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Naissance d’un orchestre Paris Palais Garnier 09/06/2026 - Franz Schubert : Symphonie n° 3 en ré majeur, D. 200
Gustav Mahler : Symphonie n° 1 en ré majeur Philopéra, Daniel Harding (direction)
 D. Harding (© Melkon Ajamian)
Ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à la naissance d’un orchestre. C’était le cas ce soir au Palais Garnier avec le premier concert de Philopéra, un ensemble né de la volonté de certains musiciens de l’Opéra national de Paris de se doter d’un ensemble indépendant sur le modèle de l’Orchestre philharmonique de Vienne ou du Philharmonique de la Scala. A l’origine de cette initiative, la volonté de jouer « dans un cadre artistique libre » le répertoire symphonique, sans doute aussi en raison des fermetures successives annoncées du Palais Garnier (2027‑2032) et de l’Opéra Bastille (2030‑2032), mais aussi de la musique de chambre. Cette initiative a été validée par le directeur musical à venir, Semyon Bychkov, et le directeur de l’institution, Alexandre Neff, tous deux présents. Il est probable que le départ précipité du précédent directeur musical Gustavo Dudamel et l’annulation d’une tournée européenne prévue avec ce dernier aient participé de cette initiative. Trois musiciens sont particulièrement à l’origine de ce projet et ont permis son aboutissement : le tubiste Fabien Walleran, l’altiste Etienne Tavitian et la contrebassiste Lorraine Campet, ces deux musiciens étant désormais au conseil d’administration, qui comprend sept musiciens. C’est d’ailleurs Lorraine Campet qui a contacté le très occupé Daniel Harding pour lui demander de diriger ce concert inaugural.
Au programme ce soir, la Troisième Symphonie de Schubert et la Première Symphonie de Mahler, une association cohérente. Et quoi de mieux que qu’un tel programme pour montrer ce que l’on est capable de faire, c’est‑à‑dire dire toucher à l’excellence. Le Schubert de Daniel Harding est classique et d’une grande efficacité. On y retrouve les qualités de précision et de rythmicien du chef britannique. Une vision énergique, mais sans excès, transparente et lumineuse qui convainc à chaque seconde, Philopéra répondant à la moindre inflexion de sa direction. Il sonne magnifiquement, sans aucun point faible, et l’équilibre orchestral est très abouti permettant de profiter au mieux de la riche orchestration d’un Schubert jeune mais déjà très talentueux. Cette lecture est finalement plus proche de celle laissée au disque par Carlos Kleiber que celle d’un des maîtres de Daniel Harding, Claudio Abbado.
Les affinités de Daniel Harding avec Mahler sont connues de longue date. Place ce soir donc à une Première Symphonie dite « Titan » magistralement réalisée de bout en bout par un ensemble chez qui le plaisir de jouer est ici aussi manifeste. L’orchestre au complet (quatre-vingt-dix musiciens) occupe désormais toute la scène. Les errements imaginés par Mahler lors du début du premier mouvement sont magnifiquement rendus, contribuant à cette ambiance mystérieuse avant la progression vers le développement. Le deuxième mouvement possède toute l’énergie dansante requise et permet aux cordes de briller. Le troisième mouvement permet d’entendre Lorraine Campet dans le solo de contrebasse sur le thème de Frère Jacques, qu’elle joue avec l’esprit requis. Quant au final, il résonne magistralement jusqu’à son apothéose, jouée à la toute fin par des cuivres debout comme demandé par le compositeur. On avoue avoir été particulièrement impressionné par les cordes graves de cet orchestre, violoncelles et contrebasses. Quant aux cuivres et aux bois, ils ont fait preuve d’une belle constance dans la réussite.
L’accueil du public est très chaleureux et on sent les musiciens heureux de leur rencontre avec Daniel Harding ce qu’ils font d’ailleurs savoir bruyamment. Quelle chance d’assister au premier concert réussi d’un nouvel orchestre symphonique ! Souhaitons à cet ensemble, qui possède toutes les qualités pour réussir dans la vie musicale française et internationale, une longue, riche et heureuse vie artistique et humaine. Et bravo aux musiciens pour cette intelligente initiative, qui pourrait bien susciter d’autres mouvements dans un monde musical qui a plus que jamais besoin de renouvellement.
Gilles Lesur
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