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Eclipses musicales

Oviedo
Auditorio Príncipe Felipe
08/08/2026 -  
Richard Strauss : Also sprach Zarathustra, opus 30 (extrait)
John Espacio : Solaris
Claude Debussy : Suite bergamasque : 3. « Clair de lune »
Gustav Holst : The Planets, opus 32 : 4. « Jupiter » & 3. « Mercury » (arrangement Cliff Colnot)
Joaquín Rodrigo : A la busca del más allá
Modeste Moussorgski : Tableaux d’une exposition (orchestration Maurice Ravel)

Oviedo Filarmonía, Anthony Gabriele (direction)
José Francisco Salgado (vidéo et coordination)


(© Stéphane Guy)


Depuis des mois, l’Espagne se prépare à l’éclipse totale du soleil visible chez elle le 12 août prochain. Il y est difficile d’échapper aux articles de presse, aux affiches, aux conférences, aux reportages comme aux recommandations médicales et aux ventes de lunettes spéciales pour observer le phénomène astronomique, lequel s’inscrit dans une séquence triennale exceptionnelle : 2026 (éclipse solaire), 2027 (autre éclipse solaire) et 2028 (éclipse lunaire). Les Asturies ne sont pas en reste alors que l’observation du phénomène de cette année (deux minutes d’occultation totale du soleil due au passage de la Lune entre le Soleil et la Terre) y est encore très incertaine en raison du ciel nuageux probable (à vrai dire assez fréquent dans la Principauté). Mais c’est l’occasion, originale, de célébrer les merveilles du cosmos par un concert.


A l’initiative du Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol (équivalent du CNRS) et de la Fondation municipale de la culture d’Oviedo, il a en effet été prévu, pour illustrer l’événement, à la suite d’une vidéo à la gloire de la science d’une façon générale et de la recherche espagnole en particulier, d’accompagner des projections sur la « vie » du cosmos par des pièces musicales l’évoquant directement ou pouvant y faire penser.


Le concert débute ainsi par les premières mesures (deux minutes) d’Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss (1864‑1949), Stanley Kubrick étant manifestement passé par là pour les populariser et illustrer la gloire du Soleil. Le grand écran diffuse alors des images d’éruptions solaires. Les cuivres laissent un peu à désirer et surtout on regrette l’interruption de la partition même si la suite n’est pas à la hauteur de l’extraordinaire ouverture. L’œuvre est brutalement amputée pour être... éclipsée par Solaris (2000) du compositeur canadien John Estacio (né en 1966), une œuvre de neuf minutes, sans caractère, proposée, elle, en entier. C’est rutilant et assez décevant. On tend l’oreille lorsqu’on s’approche de Bartók mais l’attention disparaît rapidement après par la banalité du discours. On se concentre alors sur les images du Soleil en feu, devant lequel passe et repasse un petit point noir, la Terre, histoire de faire comprendre les échelles respectives de notre étoile et de notre planète.


« Clair de lune » (1905) de Claude Debussy (1862‑1918) sera musicalement plus intéressant. L’orchestre en livre une lecture apaisée et somme toute de qualité. Evidemment, des images accélérées de la Lune, ici à Porto Rico, au Chili, à Stonehenge par exemple, accompagnent la musique puisque les choses fonctionnent alors plutôt dans ce sens‑là, à rebours du cinéma.


Malheureusement, ne sont ensuite interprétés que deux extraits des fameuses Planètes (1917) de Gustav Holst (1874‑1934), qui comptent sept volets, et en plus dans un arrangement dont on ne saisit vraiment pas l’intérêt. L’ensemble complet aurait pourtant eu toute sa place dans le programme compte tenu de son objet.


On est ensuite favorablement impressionné par A la recherche de l’au‑delà (1976) de Joaquín Rodrigo (1901‑1999), composé pour l’Orchestre symphonique de Houston afin de commémorer la Déclaration d’indépendance des Etats‑Unis. L’œuvre, d’un petit quart d’heure, est dédiée aux astronautes de la NASA. Le compositeur de Valence ne pouvait rien voir de l’espace puisqu’il était aveugle mais on lui avait expliqué ce qu’était l’Univers lors d’un voyage au Centre spatial de Houston en 1970 et même fait toucher des pierres lunaires, a pu rapporter sa fille Cecilia, présente dans la salle, dans les notes du programme. L’orchestration, assez subtile, met notamment en valeur différents pupitres au début dont celui de cor anglais (qu’on retrouvera à la fin, en compagnie du célesta et du xylophone). La partition ne manque ni de charme ni de mystère et les interprètes savent manifestement la mettre en valeur. Et du coup, on regarde moins défiler les images projetées sur l’écran.


Les Tableaux d’une exposition (1874) de Modeste Moussorgski (1839‑1881) emporteront moins l’adhésion. On peut évidemment se demander quel est le rapport entre le cosmos et la musique du compositeur russe mais l’idée assénée par le flot incessant d’images est que ce qui nous provient du fin fond de l’Univers par de puissants télescopes, assorti de cadres dans les montages, comme s’il s’agissait de toiles de maîtres, par l’astronome et vidéaste portoricain José Francisco Salgado, constitue de véritables tableaux. Ce n’est pas faux ; on dirait des œuvres de Chu Teh‑Chun. Le lien est néanmoins ténu voire totalement inexistant, par exemple quand on écoute le « Ballet des poussins » – le tableau le plus réussi ce soir – et on finit par ne plus regarder l’écran pour privilégier les oreilles par rapport aux yeux. D’emblée pourtant, l’entrée de la première trompette est ratée ; les transitions sont ensuite souvent bâclées, les accelerandos ne prennent pas, l’orchestre s’avère pataud. « La Grande Porte de Kiev » paraît tristement rétrécie. Tout cela manque d’ampleur, de majesté et d’ironie. Dommage. Le public est cependant ravi et vidéaste comme chef et orchestre sont chaleureusement applaudis.


Si la musique ne colle pas aux images, et réciproquement, le chef australien Anthony Gabriele, un habitué de la musique de film et du ciné‑concert, parvient quand même à terminer les pièces musicales du programme pile en même temps que les courts‑métrages confectionnés à partir de photographies légendées en castillan, en sus de l’américain qu’on a malencontreusement laissé. C’était la difficulté à surmonter et tous y contribuent avec honneur.



Stéphane Guy

 

 

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