|
Back
Intermezzi Oviedo Teatro Filarmónica 07/31/2026 - Yónatan Santianes : El sobre equivocado (création)
Giovanni Battista Pergolesi : La serva padrona [*] Vilma Ramírez (Leonor), Angeles Rojas (Serafina), Paula Duarte (Beatriz), Anne Broers (Umberta), Alvaro Segador (Ricardo), Noive Solar (Serpina) [*], Angel Simón (Uberto) [*], Ariel Martín (Vespone) [*]
Ariel Alegre (piano)
Yónatan Santianes (mise en scène), Eduardo Espina (lumières)
 (© Stéphane Guy)
Cela faisait longtemps que nous n’avions pas assisté à un concert au Théâtre philharmonique d’Oviedo, il est vrai peu utilisé pour des concerts. Cela faisait longtemps également que nous n’avions pas assisté à La Servante maîtresse (1733), de Giovanni Battista Pergolesi (1710‑1736), intermède célèbre pour avoir lancé la Querelle des bouffons orchestrée par Jean‑Jacques Rousseau contre Jean‑Philippe Rameau et l’opéra français. La dernière fois, c’était en 2001, par La Petite Bande de Sigiswald Kuijken, dans le cloître de la cathédrale d’Oviedo, merveilleux souvenir. Ce soir, sous la direction artistique de Begona García‑Tamargo et pour la deuxième édition de l’Opéra‑studio de La Castalia, organisme qui a pour objectif de lancer des jeunes, le théâtre sert de cadre à l’œuvre de Pergolèse mais celle-ci est judicieusement précédé d’une sorte d’introduction d’une trentaine de minutes, La Mauvaise Enveloppe de Yónatan Santianes, compositeur et professeur de composition à Saragosse, né à Oviedo en 1978, en création mondiale.
L’histoire raconte que Leonor, intendante d’un théâtre, trouve une enveloppe. Elle redoute qu’il contienne le nom de la personne qui doit être licenciée suite aux rumeurs de coupes budgétaires. Umberta la metteuse en scène se bat néanmoins de son côté pour la réussite du spectacle prévu, La Servante maîtresse justement, tandis que Serafina, machiniste, persuade Ricardo, dont elle pressent l’amour, qu’il peut résoudre tous les problèmes techniques auxquels elle est confrontée. Ricardo, chargé des lumières, écrit du coup une lettre d’amour à ladite Serafina mais elle est lue devant tout le monde à la place de celle qui annonce la fermeture du théâtre après la représentation. La mauvaise nouvelle finit par être connue mais la troupe la surmonte, décidée à réussir cette Servante maîtresse. Laquelle peut alors commencer. Et débute effectivement. Passage à la seconde partie du concert.
Du point de vue musical, cette première partie de concert est une sorte de zarzuela contemporaine, parfaitement tonale, bien tournée mais sans surprise. On n’est pas du tout du côté d’un Berio s’inspirant de Schubert, par exemple. On y repère quelques emprunts musicaux, surtout à Pergolèse évidemment. La partie instrumentale se limite au piano, qui est sur scène, et à un auto‑accompagnement aux castagnettes de la mezzo Paula Duarte dans le rôle d’une maquilleuse. Tout est parfaitement huilé et bien chanté mais on repère surtout le ténor Alvaro Segador qui, à défaut de puissance, déploie un chant naturel, à la fois simple et clair. Si la mise en scène du compositeur ne bénéficie pas de grands moyens, elle est inventive. Quelques accessoires (outils, casque avec micro, pinceaux de maquillage...) suffisent à comprendre à qui on a affaire.
Ces qualités se retrouvent dans La Servante maîtresse, ou plus exactement sa réduction. D’abord, l’accompagnement se poursuit encore une fois au piano seul, au lieu des deux violons, de l’alto et de la basse continue prévus par Pergolèse pour animer deux pauses dans son opéra Il Prigionier superbo (oublié). Il existe en effet, pour que ce soit encore plus simple à monter, des versions pour piano de La Servante maîtresse depuis 1862, la plus connue étant celle de Mario Parenti pour les éditions Ricordi en 1960. Ensuite, les récitatifs sont purement et simplement évacués. Dans cette adaptation, le baryton Angel Simón est en tout cas impeccable de justesse, désemparé, et Noive Solar est une soubrette espiègle à souhait, sans trop en faire en gesticulations comme malheureusement Ariel Martín dans le rôle muet du valet. On regrettera cependant chez la soprano une prononciation de l’italien disons perfectible et, pour le public, une absence de surtitrages, lesquels auraient été manifestement bienvenus.
Ce qu’on retient surtout de la soirée, c’est la performance du pianiste Arián Alegre : il n’arrête pas. A peine a‑t‑il le temps de tourner rapidement les pages de ses partitions. Il sait cependant faire preuve de nuance, voire d’humour quand il s’agit d’imiter un téléphone portable dans l’œuvre de Yónatan Santianes.
A l’issue, tous les participants (dont les noms ne sont malheureusement pas tous crédités) montrent, autour du compositeur et metteur en scène, leur joie d’avoir réussi une si belle soirée et le public en est également ravi. Ils ont d’ailleurs du mal à quitter la scène. Mais cela permet au moins aux bouquets de fleurs d’arriver presque à temps alors qu’une grande partie du public est déjà partie.
Stéphane Guy
|