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Verdi chez Mack Sennett

Zürich
Opernhaus
05/22/2026 -  et 28, 31 mai, 7, 13 juin 2026
Giuseppe Verdi : Un ballo in maschera
Stephen Costello (Riccardo), Dalibor Jenis (Renato), Elena Stikhina (Amelia), Yulia Matochkina (Ulrica), Rebeca Olvera (Oscar), Steffan Lloyd Owen (Silvano), Brent Michael Smith (Samuel), Stanislav Vorobyov (Tom), Martin Zysset (Un giudice), Samuel Wallace (Un servo d’Amelia)
Chor der Oper Zürich, Klaas‑Jan de Groot (chef de chœur), Orchester der Oper Zürich, Gianandrea Noseda (direction musicale)
Adele Thomas (mise en scène), Hannah Clark (décors, costumes), Emma Woods (chorégraphie), Franck Evin (lumières), Tieni Burkhalter (vidéo), Fabio Dietsche (dramaturgie)


(© Toni Suter)


Que ce soit à Munich, Genève, Paris..., les premières représentations d’une série comportent toujours une part de risque. Celle qui ouvrait hier soir à l’Opernhaus de Zurich la reprise d’Un bal masqué ne faisait pas exception : Dans les premières pages, le chœur n’était pas tout à fait en place avec l’orchestre ; l’air d’Oscar invitant Renato au bal, confié à Rebeca Olvera, manquait de précision ; Dalibor Jenis, dans le rôle de Renato, affichait quelques sons un peu courts en début de soirée. Ces petites imperfections de première, si classiques, ne résument cependant pas la soirée.


La mise en scène d’Adele Thomas, qui n’avait guère convaincu ConcertoNet lors de sa création en 2024, surprend toujours. Le parti pris est celui d’un certain burlesque : des effets proches de Mack Sennett, plusieurs scènes qui frôlent l’opérette d’Offenbach, une légèreté parfois déconcertante dans le traitement du drame. Pourtant, à la réflexion, l’option n’est pas sans pertinence. La partition de Verdi recèle une veine comique, un entrain presque rossinien par instants, qui autorise ces libertés de ton. David Alden avait emprunté une voie comparable au Met en 2015. La lecture d’Adele Thomas surprend – mais pourquoi pas.


Du côté de la distribution, le résultat est inégal. L’Ulrica de Yulia Matochkina a un style verdien indiscutable, tout comme les deux conspirateurs Samuel et Tom – Brent Michael Smith et Stanislav Vorobyov. Dalibor Jenis campe un Renato à grand volume, mais le phrasé mériterait davantage de soin. Elena Stikhina, habituellement une grande soprano verdienne – entendue dans le rôle d’Aïda à Munich en 2023 – semble ici en méforme : le médium est beau, certains aigus sont un peu minces, et la soirée alterne moments de grâce et passages moins assurés. Les aigus de Stephen Costello manquent un peu d’éclat, et le texte n’est pas toujours intelligible, mais le phrasé est élégant, le sens du legato réel, et l’ensemble reste de circonstance pour Riccardo.


Tout cela pourrait laisser augurer une soirée en demi‑teinte. C’est sans compter avec Gianandrea Noseda. Sa direction est nerveuse, vive, habitée, avec ce sens du rebond rythmique et cette tension dramatique qui fait les grandes lectures verdiennes. Le directeur musical de l’Opernhaus depuis 2021 est ici dans son élément naturel et le montre. Grâce à lui, cet Bal masqué est un très grand Verdi, qui joint le tragique et le léger avec naturel et avec des ensembles superbes sans faiblesses ni longueurs. L’ensemble s’affirmera certainement au fil de la série, mais la soirée, portée par la fosse, était déjà très italienne.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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