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Une expression visuelle grandiose Nice Opéra 04/24/2026 - et 26*, 28, 30 avril 2026 Giacomo Puccini : Le Villi Armando Noguera (Guglielmo), Vanessa Goikoetxea (Anna), Thomas Bettinger (Roberto), Monica Guerritore (Récitante)
Chœur de l’Opéra de Nice, Giulio Magnanini (chef de chœur), Orchestre philharmonique de Nice, Valerio Galli (direction musicale)
Stefano Poda (mise en scène, scénographie, costumes, lumières, chorégraphie)
 (© Julien Perrin)
Perturbée par la pandémie, la première coproduction d’importance entre les quatre opéras de la région Sud (Avignon, Nice, Marseille et Toulon) a été consacrée à La Dame de Pique, entre 2020 et 2022. Si le projet suivant, Rusalka, moins réussi, a fait un détour par Bordeaux en 2023, on se réjouit cette année de retrouver une rareté aussi inattendue que Le Villi (1884). C’est là une occasion de découvrir le tout premier ouvrage lyrique de Puccini dans la Cité des Anges, deux ans seulement après avoir eu la chance d’entendre Edgar dans les mêmes lieux. Le style grandiloquent du compositeur italien est encore en gestation, manifestement influencé par les grands maîtres, dont Verdi et Wagner (pour le rôle omniprésent de l’orchestre). L’opéra‑ballet Le Villi surprend aussi par son sujet fantastique, très éloigné du vérisme, dont Puccini se régale pour embrasser des envolées spectaculaires, rehaussées d’une place prépondérante des chœurs (très bien préparés à Nice). On peut toutefois regretter que la durée brève de l’ouvrage, d’environ 1 heure 10, n’ait pas donné lieu à l’adjonction d’un complément, par exemple Zanetto de Mascagni ou Il tabarro du même Puccini.
Quoi qu’il en soit, le plaisir va croissant tout au long de la soirée, après que les interprètes ont mis un peu de temps à se chauffer. Ainsi d’Armando Noguera (Guglielmo) et de Vanessa Goikoetxea (Anna), qui prennent toute leur mesure dans l’expressivité des passages dramatiques, là où les échanges plus subtils du dialogue amoureux les montrent plus en retrait, faute d’un médium plus affirmé. A leurs côtés, Thomas Bettinger compose un Roberto volontiers sonore, admirablement porté sur la diction. Seul le vibrato envahissant peut surprendre dans un tel rôle, mais l’ensemble reste suffisamment convaincant. Suite à un problème technique, les surtitres n’ont pas pu être affichés pour cette représentation, ce qui empêche de saisir le sens des interventions de la comédienne Monica Guerritore, sauf pour les parfaits italophones. La direction appliquée de Valerio Galli joue quant à elle la carte des équilibres entre les pupitres, cherchant à éviter toute surcharge émotionnelle, ce qui est bienvenu dans ce répertoire.
Enfin, le spectacle entièrement conçu par Stefano Poda s’épanouit dans une scénographie splendide, magnifiée par des éclairages variés. Les mélomanes voyageurs auront beau jeu de constater que le travail du plasticien italien se ressemble au fil des projets, mais force est de constater qu’il fonctionne bien ici, en enfermant d’emblée ses protagonistes dans un huis clos étouffant. Le décor unique pendant toute la représentation revisite le cauchemar de Guglielmo en une multitude d’éléments symboliques, du cercle infranchissable accueillant un arbre déraciné aux fils entrelacés en hauteur, comme autant de vies interrompues. Si Poda pourrait être plus explicite quant à ses visées, il reste toujours aussi fascinant dans son expression visuelle grandiose.
Florent Coudeyrat
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