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Wellber bouscule ses classiques

Montpellier
Corum (Opéra Berlioz)
07/17/2026 -  
Wolfgang Amadeus Mozart : Don Giovanni, K. 527 : Ouverture – Symphonie n° 1 en mi bémol majeur, K. 16
Max Bruch : Concerto pour violon n° 1 en sol mineur, opus 25
Robert Schumann : Symphonie n° 4 en ré mineur, opus 120

Hilary Hahn (violon)
Die Deutsche Kammerphilharmonie Bremen, Omer Meir Wellber (direction)


O. M. Wellber


Après le concert donné ici avec Jakub Hrůsa à la tête du Philharmonique de Radio France, place cette fois à une esthétique radicalement différente autour du chef Omer Meir Wellber et de la Philharmonie de chambre allemande de Brême. Au mélange de précision et de souplesse de la formation parisienne succède cette fois l’impressionnante cohésion technique de l’orchestre de chambre allemand, en tournée tout l’été avec Wellber. A la lecture de leur agenda, on s’amuse de constater que les prochains concerts reprennent le même programme, à une exception près : le Double Concerto pour violon et accordéon « Labyrinth of Time » d’Aziza Sadikova (née en 1978) remplace la Première Symphonie de Mozart choisie pour Montpellier.


C’est l’Ouverture de l’opéra Don Giovanni (1787) qui ouvre le concert pour chauffer les musiciens, familiers de ce joyau du répertoire classique. Omer Meir Wellber affiche ses intentions par une entrée en matière bouillonnante, d’autant plus impressionnante qu’elle est obtenue avec seulement vingt cordes. Les attaques sèches, sans vibrato, impriment une tension constante, soutenues par des tempi vifs. Le chef israélien s’intéresse peu à la respiration des phrasés, en optant davantage pour un style percussif et nerveux, qui bouscule son Mozart. On s’habitue peu à peu à cette lecture ponctuée d’accents, particulièrement excitante dans le cadre du concert.


Après cet apéritif tonitruant, la classe majestueuse et sereine d’Hilary Hahn vient calmer les ardeurs du Premier Concerto (1868) de Bruch. La clarté et la pureté des sonorités de la violoniste impressionnent toujours autant, même si ses tempi alanguis dans les deux premiers mouvements sonnent quelque peu en décalage avec le rugissant accompagnement orchestral. Le Finale paraît ainsi un peu brusque sous cette battue, qui ne s’embarrasse pas de coquetteries. En bis, Hilary Hahn retrouve des cimes plus lumineuses avec la Loure de la Troisième Partita de Bach.


Après l’entracte, le public a la curiosité de découvrir la rare Première Symphonie de Mozart, composée en 1765 à seulement 8 ans, à l’occasion de son séjour londonien. Cet ouvrage ne manque pas de qualités dans cette interprétation engagée, surtout dans son premier mouvement contrasté. Le deuxième laisse aussi entrevoir quelques répétitions entêtantes et volontiers planantes, que le chef anime astucieusement en jouant sur les nuances, autour de piani éthérés. Le bref Finale, en revanche, tourne quelque peu à vide, faute d’idée saillante. On aurait préféré entendre le superbe Cinquième Concerto pour piano, en réalité le premier composé par Mozart (les précédents étant des adaptations de sonates de contemporains).


Le meilleur reste encore à venir avec la Quatrième Symphonie (1851) de Schumann. L’introduction lente très détaillée n’est qu’un leurre, tant les tempi du chef israélien s’enflamment avec les premiers tutti, en un son globalement dense (avec trente cordes réunies pour l’occasion). Plusieurs détails spectaculaires ressortent, comme les scansions aux cors, tandis que les vents se font plus discrets en comparaison. Chaque pupitre privilégie des attaques sèches avec un mordant sans pareil, même si quelques effets dans les pianissimi viennent mettre en valeur, par contraste, les crescendos à venir. A l’instar du Concerto de Bruch, chaque mouvement est enchaîné directement.


Le manque de respiration par endroits est compensé par la fluidité des transitions, ainsi que le sentiment d’excitation palpable dans cette interprétation sans temps morts. Si cette lecture dynamique n’évite pas quelques sécheresses dans les couleurs, elle se distingue par son expressivité, particulièrement remarquable dans l’introduction dramatique du Finale. Les variations de tempo incessantes confèrent à l’œuvre une dimension imprévisible, qui trouve toujours son assise dans le soin apporté à la rythmique et à la narration globale.


En bis, le chef, manifestement ravi, s’amuse à jouer du triangle, tout en dirigeant du pupitre la Première Danse hongroise de Brahms, pour le plus grand bonheur du public montpelliérain.



Florent Coudeyrat

 

 

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