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Dans le vent

Prades
Eglise Saint-Pierre
08/02/2026 -  
Gioachino Rossini : Il barbiere di Siviglia : Ouverture (arrangement Joachim Linckelmann)
Samuel Barber : Summer Music, opus 31
Győrgy Kurtág : Quintette à vent, opus 2
Maurice Ravel : Le Tombeau de Couperin : 1. Prélude, 2. Fugue, 5. Menuet et 4. Rigaudon
Paul Hindemith : Kleine Kammermusik, opus 24 n° 2
Fazıl Say : Alevi Dedeler rakı masasında, opus 35

Quintette à vent de l’Orchestre du Festival : Joachim Becerra Thomsen (flûte), Clarisse Moreau (hautbois), Matteo Mastromarino (clarinette), Jeanne Maugrenier (cor), Marceau Lefevre (basson)


J. Becerra Thomsen, C. Moreau, J. Maugrenier, M. Lefevre, M. Mastromarino (© Festival Pablo Casals/William Wartel)


Le Festival Pablo Casals s’attache à mettre en avant les chefs de pupitre de son orchestre : après un quintette à cordes le 30 juillet, c’est aux vents – comme quoi il peut y avoir une vie sans violoncelle à Prades – qu’est consacré un concert en l’église Saint‑Pierre. Le lieu ne bénéficie certes pas d’une acoustique aussi satisfaisante que l’abbaye Saint‑Michel de Cuxà, mais il est toujours émouvant de s’y retrouver, car c’est là que tout a commencé en juin 1950 avec le « festival Bach » organisé autour de Casals. Et comment bouder son plaisir face à l’occasion d’entendre une formation assez rarement mise à l’honneur, d’autant qu’elle associe en l’espèce cinq musiciens qui appartiennent à des phalanges de très grande qualité – Opéra royal du Danemark (Joachim Becerra Thomsen), National de Lyon (Clarisse Moreau), Radio finlandaise (Matteo Mastromarino), Opéra national de Paris (Jeanne Maugrenier) et Ensemble intercontemporain (Marceau Lefevre) – et qui ont conçu un programme riche et varié, comprenant cinq partitions originales et deux arrangements ?


C’est précisément un arrangement qui ouvre le programme, celui que le flûtiste Joachim Linckelmann (né en 1964) a réalisé de l’Ouverture du Barbier de Séville (1816) de Rossini. La réverbération tend à avantager le cor mais on n’en demeure pas moins impressionné par la coda, prise à un tempo effréné. Du Barbier à Barber, c’est le jour et la nuit, avec l’atmosphère le plus souvent paisible des brefs épisodes de sa poétique Musique d’été (1956).


Dans ses quelques mots introductifs, Pierre Bleuse, directeur artistique du festival, a rappelé que Kurtág a fêté ses 100 ans le 19 février dernier, mais c’est presque une œuvre de jeunesse que la deuxième de son catalogue officiel, le Quintette à vent (1959) : trois ans seulement mais avant tout un gigantesque fossé stylistique séparent ces huit pièces de celle de Barber. La forme aphoristique, la discontinuité du propos et la concentration de la pensée évoquent bien sûr Webern, mais le compositeur hongrois affirme déjà nettement son style, sa manière de jouer avec les textures sonores ou de laisser chacun des instruments vivre sa vie dans un joyeux désordre. Un défi que les interprètes relèvent avec brio devant un auditoire attentif, interloqué et convaincu.


Faute de précision dans le programme de salle, on peut supposer que c’est l’arrangement du corniste Mason Jones (1919‑2009) qui a été choisi pour Le Tombeau de Couperin (1917). Dans sa version orchestrale, Ravel n’avait retenu que quatre des six pièces, excluant la Fugue et la Toccata ; l’arrangement pour quintette à vent s’en tient également à quatre pièces, excluant lui aussi la Toccata, décidément trop pianistique, mais aussi la délicate Forlane. L’acoustique grossit un peu le trait, mais on ne peut qu’admirer l’esprit, la subtilité, le raffinement, la virtuosité et la qualité de mise en place obtenue par une formation non permanente.


La seconde partie s’ouvre sur la Petite musique de chambre (1922), la deuxième des huit Kammermusiken de Hindemith : heureuse idée car on y retrouve le Hindemith des années 1920, mordant, sarcastique, goguenard et ludique, les quelques effusions lyriques étant aussitôt tournées en dérision, ce qui n’empêche pas le sérieux de retrouver ses droits dans le beau mouvement central (« Calme et simple »), qui, comme l’œuvre de Ravel, pourrait être un écho de la Grande Guerre.


Dans Des Pères Alévis buvant du raki (2011), Fazıl Say décrit une scène ordinaire de la vie dans un village d’Anatolie : des pères alévis partagent du raki autour d’une table généreusement dressée – pour mémoire, les alévis peuvent être considérés comme le deuxième groupe musulman en importance démographique après les sunnites. Comme à son habitude, le compositeur turc use d’un langage relativement traditionnel, mais ces quatre courtes parties enchaînées de caractère narratif, parcourues par un Andantino ritornello orientalisant en mètres irréguliers, ne manquent ni de couleur, ni de rythme, ni de vie, ni d’humour, comme cette sorte de conversation où le basson semble agacé par l’obstination du hautbois.


La brochure du festival avait, par mégarde, déjà révélé le bis : la première des Trois Pièces brèves (1930) d’Ibert virevolte avec un tel entrain et un tel brio qu’on aurait fortement eu envie d’entendre les deux autres.


Le site de Fazıl Say
Le site de Matteo Mastromarino



Simon Corley

 

 

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