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A l’épreuve du temps Vienna Musikverein 03/18/2026 - et 19, 21, 22, 24* mars 2026 Carl Maria von Weber : Oberon, J. 306 : Ouverture
Max Bruch : Concerto pour violon n° 1, opus 26
Ludwig van Beethoven : Symphonie n° 7, opus 92 Pinchas Zukerman (violon)
Wiener Philharmoniker, Zubin Mehta (direction)
 Z. Mehta (© Opera di Firenze/Alberto Conti)
Retrouver Pinchas Zukerman et Zubin Mehta dans le Premier Concerto pour violon de Bruch s’apparente un peu à se replonger dans les souvenirs de leur enregistrement mythique gravé pour CBS (Sony) en 1977, qui aura usé les platines de tant de violonistes en préparation d’auditions. Quarante‑huit ans plus tard, si le geste du chef indien, grandement affaibli, s’est physiquement réduit, la précision du bras demeure intacte, relayée par un regard dont l’intensité irradie jusqu’aux derniers rangs de la salle. En comparaison, Pinchas Zukerman affiche presque une allure insolente de jeune homme et, à 77 ans, son archet ne tremble pas : sa projection, d’une puissance égalée par peu de violonistes du circuit, imprègne le concerto d’une sensualité sonore rehaussée de démanchés exposant des glissandi au charme discret et suranné. Les interprètes révèlent la dramaturgie noire et tourmentée du premier mouvement, les tutti semblant engloutir le soliste dans des abysses stygiens ; l’Adagio est sans affèterie, plus mobile qu’éperdument lyrique ; le finale conclut avec une autorité passionnée, quoique occasionnellement un peu trop en force.
Dans l’Ouverture d’Obéron de Weber, la progression est patiemment tenue par Zubin Mehta, depuis un chambrisme feutré jusqu’à la verve explosive de la conclusion, où les réflexes de la fosse d’opéra prennent le dessus. La Septième Symphonie de Beethoven, quant à elle, offre une sorte d’antidote à la lecture donnée il y a quelques semaines dans la même salle, laquelle privilégiait l’allégresse et l’impact immédiat. Ici, Zubin Mehta prend le temps du discours, imprimant une sérénité monumentale à la partition : il restitue une dimension funèbre à l’Allegretto, rend le Scherzo inéluctable, préparant un finale grandiose, tendu par des répétitions asphyxiantes et des gammes chargées d’anxiété.
Rarement aura-t-on entendu les musiciens de l’orchestre de Vienne aussi généreux, prêts à mouiller la chemise. Ils semblent jouer avant tout pour le vieux maestro plus que pour le public, quitte à prendre le risque d’interventions moins fondues dans le tissu orchestral qu’à l’ordinaire, faisant primer l’expression musicale sur le poli. Cette tension dialectique entre l’approche assagie du chef et la ferveur en ébullition des musiciens constitue l’une des clés de ce concert, le rendant une expérience durablement marquante.
Dimitri Finker
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