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La Source Vive fait jaillir la musique à Evian Evian La Source Vive 06/29/2026 - Johannes Brahms : Quatuor n° 2 en la mineur opus 51 n° 2 – Zwei Gesänge für eine Altstimme mit Bratsche und Klavier, opus 91 [*] – Zigeunerlieder opus 103 (arr. pour voix seule et piano) – Quintette avec piano en fa mineur, opus 34 Marina Viotti (mezzo-soprano), Paul Zientara (alto) [*], Anna Vinnitskaya (piano), Quatuor Ebène : Pierre Colombet, Gabriel Le Magadure (violon), Marie Chilemme (alto), Yuya Okamoto (violoncelle)  (© Jean-Philippe Mesguen pour PCA-Stream)
Une nouvelle salle de concert qui ouvre ses portes est toujours un grand moment d’émotion. Plus encore aujourd’hui, dans une période où les budgets consacrés à la culture sont sous pression un peu partout. L’inauguration de La Source Vive, à Evian, n’est donc pas seulement celle d’un bâtiment. C’est un pari sur l’avenir, une déclaration de foi dans le pouvoir de la musique, un acte de confiance envers les artistes, le public et la création.
Tout commence par une révélation. En 2017, la mécène Aline Foriel‑Destezet découvre La Grange au Lac, la salle de concert entièrement en bois offerte par Antoine Riboud à son ami Mstislav Rostropovich en 1993. Elle est immédiatement séduite par ce lieu unique et imagine déjà son prolongement : une salle plus intime, entièrement dédiée à la musique de chambre. L’ambition est claire : offrir aux musiciens et au public un écrin d’exception, à même de compléter l’offre des Rencontres musicales d’Evian. Le projet prend véritablement son envol après le covid, en 2021, grâce à un partenariat avec l’Evian Resort. Pour lui donner vie, Aline Foriel-Destezet fait appel à Patrick Bouchain, l’architecte de La Grange au Lac, rejoint par Philippe Chiambaretta afin de conjuguer une approche sensible de l’architecture avec les outils de modélisation et d’ingénierie contemporains. Ensemble, les deux hommes imaginent un bâtiment moderne, audacieux et parfaitement intégré dans son environnement naturel.
Deux années de chantier seront nécessaires pour transformer cette ambition en réalité. Derrière les courbes élégantes de La Source Vive se cache un véritable défi technique. La salle repose sur une double enveloppe : une coque intérieure en béton projeté, réalisée sur un coffrage entièrement sur mesure, et une enveloppe extérieure qui garantit une isolation acoustique et thermique de très haut niveau. Au sommet, un vaste oculus de 7 mètres de diamètre laisse pénétrer la lumière naturelle jusqu’au cœur de la salle, tandis que le cuivre patiné de la toiture permet au bâtiment de se fondre dans la forêt de mélèzes de l’immense parc de l’Evian Resort. D’autres matériaux soigneusement sélectionnés, notamment le plâtre brut et le hêtre, contribuent à la qualité sonore.
Avec ses 500 places, la salle privilégie la proximité entre les artistes et le public (22 mètres de distance au maximum). Sa scène centrale, entourée de gradins, place chaque spectateur au plus près des musiciens. Sa forme organique en conque, ses volumes soigneusement calculés et le choix des matériaux ont été pensés dans les moindres détails. La Source Vive recèle aussi de nombreuses particularités, telle la sculpture en corde qui orne le mur de l’entrée et qui permet de sonner le début des concerts, aux antipodes des sonneries utilisées généralement dans les salles de spectacle. On mentionnera aussi les fauteuils en cuir à deux places (non rabattables) ou les ouvertures latérales qui laissent entrevoir les arbres majestueux qui entourent la salle.
La Source Vive ne vient pas remplacer La Grange au Lac, elle en devient le complément naturel. D’un côté, La Grange au Lac reste le temple des grandes formations symphoniques et des concerts d’envergure. De l’autre, La Source Vive offre un écrin plus intime, parfaitement adapté aux récitals, à la musique de chambre et aux petites formations. Les deux salles forment désormais un véritable duo. L’une impressionne par son ampleur, l’autre séduit par sa proximité. Elles sont réunies par un foyer, un nouveau bâtiment en bois et aux larges baies vitrées. L’ensemble, baptisé Les Mélèzes, permet désormais aux Rencontres musicales d’Évian de disposer d’un écrin unique en son genre, à même d’accueillir toutes les expressions de la musique classique, du récital le plus confidentiel au grand concert symphonique, sans oublier la danse, le théâtre ou encore le cinéma. En dehors du festival, Evian pourra aussi désormais compter sur une véritable saison musicale, avec cinquante levers de rideau prévus pour 2026‑2027. Au fond, La Source Vive porte bien son nom. Elle est une nouvelle source d’inspiration pour les artistes, un nouveau lieu de partage pour le public et un symbole fort du renouveau culturel d’Evian.
Les Rencontres musicales d’Evian 2026 ont débuté le 24 juin. La soirée du 29 juin à La Source Vive aura surtout été celle du Quatuor Ebène. Dans deux œuvres majeures de Johannes Brahms (le Deuxième Quatuor et le Quintette avec piano), les quatre musiciens, rejoints par la pianiste Anna Vinnitskaya pour le second morceau, ont livré une prestation d’une remarquable intensité, alliant une précision instrumentale exemplaire à une cohésion de tous les instants. Leur lecture, à la fois rigoureuse et profondément habitée, a mis en lumière toute la richesse de l’écriture brahmsienne. Les équilibres étaient parfaits, les phrasés d’une grande élégance et le dialogue entre les instruments constamment vivant. Une démonstration de maîtrise qui a captivé le public du premier au dernier accord.
L’autre partie du programme de la soirée était consacrée aux Chants opus 91 de Brahms, interprétés par la mezzo‑soprano Marina Viotti avec la complicité de la pianiste Anna Vinnitskaya et de l’altiste Paul Zientara. Si l’engagement artistique des interprètes ne saurait être mis en doute, le résultat s’est révélé plus contrasté. Le répertoire semble moins naturellement adapté aux qualités vocales de Marina Viotti, davantage connue pour son aisance dans des partitions plus dramatiques et théâtrales. Malgré ces réserves, la soirée restera marquée par l’éclatante réussite du Quatuor Ebène, dont la vision de Brahms a littéralement envoûté le public. Les Rencontres musicales d’Evian, qui fêtent cette année leurs cinquante ans, se poursuivront jusqu’au 5 juillet, avec pour fil rouge la musique de chambre de Brahms, sous la houlette de Renaud Capuçon, directeur artistique de la manifestation.
Le site des Rencontres musicales d’Evian
Claudio Poloni
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