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Valse au bord du précipice

Zurich
Opernhaus
04/14/2026 -  et 18, 22, 25*, 28 avril 2026
Richard Strauss : Arabella, opus 79
Diana Damrau (Arabella), Michael Volle (Mandryka), Anett Fritsch (Zdenka), Wolfgang Bankl (Graf Waldner), Stephanie Houtzeel (Adelaide), Pavol Breslik (Matteo), Johan Krogius (Graf Elemer), Brent Michael Smith (Graf Lamoral), Felix Gygli (Graf Dominik), Yewon Han (Fiakermilli), Irène Friedli (Eine Kartenaufschlägerin), Samuel Wallace (Ein Zimmerkellner), Martin Zysset (Welko), Ruedi Auwärter (Djura), Christoph Uhlemann (Jankel)
Chor der Oper Zürich, Ernst Raffelsberger (préparation), Orchester der Oper Zürich, Markus Poschner (direction musicale)
Robert Carsen (mise en scène, lumières), Claudia Blersch (reprise de la mise en scène), Gideon Davey (décors et costumes), Peter van Praet (lumières), Philippe Giraudeau (chorégraphie), Davide Pillera (reprise de la chorégraphie), Ian Burton, Kathrin Brunner (dramaturgie)


(© Toni Suter)


La reprise d’Arabella à l’Opernhaus de Zurich marque le retour d’une production originale et audacieuse de Robert Carsen, qui confronte le lyrisme nostalgique de Richard Strauss aux réalités historiques brutales de la création de l’ouvrage. L’opéra a en effet vu le jour en juillet 1933 à Dresde, dans une Allemagne déjà sous le joug nazi. Il s’agit de l’ultime collaboration entre le compositeur et son librettiste fétiche, Hugo von Hofmannsthal, décédé subitement en 1929 avant d’avoir pu achever les révisions du texte. Souvent comparé au Chevalier à la rose pour son cadre viennois et son ton de « comédie lyrique », Arabella est une œuvre plus crépusculaire, portant à son apogée la « conversation en musique » straussienne et mêlant raffinement tonal et une introspection psychologique plus sombre que dans les ouvrages précédents.


Etrennée à Zurich en mars 2020, juste avant les fermetures liées à la pandémie, la mise en scène déplace l’action de 1860 à 1933, année de de la création de l’ouvrage. Robert Carsen ne traite pas l’œuvre comme une simple opérette nostalgique, mais souligne clairement l’ambivalence du livret en plaçant les protagonistes dans un grand hôtel de luxe dont l’opulence cache une menace grandissante. Le bal du deuxième acte est ainsi marqué par la présence d’officiers en uniformes nazis et de croix gammées, transformant la fête en un moment de tension sociopolitique palpable. La Vienne élégante du livret devient ici un monde au bord du gouffre.


La distribution vocale, qui réunit des interprètes de tout premier plan, est emmenée par le Mandryka de Michael Volle, à la forte présence scénique et au timbre riche et sonore. Son interprétation rend parfaitement la dualité du personnage, oscillant entre le paysan croate impulsif et l’amant passionné. Composant une Arabella intelligente et vive, Diana Damrau impressionne aussi par sa musicalité hors pair, quand bien même sa voix manque de volume et de projection et que ses aigus, un peu forcés çà et là, peinent à s’épanouir face à la splendeur orchestrale de Strauss. Anett Fritsch est une Zdenka parfaitement convaincante, au jeu vif, avec parfois quelques duretés dans le registre aigu. Pavol Breslik campe un Matteo ardent et passionné, à la ligne de chant élégante, malgré çà et là un manque de souplesse. Le Comte Waldner de Wolfgang Bankl apporte une touche comique bienvenue avec un usage savoureux du dialecte viennois et une excellente diction. On n’oubliera pas non plus la Fiakermilli de Yewon Han, qui se distingue par ses vocalises acrobatiques exécutées avec une précision remarquable. Dans la fosse, à la tête de l’Orchestre de l’Opernhaus de Zurich, Markus Poschner propose une lecture subtile et convaincante de la partition de Richard Strauss, soulignant la complexité des lignes instrumentales tout en conservant une certaine précision dramatique. Mais sa direction suscite quelques réserves, avec notamment des tempi parfois un peu lents, qui pèsent sur les dialogues chantés et font perdre à l’ouvrage sa légèreté de « comédie lyrique » et son pétillant viennois.



Claudio Poloni

 

 

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