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Marianne Crebassa relève le défi du Chant de la terre

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
06/04/2026 -  
Gustav Mahler : Das Lied von der Erde
Marianne Crebassa (mezzo-soprano), Daniel Behle (ténor)
Orchestre national de France, Juraj Valcuha (direction)


M. Crebassa (© Simon Fowler)


Combien de chanteuses françaises ont interprété Le Chant de la terre ? On attendait impatiemment Marianne Crebassa, qui a relevé le gant. La couleur sombre du timbre, l’homogénéité de la tessiture, avec des graves d’une profondeur naturelle, la maîtrise du souffle, elle possède tout ce qu’exige le testament vocal de Mahler. En témoigne d’emblée un « Einsame im Herbst » nostalgique, où, du la grave au fa dièse aigu, la voix se déploie en une magnifique ligne. « Von der Schönheit », grâce à la souplesse de l’émission, conserve toute sa volubilité, à peine souhaiterait‑on un « O sieh, was tummeln sich » encore plus délié. La mezzo offre enfin un « Abschied » poignant, au plus près des nuances, phrasé avec une délicatesse douloureuse, qui s’achève sur sept « Ewig » très habités. Certes le temps, sans doute, approfondira les mots, mais ils sont déjà là, vivants et vibrants.


Timbre nasal, émission claironnante, Daniel Behle n’a pas les mêmes séductions. Mais quand beaucoup s’époumonent, en particulier dans le redoutable « Trinklied vom Jammer der Erde » qui monte jusqu’au si bémol, il ne force jamais sa quinte aiguë, également ductile dans le non moins redoutable « Trunkene im Frühling », où la ligne reste de nouveau parfaitement tenue – entretemps il nous aura offert un « Von der Jugend » finement ciselé.


Juraj Valcuha tire le meilleur du National, qu’il connaît bien – comparaison n’est pas raison, mais le Symphonique de Londres, entendu quatre jours avant dans la Quatrième Symphonie, c’était autre chose. Son interprétation n’annexe pas Le Chant de la terre – Mahler qualifie l’œuvre ainsi – aux derniers feux du post‑romantisme hérité de Wagner, elle lorgne vers la modernité de l’Ecole de Vienne : ce Mahler rejoint Schoenberg, comme chez un Boulez. Clarté analytique, crudité des couleurs, le chef slovaque privilégie la fluidité de la pâte sonore sans relâcher la tension – on peut lire à travers les notes du « Trunkene im Frühling ». Aucune sécheresse pour autant, il sait créer les climats propres à chaque partie, jusqu’à l’« Abschied », où il souligne la dimension chambriste d’un orchestre parfois très fragmenté, comme si la vie s’y épuisait.



Didier van Moere

 

 

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