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Une mécanique parfaitement huilée Pesaro Teatro Rossini 08/13/2026 - et 16, 19*, 22 août 2026 Gioachino Rossini : La scala di seta Enrico Iviglia (Dormont), Hasmik Torosyan (Giulia), Mara Gaudenzi (Lucilla), Alasdair Kent (Dorvil), Iurii Samoilov (Blansac), Paolo Bordogna (Don Germano)
Orchestra del Teatro Comunale di Bologna, Iván López Reynoso (direction musicale)
Damiano Michieletto (mise en scène), Paolo Fantin (décors, costumes), Alessandro Carletti (lumières)
 (© Amati Bacciardi)
Dix-sept ans après sa création à Pesaro, L’Echelle de soie imaginée par Damiano Michieletto n’a rien perdu de son audace. Mieux : l’ouvrage semble s’être bonifié avec le temps. Reprise pour la troisième fois au Festival Rossini, cette farsa comica confirme qu’une bonne idée de mise en scène ne vieillit pas lorsqu’elle repose sur une mécanique théâtrale aussi simple qu’imparable. Et, surtout, lorsque les chanteurs acceptent avec enthousiasme d’en être les rouages.
En 1812, Rossini n’a que 20 ans. Il est déjà lancé dans une course folle : cette seule année verra naître cinq opéras. Le Teatro San Moisè de Venise, haut lieu de la farce musicale, lui commande plusieurs ouvrages en un acte. L’Echelle de soie est la troisième de ses farces vénitiennes. Le livret de Giuseppe Foppa est inspiré de la pièce éponyme d’Eugène de Planard (1808). L’intrigue est mince mais redoutablement efficace : Giulia, pupille du vieux Dormont, a épousé secrètement Dorvil. Chaque nuit, une échelle de soie permet au jeune homme de rejoindre sa chambre. Mais ce soir‑là, les curieux, les prétendants et les domestiques vont transformer l’appartement du tuteur en véritable champ de bataille. Et Rossini fait déjà des étincelles. L’ouvrage appartient à une période où le compositeur forge son langage comique : rythmes effrénés, ensembles qui s’emballent, traits instrumentaux virtuoses, crescendi et télescopages vocaux. L’Ouverture est particulièrement spectaculaire, peut‑être même plus connue que l’opéra lui‑même. Le jeune Rossini n’a pas encore tout à fait la profondeur dramatique de ses chefs- « ’œuvre à venir, mais il possède déjà un sens infaillible de la mécanique musicale et du théâtre.
La mise en scène de L’Echelle de soie, créée à Pesaro en 2009, est devenue un classique du festival et a aussi été reprise à la Scala, à Oman, à Liège et à Zurich. Sa troisième programmation à Pesaro confirme son extraordinaire efficacité. Le logement de Giulia est présenté comme le plan d’un appartement vu du dessus. Le mobilier dessine les différentes pièces, mais aucune porte, aucun mur ne vient enfermer les personnages. Au‑dessus du plateau, un immense miroir incliné reflète l’ensemble de la maison. Le spectateur voit ainsi simultanément les protagonistes circuler, se cacher, s’espionner et se croiser. Damiano Michieletto transforme l’appartement en machine à quiproquos. Les entrées et les sorties deviennent une chorégraphie, les meubles sont déplacés à vue. Le dispositif donne surtout aux techniciens une véritable visibilité : le théâtre se montre en train de se fabriquer. Et l’actualisation fonctionne. Dorvil débarque en motard, Giulia mène une vie de jeune femme moderne entre gymnastique et shopping, tandis que Germano devient un domestique philippin dont les maladresses linguistiques nourrissent les malentendus.
Dans la fosse, Iván López-Reynoso fait preuve d’un engagement évident. Il imprime à la partition une pulsation vive, accompagne avec souplesse les accélérations du plateau et comprend parfaitement que cette musique doit être en mouvement permanent. L’Orchestre du Théâtre communal de Bologne répond avec une belle fraîcheur et une énergie communicative. Seul bémol : dans les ensembles notamment, la précision collective manque parfois de netteté. Sur scène, Paolo Bordogna brûle les planches. Déjà Germano dans cette production, il semble connaître chaque recoin de l’appartement et chaque ressort de la machine Michieletto. Qui plus est, il possède le sens absolu du timing comique. Son Germano est un homme naïf, décalé, dont les difficultés linguistiques deviennent la source d’une cascade de quiproquos. Le chanteur transforme cette fragilité en véritable ressort dramatique. Vocalement cependant, l’intonation laisse parfois à désirer et la ligne de chant n’est pas toujours impeccable. Hasmik Torosyan campe une Giulia vive et séduisante. Elle convainc surtout par sa capacité à passer du registre sentimental au registre franchement comique. On mentionnera aussi la très belle prestation de Mara Gaudenzi, en Lucilla brillante et piquante. Son jeu de séduction avec Blansac devient l’un des fils comiques les plus savoureux du spectacle. Iurii Samoilov compose un Blansac énergique et volontaire, avec une présence scénique immédiatement identifiable, un personnage un peu brutal et fanfaron. Le Dormont d’Enrico Iviglia est tout aussi efficace. Le tuteur est ici un retraité qui surveille et commente les moindres faits et gestes de chacun. Le Dorvil d’Alasdair Kent possède de beaux aigus et s’emploie à varier les couleurs et à travailler les nuances, mais les vocalises manquent parfois de netteté.
Dix‑sept ans après sa création, L’Echelle de soie conçue par Damiano Michieletto n’a toujours pas besoin d’être modernisée, elle était déjà innovante !
Claudio Poloni
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