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Le Trouvère revisité Madrid Teatro Real 06/29/2026 - et 1er, 2, 4, 6, 9, 10, 11, 1, 14, 15, 1, 17, 18, 20 juillet 2026 Giuseppe Verdi : Il trovatore Artur Ruciński*/Juan Jesús Rodríguez/George Petean (Il conte di Luna), Marina Rebeka*/Saioa Hernández/Eleonora Buratto (Leonora), Ksenia Dudidkova*/Anita Rachvelishvili/Teresa Romano/Clémentine Margaine (Azucena), Piotr Beczala*/Vittorio Grigolo/Celso Albelo/Yusif Eyvazov (Manrico), Krysztof Bączyk*/Marco Mimika (Ferrando), Rocío Faus*/Mar Morán (Ines), Fabián Lara (Ruiz), Moisés Marín (Un messo)
Coro Titular del Teatro Real, José Luis Basso (chef de chœur), Orquesta Titular del Teatro Real (Orquesta Sinfónica de Madrid), Nicola Luisotti*/François López‑Ferrer (direction musicale)
Francisco Negrín (mise en scène), Louis Désiré (décors, costumes), Bruno Poet (lumières)
 M. Rebeka, P. Beczala (© Javier de Real/Teatro Real)
On a vu cette production du Trouvère de Francisco Negrín au Teatro Real de Madrid il y a sept ans. Nous avons donc déjà évoqué ses points forts et ses faiblesses, et il ne semble pas nécessaire d’y revenir. Ses faiblesses sont indéniables, mais sa force réside tout autant dans la continuité dramatique, qui ne faiblit jamais et captive le spectateur. Avait également été abordé le contexte historique de l’époque, notamment la signification de cette guerre civile, et il est inutile de revenir davantage sur ce qui avait alors été écrit. L’un des excès de cette production réside dans sa volonté de tout expliquer par des images trop explicites. Il y a trop de présences, d’images et d’allusions ; la mise en scène semble nous dire : « Si vous ne comprenez pas ce qu’ils chantent, je vais vous l’expliquer. »
Sept ans ont passé. Je ne sais pas si la perspective, le passage du temps, me joue des tours. Mais on a l’impression dans ce cas précis, que les voix se sont surpassées, même si la distribution du 2019 était déjà luxueuse. C’est désormais un de ces miracles (nous ne croyons pas aux miracles, bien sûr) dont le Teatro Real nous régale. La très riche série d’arias, mais aussi de duos et d’ensembles, exigerait une quantité excessive de citations d’incipit d’arias. La vérité est qu’après avoir été témoin de la splendide performance de la basse polonaise Krysztof Bączyk dans sa narration des malheurs qui expliquent ce que nous allons voir, l’aria de Leonora, « Tacea la notte placida », et sa cabaletta agitée, nous révèlent le niveau artistique à attendre avec un tel personnage. C’est alors que la Lettone Marika Rebeka commença à captiver un public peut‑être encore sous le choc : et ce, dès le début ! C’est ainsi que Verdi met en place son œuvre, pour électriser rapidement l’auditoire, et c’est ainsi qu’une soprano de son calibre l’aborde. Puis vient le trio, ce fragment qui, même en format audio, sans images, séduit ceux d’entre nous qui croient en une chose aussi évidente que la théâtralité de l’opéra. De « Tace la notte » aux syncopes violentes et à l’explosion finale, les trois voix brillèrent dans la chaleur de la montée en puissance sonore, dans la présentation des deux rivaux, ténor et baryton, et dans la tentative de la soprano d’atteindre une paix impossible. Piotr Beczala apparut sur scène tel un héros rayonnant. Son timbre magnifique, bien connu du public du Teatro Real, ainsi que la puissance de son registre médium et de ses aigus (qui seront mis à l’épreuve plus tard), sont déjà présents, mais nous savons qu’il sera encore meilleur, tant comme voix que comme performance théâtrale, lorsqu’on l’entendra seul. Plus tôt, Artur Rucinski était arrivé en cette nuit d’apparente quiétude, un silence qui allait soudain se briser. Le chœur a fait son apparition dans la scène d’ouverture de Ferrando, mais a véritablement brillé dans la célèbre scène des gitans (« la zingarella »). Et c’est là, dans le sombre et impressionnant « Stride la vampa », que la voix imposante de Ksenia Dudnikova a jailli, une voix originaire d’Ouzbékistan, l’une des cinq républiques d’Asie centrale qui se sont détachées de l’empire soviétique. Le registre grave de Dudnikova est celui de l’école russe des mezzo‑sopranos et des contraltos, des types de voix menacés mais qui survivent dans des interprétations telles que celle‑ci. Dudnikova, avec sa voix riche et son expression limpide (sans la moindre contradiction), a triomphé dans son rôle tragique malgré des indications de la mise pouvant paraître inadéquates.
Parmi la richesse inépuisable de moments marquants, chacun a ses préférences. Outre le trio, je suis particulièrement touché par le sublime air « D’amor sull’ali rosee » de l’acte IV, où Marina Rebeka a donné une véritable leçon d’équilibre entre délicatesse et enivrement, mais surtout, elle a su transmettre toute la tension dramatique de la situation. Et tandis que « Di quella pira » nous émeut tous, « Ah si, ben mio » nous touche encore plus profondément, ces deux airs, situés à proximité l’un de l’autre, s’inscrivent dans des moments d’inspiration verdienne pour Manrico. Dans les deux cas, Beczala le héros et Beczala le lyrique nous émerveillent. Artur Rucinski évolue, avec une maîtrise parfaite du rôle, du chef passionné, épris et, non sans raisons, plein de ressentiment, aux moments comme le trio ou son air « Il balen del suo sorriso », un passage où lyrisme et défi doivent coexister sans provoquer l’antipathie du public. Rocío Faus, avec sa belle voix, peut‑être volontairement adoucie par celle de la diva, a donné beauté à sa scène avec Leonora au premier acte. Enfin, le ténor mexicain Fabián Lara a insufflé une grande vitalité au rôle très vif de Ruiz, le bras droit de Manrico.
L’accueil réservé à Nicola Luisotti par le public au début de la seconde partie du spectacle fut enthousiaste. C’était une reconnaissance fervente de ce qui avait été entendu auparavant et une confiance en la suite. Avec des musiciens au sommet de leur forme, Luisotti a orchestré ce conflit complexe et cette succession de solos et d’ensembles avec une sensibilité à la fois dramatique et lyrique, une sorte de complicité entre les chanteurs et la fosse, et aussi (malgré tout) entre la fosse et la scène. Le Chœur du Teatro Real a livré une prestation d’une qualité exceptionnelle, même si la mise en scène le dissimulait parfois quelque peu (sans raison apparente). Ce succès restera gravé dans les mémoires, si je ne me suis pas laissé emporter par l’enthousiasme d’il y a quelques heures en écrivant ces lignes. Une distribution, un chœur et un orchestre de cette qualité constituent une excellente façon de clore la saison. N’oublions pas qu’il y a deux autres distributions avec des voix du calibre de celles de Saioa Hernández et Anna Netrebko, pour ne citer que le rôle de Leonora; mais il y a tant d’autres belles voix parmi lesquelles choisir. Pour l’heure, les quatre artistes qui ont chanté lors de la première le 29 ont porté le niveau émotionnel et artistique à des hauteurs exceptionnelles.
Santiago Martín Bermúdez
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