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Weckerlin fait halte à Bad Wildbad

Bad Wildbad
Königliches Kurtheater
07/22/2026 -  et 26* juillet, 1er  août 2026
Jean-Baptiste Weckerlin : Le Mariage en poste
Dmytro Voronov (Le marquis de Boiscivry), Erwan Fosset (Le comte Emeric), Juliette Amirault (Alice)
Mattia Torriglia (piano)
Jochen Schönleber (mise en scène, décors), Eleonora Calabrò (costumes), Marcel Hahn (lumières)


M. Torriglia, E. Fosset, D. Voronov, J. Amirault
(© Patrick Pfeiffer für Rossini in Wildbad)



Le festival Rossini in Wildbad réserve chaque année quelques découvertes  : des voix promises à un bel avenir mais aussi des œuvres rarement montées de Rossini ou de compositeurs méconnus, comme ce Mariage en poste de Jean‑Baptiste Weckerlin (1821‑1910), un natif de Guebwiller, donc presque un voisin, Bad  Wildbad étant proche de l’Alsace. Voilà une figure oubliée de la musique française. Ce musicien a exercé la fonction de bibliothécaire tout en se consacrant à la musicologie et à la musique folklorique, et sur ce point, il a effectué un travail pionnier relevant de l’ethnomusicologie, dans une démarche qui n’est pas sans rappeler celle de Bartók. Le lien avec Rossini paraît ténu, mais il existe pourtant. Il semblerait, en fait, que certaines de ses œuvres aient été jouées lors des soirées musicales organisées par notre illustre compositeur.


Weckerlin a composé un opéra de salon en un acte, Le Mariage en poste, créé à la salle Herz, à Paris, le 2  mars 1857. Opéra de salon  ? C’est qu’il ne requiert que de modestes moyens, comme le prouve cette production, représentée à trois reprises, dans le petit Kurtheater  : trois chanteurs et un pianiste, voilà tout. Le festival a effectué un sérieux travail d’exhumation, comme le prouve le programme de ce spectacle, qui rassemble plusieurs textes bien instructifs, à condition de connaître l’allemand.


Il s’agit d’une pièce en un acte, avec des dialogues et des numéros musicaux. Elle raconte l’histoire d’un noble, le marquis de  Boiscivry, un individu peu recommandable et inquiétant, au ventre protubérant et porté sur la bouteille, qui arrive dans un relais de poste avec sa fille, la charmante Alice. Il veut la marier à un noble qu’il n’a jamais vu. Le comte Emeric entre en scène, après avoir eu un accident de roulage qui lui a occasionné une foulure de la main et détruit un essieu. L’histoire est amusante car le comte n’a pas vraiment l’intention de se marier, et il finit même par prendre Alice et son père pour les tenanciers de l’auberge. Tout finira par s’arranger, et les jeunes gens s’éprennent finalement l’un pour l’autre, malgré les malentendus d’usage bien dans l’esprit du genre.


L’œuvre se caractérise par ses nombreux dialogues parlés, tandis que chacun des personnages dispose de ses numéros de chant pour se mettre en valeur  ; cette heure de spectacle se déroule plaisamment. La réussite de cette production tient à la fraîcheur et au naturel des interprètes, tous boursiers de l’Akademie BelCanto. Dmytro Voronov, natif de Kiev, excelle dans le rôle du père autoritaire et stupide, d’autant plus que la basse maîtrise la prononciation de la langue française. Erwan Fosset, ténor à la voix idéale de souplesse et de clarté pour le répertoire léger, convainc par son jeu scénique et séduit par la clarté de son timbre et la justesse de son chant, celle d’un jeune homme pur, idéaliste et romantique. Ce chanteur excellerait dans les œuvres d’Offenbach, Adam, Auber. Juliette Amirault affiche beaucoup de charme et de finesse en Alice, et met en valeur une voix légère tout à fait appropriée, si bien que nous l’imaginons sans peine en Leïla des Pêcheurs de perles ou en Micaëla de Carmen. Dans cette mise en scène sans prétention mais efficace de Jochen Schönleber, le pianiste, en l’occurrence l’excellent Mattia Torriglia, ajoute une touche de comédie, en plus de jouer sa partie avec tellement d’éloquence que l’absence d’orchestre, même de chambre, ne suscite pas le moindre regret.



Sébastien Foucart

 

 

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