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Prodigieuse pianiste Vienna Konzerthaus 02/11/2026 - et 1er (Dortmund), 4 (Martigny), 7 (Glarus), 8 (Fribourg), 9 (Zürich), 10 (Basel), 13 (Maribor), 14 (Zagreb) février 2026 Clara Schumann : Concerto pour piano, opus 7
Emilie Mayer : Symphonie n° 4
Robert Schumann : Concerto pour piano, opus 54 Alexandra Dovgan (piano)
Kammerorchester Basel, Delyana Lazarova (direction)
 A. Dovgan (© Vladimir Volkov)
Moins de deux années après un remarquable récital, Alexandra Dovgan revient, cette fois dans la grande salle du Konzerthaus de Vienne, accompagnée par l’Orchestre de chambre de Bâle sous la direction de Delyana Lazarova. Le programme singulier fait se côtoyer deux œuvres rares, à peine fréquentées par le concert ou le disque, et un « poids lourd » du répertoire concertant, moins de vingt ans séparant leurs compositions respectives.
Le Concerto pour piano de Clara Schumann (alors Wieck), composé avant ses 16 ans, ne cache pas ses influences chopiniennes et mendelssohniennes (Mendelssohn lui‑même était au pupitre lors de la création de l’œuvre à Leipzig). Si le geste musical y est éminemment pianistique, les thèmes et leurs développements paraissent parfois un peu prosaïques. Les interprètes y insufflent néanmoins une belle franchise, mettant à profit la fraîcheur des timbres orchestraux et le jeu finement ciselé de la pianiste russe.
La Quatrième Symphonie d’Emilie Mayer, parvenue jusqu’à nous sous forme de réduction pour piano, était présentée ce soir dans la réorchestration récente d’Andreas Tarkmann (plus convaincante, nous semble‑t‑il à l’écoute, que celle de Stefan Malzew, toutes deux disponibles au disque). Si l’interprétation de Delyana Lazarova séduit d’abord par sa fougue et la netteté des articulations, une certaine frustration gagne progressivement l’auditeur face à des points culminants manquant d’explosivité. L’élan des phrasés, au souffle un peu court, tend à morceler une musique qui aurait gagné à chercher davantage de profondeur plutôt que de s’éparpiller dans l’agitation.
Si la curiosité musicologique était le moteur principal du programme de cette première partie, la comparaison avec le Concerto pour piano de Schumann est sans appel. Les musiciens s’y montrent d’ailleurs sous leur meilleur jour on admire la délicatesse d’airain d’Alexandra Dovgan, son sens incroyable de la ligne et des proportions, sa discipline lui permettant de naviguer les méandres de la partition, laissant la musique s’embraser d’elle‑même. Là où tant d’occasions se présentaient de dissoudre l’œuvre dans un romantisme de pacotille ou de céder à l’épanchement narcissique – d’autres pianistes, plus expérimentés, y auront succombé (voir ici) – sa lecture demeure splendide et clairvoyante de bout en bout. Le dialogue avec l’orchestre se transforme en une succession d’oppositions passionnantes, oscillant entre un orchestre incandescent et une pianiste qui sait temporiser, et des relances exaltées du clavier qui se propagent à toute la phalange.
Lors de son dernier récital, à 16 ans, on devinait encore les traces de l’enfant prodige derrière le clavier ; à 18 ans, il ne reste plus qu’une musicienne prodigieuse.
Dimitri Finker
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