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Un concert de Nouvel An comme d’habitude Bruxelles Bozar, Salle Henry Le Bœuf 11/01/2026 - et 7 (Leuven), 8 (Charleroi), 9 (Virton), 10 (Roeselare) janvier 2026 Antonín Dvorák : Slovanské tance, opus 46, B. 83 : 1. Presto – Slovanské tance, opus 72, B. 147 : 2. Allegretto grazioso
Florence Price : Symphonie n° 1 : III. Juba Dance
Astor Piazzolla : Las Cuatro Estaciones Portenas : 4. « Invierno Porteno » – Oblivion (arrangement Christophe Delporte)
Philippe Thuriot : A tous et à Toots – Valse à Christiaan (arrangement Ward Opsteyn)
Nikolaï Rimski-Korsakov : Snegourotchka : Danse des bouffons
Piotr Ilitch Tchaïkovski : Le Lac des cygnes, opus 20 (extraits)
Johann Strauss II : Die Fledermaus : Ouverture – An der schönen blauen Donau, opus 314 – Unter Donner und Blitz, opus 324 Philippe Thuriot (accordéon)
Belgian National Orchestra, Tianyi Lu (direction)
 T. Lu (© Marco Borggreve)
Une tradition bien établie : au début de chaque année, l’Orchestre national de Belgique donne un concert du Nouvel An, avec un programme constitué de pièces relativement brèves, en tout cas jamais longues, à la tonalité essentiellement festive, entraînante, dansante. Mais la formation innove légèrement cette fois‑ci : si elle profite toujours bien de l’occasion pour se produire à plusieurs endroits du pays, en l’occurrence, cette année, à Louvain, Charleroi, Virton, une ville pourtant de petite taille, et Roulers, autrement dit, et équitablement, dans les parties flamande et francophone du pays, elle donne le programme deux fois le dimanche à Bruxelles, d’abord le matin, à 11 heures, ensuite l’après‑midi, à 15 heures. Nous avons assisté à la seconde prestation dominicale, dirigée comme les cinq précédentes par un chef qui vient de loin, de Nouvelle‑Zélande plus exactement, là où c’est actuellement l’été. Tianyi Lu accomplit cet exercice tout bien comme il faut, en prenant la parole de temps à autres, pour introduire l’une ou l’autre pièce, raconter une anecdote ou encore formuler des vœux, tout ceci avec décontraction et charisme. A la tête d’un orchestre affichant son niveau habituel, impliqué et concerné, malgré l’effort qu’il a dû consentir pour répéter et parcourir le royaume toute cette semaine, elle caractérise avec soin chaque pièce, sans lourdeur ni complaisance, pour un résultat dans l’ensemble satisfaisant, voire, à plus d’une reprise, pleinement convaincant. Ce serait intéressant de la retrouver avec cet orchestre dans des œuvres de plus grande envergure, plus substantielles, en somme, comme celles de Bartók, le compositeur à l’honneur en février, du 6 au 12, lors du festival que la formation et Bozar organisent chaque hiver.
Mais penchons-nous sur le programme, joué sans pause. Il s’inscrit dans la lignée de ceux des années précédentes, certains compositeurs revenant à chaque fois, ou presque. L’orchestre répond manifestement à une demande, et il fallait bien remplir la salle Henry Le Bœuf à deux reprises ce dimanche, mais ne serait‑il pas temps de changer de formule ? Par exemple, le programme débute par deux Danses slaves de Dvorák: pourquoi ne pas toutes les donner, pour un concert du Nouvel An qui serait à la fois stimulant et riche en émotions fortes ? D’émotions fortes, il en a toutefois été question avec les deux pièces de Piazzolla, jouées par Philippe Thuriot, qui interprète ensuite deux de ses compositions, l’une en hommage à Toots Thielemans, durant lesquelles il alterne entre l’accordéon et l’harmonica. Ce musicien belge restitue avec intensité et authenticité le pouvoir évocateur de la musique du compositeur argentin qui figurait aussi au programme l’an passé.
La prestation du soliste, remarquablement accompagné par le chef et par l’orchestre, occulte même dans notre mémoire la pièce, pourtant intéressante, par les sonorités et le rythme, qui avait été jouée auparavant, « Juba Dance », extraite de la Première Symphonie de la compositrice Florence Price, et même, ensuite, la bien plus célèbre « Danse des bouffons » de La Fille de neige de Rimski‑Korsakov, un opéra, par ailleurs, rarement monté, cette dernière page figurant, en outre, au programme du concert du Nouvel An de 2024. Après quatre extraits du Lac des cygnes, l’orchestre joue à nouveau comme il y a deux ans l’Ouverture de La Chauve‑Souris, Le Beau Danube bleu, valse exécutée, quant à elle, l’année passée, et Sous le tonnerre et les éclairs, une pièce dans laquelle les musiciens se lâchent à fond, comme en 2024 avec leur directeur musical. L’orchestre n’a plus rien à prouver dans ce répertoire viennois. Et bien évidemment, le public frappe des mains dans la Marche de Radetzky, le bis, cette année encore, de ce concert du Nouvel An sans surprise.
Sébastien Foucart
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