), Sandra Hamaoui (Lisette), Juan Francisco Gatell (Prunier), Vladimir Stoyanov (Rambaldo), Guram Margvelashvili (Périchaud), Tautvydas Slizauskas (Gobin, Un giovane, Adolfo), Mikayel Sargsyan (Crébillon), Thalia Cook-Hansen (Yvette, Georgette), Natália Tuznik (Bianca, Gabriella), Cashlin Oostindië (Suzy, Lolette), Valeriy Murga (Un maggiordomo), Bowen Ding (Rabonnier), Sylwia Salamonska-Bączyk (Un cantore), Sandro Howald (Il servitore)
Chor der Oper Zürich, Alice Lapasin Zorzit (préparation), Orchester der Oper Zürich, Marco Armiliato (direction musicale)
Christof Loy (mise en scène), Steven Whiting (reprise de la mise en scène), Etienne Pluss (décors), Barbara Drosihn (costumes), Fabrice Kébour (lumières), Thomas Wilhelm (chorégraphie), Kathrin Brunner (dramaturgie)  (© Monika Rittershaus)
L’Opernhaus de Zurich reprend La rondine (L’Hirondelle en français) de Puccini dans la production de Christof Loy créée en septembre 2023 (alors première suisse de l’ouvrage). Le spectacle retrouve surtout son duo originel – Ermonela Jaho et Benjamin Bernheim – avec toujours Marco Armiliato dans la fosse. Le retour de Benjamin Bernheim, après un été marqué par plusieurs annulations, est l’un des événements de cette reprise. Il s’est transformé en une très belle confirmation : le ténor est apparu en pleine possession de ses moyens, face à une Ermonela Jaho bouleversante.
Il a suffi de quelques mesures pour être rassuré. Après la pause qu’il s’était ménagée cet été et plusieurs annulations qui avaient nourri les interrogations, Benjamin Bernheim a retrouvé le chemin de la scène avec un Ruggero lumineux et ardent. La voix a conservé cette facilité insolente qui fait sa signature : aigus rayonnants, émission souveraine, phrasé d’une élégance impeccable. Mais surtout, le ténor sait désormais faire de la moindre phrase un moment de théâtre. Son chant ne force jamais l’émotion, il la laisse naître, s’épanouir, puis frapper juste. Ermonela Jaho semble avoir été taillée pour Magda. La soprano albanaise offre une incarnation d’une intensité peu commune. Pianissimi suspendus, sons filés presque irréels, attaques à fleur de souffle, tout, chez elle, semble procéder d’un art du murmure qui finit par prendre une puissance émotionnelle considérable. Elle ne « chante » pas seulement la douleur de Magda, elle la fait affleurer, la retient, la dissimule avant de la laisser éclater, dessinant un portrait poignant d’une femme qui comprend que son rêve d’amour ne peut durer. Un léger bémol toutefois : le médium apparaît par moments peu stable, avec quelques sons qui perdent momentanément leur assise. Autour du couple vedette, la distribution tient solidement la route. Sandra Hamaoui apporte à Lisette vivacité et présence, tandis que Juan Francisco Gatell compose un Prunier élégant et spirituel, malgré des aigus forcés. Vladimir Stoyanov donne à Rambaldo l’autorité nécessaire. La distribution est sensiblement la même que lors de la création zurichoise de 2023.
Dans la fosse, Marco Armiliato retrouve une partition dont il connaît les moindres respirations. Sa lecture privilégie le lyrisme, les effluves passionnés, la sensualité orchestrale. Puccini y gagne une chaleur presque cinématographique, une manière de faire surgir, sous la légèreté apparente, les ombres d’un drame plus profond. Par moments toutefois, l’orchestre se montre un peu trop généreux, voire envahissant, couvrant les voix. Le metteur en scène Christof Loy refuse l’exotisme du Paris de carte postale et concentre l’action sur les relations humaines. Le décor d’Etienne Pluss enferme les personnages dans les espaces élégants d’un intérieur bourgeois, univers raffiné mais paradoxalement étouffant. Cette bourgeoisie n’est pas seulement un cadre social mais devient une prison dorée. Les personnages sont constamment observés, exposés, pris dans les conventions d’un monde où chacun connaît sa place. Magda peut bien rêver d’échapper à cette existence, elle en porte les traces jusque dans sa relation avec Ruggero.
Claudio Poloni
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