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Farrenc et Berlioz en miroir Paris Maison de la radio et de la musique 07/02/2026 - Louise Farrenc : Symphonie n° 3 en sol mineur, opus 36
Hector Berlioz : Messe solennelle, H. 20 Chiara Skerath (soprano), Julien Henric (ténor), Laurent Naouri (basse)
Chœur de Radio France, Lionel Sow (chef de chœur), Orchestre national de France, Dinis Sousa (direction)
 D. Sousa (© Sim Canetty-Clarke)
A l’occasion de son dernier concert de la saison à la Maison de la Radio, l’Orchestre national de France rend hommage à deux personnalités musicales incontournables de leur temps, nées à quelques mois d’intervalle : si la figure de Berlioz reste évidemment bien connue de nos jours, il n’en est rien pour Louise Farrenc, largement oubliée après sa mort, à l’instar de la majorité de ses collègues féminines. La compositrice a pourtant enseigné le piano pendant trente ans au Conservatoire de Paris, obtenant une reconnaissance académique saluée par ses pairs. Si le chef québécois Yannick Nézet‑Séguin a choisi d’exhumer ses symphonies en concert, comme en 2022 à Baden‑Baden, c’est désormais au tour du Portugais Dinis Sousa (né en 1988) de faire de même avec une formation de premier plan.
Ce concert s’intéresse à la Troisième (1847) et dernière symphonie de Farrenc, dont le Scherzo fait figure de réussite, avec son début à l’inspiration mélodique entêtante. Pour le reste, l’ouvrage fait entendre une compositrice à la technique solide, en grande partie tournée vers les modèles germaniques, Beethoven en tête. Privée de cuivres, l’orchestration est sensiblement allégée par la direction toute de transparence de Sousa, qui met ainsi en avant les interventions splendides aux vents. L’introduction lente du premier mouvement témoigne d’une attention portée à tous les détails dans les piani, le tout admirablement ciselé. Si ce geste n’évite pas quelques aspects séquentiels, il avance en soignant la fluidité des transitions. Le début original de l’Adagio cantabile évoque le maître Reicha par son dialogue entre cor et basson, avant que la respiration sereine alterne avec des épisodes majestueux, proches du style du Haydn de la période londonienne. Le Finale se distingue par son tempérament plus affirmé, mais tourne parfois à vide, faute d’idées vraiment saillantes.
Après l’entracte, les forces démesurées de la Messe solennelle (1824) de Berlioz investissent le plateau, offrant un contraste saisissant avec la première partie. Les masses orchestrales chères au natif de La Côte‑Saint‑André ne sont pas sollicitées en permanence, ce qui permet de donner des oppositions bienvenues entre les mouvements. Cette messe de jeunesse, composée à son arrivée à Paris alors qu’il se formait auprès de Lesueur, montre déjà une audace et un tempérament éloquent. Si cet ouvrage a longtemps été considéré comme perdu, seulement retrouvé en 1991, c’est que Berlioz l’a volontairement écarté pour en faire un véritable laboratoire d’idées réutilisées dans ses œuvres ultérieures. Les oreilles attentives s’amusent à reconnaître des extraits retravaillés du Carnaval romain, de la Symphonie fantastique ou du Requiem.
Dès les premières mesures de l’introduction, Berlioz affirme son désir d’originalité, en alternant des crescendos/descrescendos ponctués par des scansions aux cuivres et timbales. Un accord dissonant fait penser aux audaces de Haydn dans La Création, avant l’entrée savante et polyphonique du chœur. Comme pour Farrenc, la pâte orchestrale légère voulue par Sousa met l’accent sur les dynamiques, autour de phrasés aériens. L’inspiration souvent imprévisible de Berlioz nourrit une tension croissante, en un style qui se rapproche de l’emphase des oratorios. Les grandes envolées du chœur, au sautillement surprenant d’enthousiasme, donnent des effets chaloupés. L’élégance des phrasés de Sousa épouse les passages plus opératiques, donnant à ses solistes une remarquable assise rythmique. Parmi eux, Laurent Naouri est le plus sollicité, compensant une palette de couleurs limitée par des qualités de diction et une projection toujours affirmée. On aime aussi les interventions lumineuses de Julien Henric dans l’apaisement, tandis que Chiara Skerath déploie de semblables atouts dans les piani et les graves.
La dernière partie de cette messe d’environ une heure, étonnamment longue pour un premier essai, accuse quelques parties plus inégales et convenues, en convoquant davantage d’aria pour ses solistes, avant une conclusion cuivrée résolument pompeuse.
Florent Coudeyrat
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