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Paradis oublié Vienna Musikverein 06/13/2026 - et 14* juin 2026 Robert Schumann : Das Paradies und die Peri, opus 50 Vera-Lotte Boecker, Marie Smolka (sopranos), Andrew Staples, Patrick Grahl (ténors), Wiebke Lehmkuhl (alto), Matthias Winckhler (baryton)
Singverein der Gesellschaft der Musikfreunde in Wien, Wiener Symphoniker, Petr Popelka (direction)
 P. Popelka (© Peter Rigaud)
Destin incompréhensible que celui de cette œuvre, considérée par Schumann comme l’un de ses sommets de composition, célébrée tant par la critique que par le public de son vivant puis durant de nombreuses décennies, avant de progressivement disparaître pour n’être aujourd’hui qu’occasionnellement enregistrée et plus rarement encore donnée au concert. Est‑ce la faute d’un genre écrasé par l’ombre de Haendel et Bach – pourtant modernisé ici par un livret profane –, d’un exotisme tombé en désuétude, ou bien des contraintes d’une mise en place mobilisant une imposante distribution de solistes, un grand chœur et un orchestre symphonique complet ?
Pourtant, la musique coule avec naturel, dans un flux en réinvention constante qui épouse le découpage dramatique, les rappels thématiques semblant naître spontanément du texte. Certaines pages possèdent une légèreté presque mendelssohnienne, faisant mentir une fois de plus la légende tenace de Schumann orchestrateur maladroit. L’Orchestre symphonique de Vienne sert la partition avec probité, et même si l’exécution manque parfois d’intensité émotionnelle, de piqué dans les ornementations et d’inventivité dans les coloris – quelques phrasés un peu précieux ralentissant l’élan dramatique –, la lecture gagne progressivement en impact au fil de l’œuvre.
Remplaçant Julia Kleiter, Vera-Lotte Boecker illumine le rôle de la Péri par sa candeur vibrante, son articulation souple et un timbre d’une grande séduction. La clarté d’élocution et la pureté de la ligne vocale d’Andrew Staples dans le rôle du narrateur font mouche, son émission étant capable de s’assombrir lorsque le drame l’exige. L’ensemble des solistes convainc autant par les individualités que par son équilibre collectif. Marie Smolka compense un volume sonore mesuré par un timbre idéalement calibré ; l’alto Wiebke Lehmkuhl séduit par d’intenses coloris cuivrés ; Patrick Grahl apporte une véritable intensité dramatique ; on regrette ponctuellement un certain flou dans les interventions du baryton Matthias Winckhler, malgré le savoureux velouté de son timbre.
En fin de compte, c’est la cohésion de l’ensemble qui s’impose : l’alliage entre le Singverein, les solistes et l’orchestre fonctionne comme une évidence, nous rappelant avec force l’existence de ce coin de paradis oublié.
Dimitri Finker
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