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La Flûte enchantée vs. La Femme sans ombre Aix-en-Provence Théâtre de l’Archevêché 07/02/2026 - et 5, 7, 11, 13, 15, 17*, 19, 21 juillet 2026 Wolfgang Amadeus Mozart : Die Zauberflöte, K. 620 Ying Fang (Pamina), Mauro Peter (Tamino), Sabine Devieilhe (Königin der Nacht), Sean Michael Plumb (Papageno), Brindley Sherratt (Sarastro), Edwin Crossley‑Mercer (Sprecher), Alix Le Saux, Ashley Dixon, Adriana Bignagni Lesca (Drei Damen), Emma Fekete (Papagena), Rodolphe Briand (Monostatos), Damien Pass (Erster Priester, Zweiter geharnischter Mann), Jonghyun Park (Zweiter Priester, Erster geharnischter Mann), Membres du Knabenchor der Chorakademie Dortmund (Drei Knaben)
Chœur de Chambre de Namur, Thibaut Lenaerts (chef de chœur), Cappella Mediterranea, Leonardo García‑Alarcón (direction musicale)
Clément Cogitore (mise en scène, vidéo), Alban Ho Van (scénographie), Wojciech Dziedzic (costumes), Sylvain Verdet (lumières), Evelin Facchini (chorégraphie), Simon Hatab (dramaturgie)
 (© Jean-Louis Fernandez)
Dans une ville en ruines, dont les bâtiments s’écroulent encore, des gamins jouent. Ils ont peut‑être perdu leurs parents. Comment pourront-ils « intégrer une communauté » ? C’est autour de cette question que Clément Cogitore a conçu sa lecture de La Flûte enchantée. Tamino et Pamina sont deux enfants, qui récitent les dialogues et que doublent ténor et soprano, réduits du coup à une inexistence scénique. Il faudra attendre le milieu du second acte pour que, devenus adultes, les chanteurs les incarnent. Dès le début, voici le ver dans le fruit. Et l’on n’en peut plus de cette vidéo envahissante : jusqu’à la fin, elle va parasiter le spectacle, comme si l’opéra devenait une musique d’accompagnement pour des scènes de film. Un film qui détourne complètement le message d’une œuvre fermée aux lendemains lumineux. Le metteur en scène associe l’histoire à l’envers du miracle économique des années d’après‑guerre, d’un « nouvel ordre “idéal” d’où vont surgir de nouveaux monstres ». Sarastro a des airs de vieux gourou mafieux et aveugle – tout un symbole – qui promeut une société raciste et misogyne tenue en bride par des flics et des blouses blanches. Le salut viendra peut‑être du couple Papagena et Papageno, pas du couple Pamina-Tamino, pris au piège d’un libéralisme fallacieux et délétère. Ce « requiem d’adieux à l’enfance » cède à l’air du temps : il faut, coûte que coûte, désenchanter La Flûte. Une posture à l’opposé de celle de Barrie Kosky, qui préservait les mirages de La Femme sans ombre. Associer les deux œuvres allait de soi, l’une étant une relecture de l’autre, mais, si les deux metteurs en scène mettent l’enfant au cœur de leur production, c’est à front renversé. Là où Kosky fascine, Cogitore ennuie, même si l’on reconnaît la cohérence du propos : le premier fait confiance à l’œuvre, pas le second.
Il eût fallu, pour sauver l’ensemble, bien servir la musique. Leonardo García Alarcón, qu’on a souvent connu si remarquable et si inventif, notamment dans un Couronnement de Poppée mémorable il y a quatre ans, dirige carrément, parfois brutalement, peu prodigue de couleurs, ne laissant respirer ni la partition ni les chanteurs, à la tête d’une Cappella Mediterranea aux sonorités pas toujours très amènes. Quant à la distribution, comment un festival qui se veut prestigieux, où les places coûtent fort cher, peut‑il réunir un plateau aussi moyen, sinon médiocre ? Même Sabine Devieilhe, si elle darde toujours ses contre‑fa, reste en deçà de ce qu’on attend de sa Reine de la nuit, avec des doubles croches beaucoup moins précises que de coutume. Le Sarastro de Brindley Sherratt, émission instable et ligne en berne, n’a pour lui que ses graves. On a entendu Edwin Crossley‑Melcer plus saillant. La probe Pamina de Ying Fang, très modeste à partir du bas médium, n’irradie guère, à l’instar du Tamino solide mais sans aura de Mauro Peter. C’est le Papageno bien campé vocalement et scéniquement de Sean Michael Plumb que l’on retient de cette morne soirée, apparié à la Papagena pâlichonne d’Emma Fekete. On est donc loin du compte, avec trois Dames plus troupières qu’accortes et un Monostatos désordonné. Cette Flûte est décidément l’antithèse de La Femme sans ombre.
Didier van Moere
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