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Daniel Harding au panthéon des chefs

Paris
Maison de la radio et de la musique
01/09/2026 -  
Richard Strauss : Don Quixote, opus 35
Johannes Brahms : Symphonie n° 4, opus 98

Kian Soltani (violoncelle)
Philharmonique de Radio France, Daniel Harding (direction)


D. Harding (© Julian Hargreaves)


Jeune loup plutôt raide, voire brusque, à ses débuts, Daniel Harding n’a cessé d’évoluer, rejoignant aujourd’hui le panthéon des meilleurs chefs. Pas une once de rigidité ou de sécheresse dans ce Don Quichotte de Strauss au lyrisme ample et généreux, qui commence comme une rêverie intimiste, à la clarté chambriste, où la balance entre l’architecture des variations et la dramaturgie du programme se maintient de bout en bout. Chef et orchestre respirent à l’unisson, en toute liberté, alors que le premier tient le second en une lecture unitaire aux enchaînements réussis. Les différentes variations donnent également à voir, comme dans les épisodes des moulins à vent ou des moines mendiants. Certes on a entendu des versions plus « fantastiques », plus héroïques ou plus tragiques, mais toutes n’allaient pas forcément aussi loin dans la restitution des nuances de la musique. Ce qui manque un peu ici, à vrai dire, est plutôt l’humour – dans la variation de la procession ou celle de Dulcinée, par exemple. Kian Soltani, sonorité superbe, phrasé de rêve, campe un Quichotte passionné, d’une intensité parfois douloureuse, qui fait merveille dans la « Veillée d’armes » de la cinquième variation. Il est vrai que le violoncelle y est quasiment à découvert, alors qu’il manque de puissance lorsqu’il se trouve plus étroitement associé à un orchestre très fourni – mais cela tient sans doute autant à la partition elle‑même, qui n’est pas un concerto, qu’au soliste. L’alto de Marc Desmons n’a rien à envier au violoncelliste, son alter ego pour la beauté de la sonorité et de la ligne : on n’entend pas si souvent un tel Sancho Panza. Le bis nous ramène à la barbarie du moment : le violoncelliste offre un chant populaire persan, en soutien à un peuple opprimé.


Magnifique chez Strauss, l’orchestre ne l’est pas moins chez Brahms. Le chef britannique montre ici de très grandes affinités avec la Quatrième Symphonie, où il conjugue de nouveau la rigueur unitaire de la forme et la spontanéité de l’expression. Dès l’Allegro non troppo, la direction éclaire le réseau polyphonique, dont elle fluidifie la densité, souligne le jeu des chants et des contrechants à travers un dialogue permanent entre les pupitres, met en exergue les étonnants effets de polyrythmie si caractéristiques de Brahms, ce qui crée de magnifiques clairs obscurs. Comme dans l’Andante moderato, très nostalgique, aux couleurs crépusculaires, puis l’Allegro giocoso, jamais trop carré dans son euphorie, la souplesse du geste va de pair avec la maîtrise du temps musical : tout avance et s’enchaîne naturellement, on a l’impression d’une grande Wanderung, mais ce Wanderer sait où il va, comme si tout tendait vers la Passacaille finale, à la rhétorique brillamment assumée – et où se signalent les solistes d’un orchestre visiblement heureux, à commencer par la flûte en état de grâce de Magali Mosnier. Plus qu’une lecture, une vision.



Didier van Moere

 

 

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