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Kirill Gerstein ou la musique par transparence

Paris
Maison de la radio et de la musique
01/10/2026 -  
Johannes Brahms : Scherzo en mi bémol, opus 4 – Sonate pour piano n° 3, opus 5
Franz Liszt : Sonate en si mineur, S. 178

Kirill Gerstein (piano)


K. Gerstein (© Marco Borggreve)


Le Scherzo en mi bémol de Brahms n’est pas un simple hors‑d’œuvre où l’on se chauffe les doigts. Il y faut à la fois de la puissance et de la clarté, un éventail de nuances étendu, un sens de la polyphonie et des contrastes. Kirill Gerstein satisfait à toutes ces exigences, impressionnant par sa maîtrise du clavier, avec une main gauche comme on n’en n’entend pas tous les jours.


Autant de qualités qui magnifient la Troisième Sonate du Hambourgeois, magnifiquement tenue, d’une grandeur épique dans l’Allegro maestoso initial et le Finale, d’un intimisme recueilli dans l’Andante espressivo ou l’Intermezzo – avec partout, cette main gauche assez sidérante. Lecture très polyphonique, où la partition semble disséquée sous une lumière presque aveuglante, où l’on chercherait en vain, en revanche, les zones d’ombre ou les clairs‑obscurs d’un romantisme exaspéré – il y a d’ailleurs ici plus de nuances que de couleurs. Le pianiste russo‑américain ne cherche pas non plus, comme certains, l’orchestre au‑delà du clavier, qu’il se garde de violenter – la puissance, chez lui, n’est jamais dureté, fût‑elle à son acmé.


La Sonate de Liszt sera de la même eau. Pas vraiment la « Faust‑Sonate » qu’y voyait un Alfred Brendel, mais plutôt une forme pure, magnifiquement construite et pensée à travers une interprétation très organique. Le diable n’en est pas moins présent, entre ces doigts d’acier qui déchaînent des tempêtes d’apocalypse dans l’Allegro energico du début ou celui du redoutable fugato, d’une transparence démoniaque – pour ne rien dire des octaves, à la fin, à partir de la Stretta quasi presto. Cette vertigineuse virtuosité, néanmoins, n’a rien d’athlétique, elle ne vise pas l’effet, elle sert seulement à édifier un monument dont tous les éléments, de la base au somment, doivent se distinguer – on voit la partition par transparence. Il reste que ce piano, reste de nouveau rebelle à l’épanchement romantique – on ne risque pas de voir ici l’Andante sostenuto, quelle que soit la délicatesse aérienne de ses pianissimi, dévoiler l’innocente silhouette de Marguerite. On doit, du coup, payer le prix de cette objectivité : la frustration le dispute parfois à l’éblouissement.


En bis, un lumineux Blumenstück de Schumann, puis une Valse opus 42 de Chopin qui renouvelle le propos. Ce concert nous rend curieux et impatients du Premier Concerto de Tchaïkovski qu’il donnera bientôt à la Philharmonie, sous la direction de Semyon Bychkov, nouveau directeur musical de l’Opéra de Paris.



Didier van Moere

 

 

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