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Ponnelle, quarante ans après, toujours irrésistible Pesaro Teatro Rossini 08/12/2026 - et 15, 18*, 20 août 2026 Gioachino Rossini : L’occasione fa il ladro Damiana Mizzi (Berenice), Martiniana Antonie (Ernestina), Dave Monaco (Conte Alberto), Matteo Mancini (Don Parmenione), Giuseppe Toia (Martino), Manuel Amati (Don Eusebio)
Orchestra Sinfonica G. Rossini, Alessandro Bonato (direction musicale)
Jean-Pierre Ponnelle (mise en scène, décors et costumes), Sonja Frisell (reprise de la mise en scène), Fabio Rossi (lumières)
 (© Amati Bacciardi)
Il y a des reprises qui sentent la naphtaline. Et puis il y a celles qui traversent le temps sans coup férir. La production de L’occasione fa il ladro imaginée par Jean‑Pierre Ponnelle au Festival Rossini de Pesaro en 1987 entre résolument dans la seconde catégorie. Quarante ans plus tard, l’ouvrage retrouve une insolente jeunesse. Mise en scène, musique, chanteurs : tout concourt à faire de cette reprise l’une des jolies réussites de l’été 2026 à Pesaro.
Créé à Venise en 1812, L’occasione fa il ladro appartient à la période d’apprentissage fulgurant du jeune Rossini. A 20 ans à peine, le compositeur travaille alors presque à la chaîne. Cette burletta per musica en un acte, sur un livret de Luigi Prividali, inspiré du vaudeville d’Eugène Scribe Le Prétendu par hasard, ou L’Occasion fait le larron, est l’un de ces ouvrages où Rossini transforme un matériau théâtral assez simple en une mécanique comique d’une redoutable précision. L’histoire tient dans une valise, et dans quelques changements d’identité. Par une nuit d’orage, Don Parmenione et le comte Alberto trouvent refuge dans la même auberge. Au départ, chacun poursuit son affaire : Parmenione recherche une jeune femme disparue, tandis qu’Alberto se rend chez sa promise, Bérénice, qu’il n’a encore jamais rencontrée. Au moment de repartir, les valises sont malencontreusement échangées. De ce banal incident naît un feu d’artifices de quiproquos, d’usurpations et de sentiments contrariés. Rossini exploite déjà avec une virtuosité étonnante les ingrédients qui feront bientôt sa gloire : accélérations, répétitions, sillabato, ensembles enfiévrés, contrastes entre cantabile et pyrotechnie vocale.
Mais le véritable coup de génie de cette production est dans le regard qu’a posé sur elle Jean‑Pierre Ponnelle. Etrennée à Pesaro en 1987, elle est sa seule mise en scène pour le Festival Rossini. Elle est depuis devenue l’un des spectacles emblématiques de l’histoire de la manifestation, repris notamment à la Scala. Cet été, la reprise est confiée à Sonja Frisell, collaboratrice de longue date de Ponnelle, avec les lumières de Fabio Rossi. Et miracle, le spectacle n’a pris une seule ride. Jean‑Pierre Ponnelle avait compris que l’ouvrage n’avait nul besoin d’une modernisation tonitruante. Il suffit de laisser jouer le théâtre. Sa scénographie repose sur des toiles peintes, des portes, des pans de décor et des éléments manipulés à vue par les machinistes. Tout paraît volontairement artisanal, presque enfantin, mais tout est réglé au millimètre. La fameuse valise devient le cœur de la production. Posée sur scène dès le début, elle contient bien davantage que des vêtements, devenant une boîte à surprises d’où surgissent objets de toutes sortes, éléments de décor et même les personnages. Les toiles se lèvent, s’abaissent, les espaces se recomposent sous les yeux du public. Le théâtre ne cherche pas à dissimuler ses ficelles, il les exhibe et s’en amuse. C’est précisément ce qui donne au spectacle tout son charme. Jean‑Ponnelle préfère la précision, l’élégance, le rythme et cette poésie légèrement décalée qui fait mouche sans jamais transformer Rossini en grosse farce. Paradoxalement, cette mise en scène ancienne paraît aujourd’hui plus moderne que certaines créations récentes. Parce qu’elle fait confiance à la musique et au livret ? Quoi qu’il en soit, Sonja Frisell restitue avec une remarquable fidélité la gestuelle et le rythme de la production originale. Rien ne paraît figé, la direction d’acteurs reste vive, précise, malicieuse, on est à des années-lumière du musée.
Dans la fosse, Alessandro Bonato confirme tout le bien que l’on peut penser de ce jeune chef prometteur. Pour ses débuts à Pesaro, il prend les rênes de l’Orchestre symphonique G. Rossini avec une baguette alerte, légère et extrêmement attentive au plateau. Son Rossini n’est jamais lourd, les tempi avancent, les articulations sont nettes, les couleurs fraîches. Surtout, le maestro comprend que cette partition est d’abord du théâtre en musique. Les ensembles les plus déchaînés gardent ainsi leur lisibilité, tandis que les épisodes plus cantabile bénéficient d’une vraie respiration.
Pesaro a choisi de confier cette reprise à une équipe de jeunes chanteurs dont plusieurs sont issus de l’Académie du Festival. Le pari est largement gagné. Dans le rôle de Bérénice, Damiana Mizzi impose une vraie présence scénique et une technique rossinienne déjà solide, avec des vocalises précises. Seul bémol : un timbre parfois un peu rêche. Le Comte Alberto de Dave Monaco séduit par son élégance vocale. Le ténor possède un aigu facile, un vrai sens du canto di grazia et une belle aptitude à la virtuosité. Les deux basses bouffes ne sont pas en reste. En Don Parmenione, Matteo Mancini fait preuve d’un remarquable sens du sillabato et d’une vraie présence comique. Dans le rôle de Martino, Giuseppe Toia se révèle particulièrement savoureux, avec un sens aigu du mouvement et du comique. Manuel Amati (Don Eusebio) et Martiniana Antonie (Ernestina) complètent efficacement une distribution homogène. L’occasion était trop belle pour la laisser passer !
Claudio Poloni
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