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Bach sur ses terres auvergnates

Clermont-Ferrand
Herment (Eglise Notre-Dame)
08/03/2026 -  
Johann Sebastian Bach : Cantates « Es wartet auf dich », BWV 187, et « Schwingt freudig euch empor », BWV 36 – Suite pour orchestre n° 2, BWV 1067 – Jesus, meine Zuversicht, BWV 728 – Matthäus-Passion », BWV 244 : 58. « Aus Liebe will mein Heiland sterben »
Alia Mens : Marie Luise Werneburg (soprano), Nicolas Kuntzelmann (alto), Thomas Hobbs (ténor), Romain Bockler (baryton), Annie Laflamme (traverso), Nele Vertommen, Aseman Esmaeilzadeh (hautbois, hautbois d’amour, hautbois da caccia), Kati Debretzeni, Minori Deguchi, Jasper Snow, Liv Heim (violon), Ugo Gianotti (alto), Emilia Gliozzi (violoncelle), Marie‑Amélie Clément (contrebasse), Emmanuel Arakélian (orgue positif, clavecin), Olivier Spilmont (direction)




Pour la vingt‑huitième édition de Bach en Combrailles, Julien Caron, directeur artistique depuis l’an dernier, n’a pas changé la formule qui fait le succès de ce festival à dimension humaine : du 3 au 8 août, le Puy‑de‑Dôme, autour de Pontaumur et jusqu’à Manzat à l’ouest, mais aussi la Creuse (Aubusson, Crocq) à l’est, accueillent cinq « Cafés-Bach » à 10 heures (rencontres avec les artistes et intervenants invités), cinq auditions d’orgue à midi (sur l’instrument fait en 2003 par François Delhumeau et inspiré de celui d’Arnstadt dont Bach avait été le premier titulaire), douze concerts et récitals, l’après‑midi, le soir ou même en nocturne (23 heures) et une « soirée festival » en plein air.


Le concert inaugural échoit à des musiciens qui avaient fait excellente impression l’an dernier à Mozac pour leur première apparition au festival : l’ensemble Alia Mens, fondé en 2012 par Olivier Spilmont (né en 1979), est à nouveau venu faire souffler dans la musique de Bach qui est lui est chère cet « autre esprit » que sa dénomination revendique. Dans la belle acoustique de l’ancienne collégiale Notre‑Dame d’Herment (XIIIe), un public très concentré, nonobstant les inconvénients habituels (téléphones portables qui filment, cris d’enfant), suit un programme soigneusement conçu et donné sans entracte, où deux cantates entourent une suite d’orchestre, un prélude de choral et, en son cœur, un air de la Passion selon saint Matthieu.


Le Bach d’Olivier Spilmont tient davantage de Herreweghe ou Suzuki que d’Harnoncourt ou Gardiner : il avance sereinement, peut‑être même parfois un peu trop sereinement, avec un naturel, une évidence et une pureté qui continuent de frapper, car rien n’est plus difficile que de donner l’impression que tout est facile. Plus raffinée que carrée, la Deuxième Suite pour orchestre assume un caractère français dans son élégance et sa souplesse, même si l’Ouverture (à la française) ne manque pas de corps et si la Badinerie conclusive adopte une allure endiablée. Pour admirable qu’il soit, le traverso d’Annie Laflamme ne se met pas en avant et, comme pour donner une subtile touche de couleur, se fond volontiers aux sept cordes, toujours emmenées par Kati Debretzeni, et au clavecin.


Comme en 2025, la qualité des quatre solistes vocaux (qui forment également le chœur) ne peut qu’être saluée. La soprano Marie Luise Werneburg, notamment dans le bouleversant air « Aus Liebe will mein Heiland sterben » de la seconde partie de la Passion selon saint Matthieu, s’impose par sa luminosité et sa simplicité, même si l’on peut regretter que sa projection soit moindre quand elle descend dans le médium. Dans la Cantate BWV 36, elle chante un magnifique duo avec l’alto Nicolas Kuntzelmann, dont l’air de la Cantate BWV 187 avait permis de mesurer la solidité, la justesse, l’homogénéité du timbre, le soin apporté à la diction et la rigueur stylistique. En matière de style, le ténor Thomas Hobbs n’est évidemment pas en reste, n’abusant pas de la qualité de son timbre pour forcer sur l’expression. Dans ses deux airs, le baryton Romain Bockler s’applique remarquablement à mettre en valeur le texte. Et il serait injuste d’oublier le soutien des hautboïstes Nele Vertommen et Aseman Esmaeilzadeh, très sollicitées dans ces œuvres.


Alors que l’orage gronde au dehors et que les éclairs illuminent les vitraux, le choral qui conclut la première partie de la Cantate BWV 36 est repris en bis, mais le meilleur reste à venir pour la prochaine édition, où l’ensemble couronnera sa série de trois invitations au festival en ne donnant pas moins que la Messe en si mineur. Rendez‑vous est déjà pris !


Le site du festival Bach en Combrailles
Le site d’Alia Mens
Le site de Marie Luise Werneburg
Le site de Romain Bockler



Simon Corley

 

 

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