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Montagnes russes

Paris
Philharmonie
01/17/2026 -  et 15 janvier 2026 (Antwerpen)
Serge Rachmaninov : L’Ile des morts, opus 29
Maurice Ravel : Concerto pour piano en sol majeur
Győrgy Ligeti : Atmosphères
Richard Strauss : Also sprach Zarathustra, opus 30

Hélène Grimaud (piano)
Bayerisches Staatsorchester, Vladimir Jurowski (direction)


V. Jurowski (© Peter Meisel)


Le grand chef russe Vladimir Jurowski est assez rare en France. Directeur musical de l’Opéra d’Etat de Bavière depuis 2021, il a pris la succession de Kirill Petrenko, appelé à l’Orchestre philharmonique de Berlin. Traditionnellement accueilli au Théâtre des Champs‑Elysées, l’orchestre bavarois est cette fois invité à la Philharmonie de Paris. Orchestre essentiellement d’opéra, cet ensemble basé à Munich a aussi une activité symphonique et on se souvient qu’il a régulièrement vu à son pupitre, outre son directeur musical pendant près de vingt ans, Wolfgang Sawallisch, le mythique Carlos Kleiber.


Le programme de ce soir, associant des compositeurs de nationalité et d’esthétique très différentes, était un étonnant mélange. L’Ile des morts n’a que rarement les honneurs du concert. Elle laisse pourtant percevoir tout ce qui fera sa maturité. Vladimir Jurowski ne convainc pas complètement dans une interprétation qui semble comme trop objective. Le Bayerisches Staatsorchester sonne bien mais de manière moins caractérisée que d’autres orchestres germaniques, on pense notamment au Gewandhaus de Leipzig ou bien sûr aux Berliner Philharmoniker. On s’ennuie même un peu lors de cette exécution qui ne parvient pas à faire pleinement vivre la musique de Rachmaninov, pourtant passionnée et magnifiquement écrite. Le récit, dont le thème mortuaire est inspiré d’un célèbre tableau du peintre suisse Arnold Böcklin, semble comme mis à distance, les contrastes amenuisés, les ambiances insuffisamment caractérisées et l’ensemble ne prend pas.


Tout change avec le Concerto en sol de Ravel, dont la réalisation technique comme musicale impressionne. Cette pièce célèbre entre toutes trouve en Hélène Grimaud, toujours aussi juvénile, une interprète de grand talent qui semble aujourd’hui débarrassée d’une certaine afféterie. Le jeu est sobre, précis, efficace et virtuose quand cela est nécessaire. Le dialogue, notamment avec les bois de l’orchestre, est réel. Les trois mouvements sont contrastés sans être caricaturaux. L’Adagio n’est pas apprêté comme il l’est parfois et le final, à la mise en place au cordeau, est jubilatoire. Cette très belle interprétation est à juste titre chaleureusement accueillie par une salle comble et enthousiaste.


Après l’entracte, place à deux pièces qui n’ont en commun que d’avoir été utilisées par Stanley Kubrick dans ce qui est sans doute son chef‑d’œuvre, 2001, l’Odyssée de l’espace. Atmosphères de Ligeti est ici magnifiquement interprété par un orchestre qui sait se montrer souple, réactif et nuancé. Le compositeur hongrois, en parlant de cette pièce, évoquait une musique à programme sans programme. Il met en pratique ici sa chère « micro‑polyphonie », d’abord textures, clusters et profusion des lignes. Vladimir Jurowski s’y révèle un orfèvre en termes de rendu, de précision et de mise en place.


L’enchaînement immédiat avec le célèbre début d’Ainsi parlait Zarathoustra surprend sans convaincre. On sent les musiciens eux‑mêmes désarçonnés par ce changement radical d’ambiance mais on comprend rétrospectivement pourquoi l’organiste était déjà sur le plateau durant le Ligeti. La pièce de Strauss n’est pas la plus facile à réaliser, il faut sans cesse renouveler les climats sans perdre l’unité du propos. Ici aussi on est un peu déçu car même si la réalisation est exemplaire, elle n’est en rien mémorable. Les changements de climat n’ont pas la magie attendue, certains contrechants disparaissent, les nuances sont trop attendues sans jamais être magiques. Seuls les fortissimi impressionnent sans toutefois faire vibrer. Les instrumentistes sont excellents, notamment le magnifique premier violon Arben Spahiu et les solistes des vents et des cuivres. Mais sans que rien ne soit franchement rédhibitoire, on attendait sans doute plus de cet orchestre légendaire dans une musique qui est la sienne.


En bis, l’orchestre et son chef offrent deux pièces dans lesquelles on les sent comme chez eux. L’Ouverture de La Chauve‑Souris de Johannes Strauss s’est avérée un régal de mise en place et d’esprit avec un Vladimir Jurowski qui n’hésite pas sur le rubato. Dans le second bis, Sous le tonnerre et les éclairs du même Strauss, il force un peu le trait mais avec tellement de métier ! Impossible à ce moment, de ne pas penser à Carlos Kleiber, comme si son ombre tutélaire, malgré le temps qui passe, planait toujours sur cet orchestre.


Programme original donc, mais inégal dans sa réalisation, avec un Rachmaninov inabouti, un concerto de Ravel superbe, un Ligeti toujours aussi fascinant et un Strauss inégal, le tout couronné de bis jubilatoires. De quoi peut‑être espérer une nouvelle venue de ces musiciens à l’occasion d’une fin ou début d’année pour un programme consacré aux Strauss les Viennois, ce type de concert manquant toujours cruellement à Paris.



Gilles Lesur

 

 

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