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Leçon de chant

München
Nationaltheater
07/27/2025 -  et 30 juillet 2025
Richard Wagner : Lohengrin
René Pape (Heinrich der Vogler), Piotr Beczala (Lohengrin), Rachel Willis‑Sørensen (Elsa von Brabant), Wolfgang Koch (Friedrich von Telramund), Anja Kampe (Ortrud), Kostas Smoriginas (Der Heerrufer des Königs), Granit Musliu, Samuel Stopford, Yosif Slavov Bruno Khouri (Vier brabantische Edle), Solisten des Tölzer Knabenchors (Vier Edelknaben)
Chor der Bayerischen Staatsoper, Christoph Heil (chef de chœur), Bayerisches Staatsorchester), Sebastian Weigle (direction musicale)
Kornél Mundruczó (mise en scène), Marcos Darbyshire (assistant à la mise en scène), Monika Pormale (décors), Anna Axer Fijalkowska (costumes), Felice Ross (lumières), Kata Wéber, Malte Krasting (dramaturgie)


P. Beczala (© Geoffroy Schied)


Cette représentation est une reprise de la production créée il y a trois ans. Lors de la création, nous avions été positifs sur le niveau musical mais avions émis des doutes sur la qualité de la mise en scène. Pour cette soirée, l’équipe musicale, à l’exception d’Anja Kampe dans la rôle d’Ortud, est renouvelée et les résultats réussissent à être encore plus impressionnants.


Que redire de la conception de Kornél Mundruczó ? Il y a quelques bonnes idées, en particulier le fait que Lohengrin soit quelqu’un de normal qui sort du rang. La difficulté qu’éprouve Elsa à tenir sa parole et à ne pas demander à Lohengrin son nom est intelligemment présentée. Mais il y a par ailleurs des détails inutiles voire incompréhensibles. Le duel du premier acte est débonnaire, le joint que fument Telramund, Ortud et Elsa est bien gratuit et que vient faire cette météorite qui écrase tout le monde à la fin ?


Mais avec un tel plateau, est-ce vraiment important ?


C’est un plaisir de réentendre René Pape. Le chanteur allemand ne s’était pas produit à l’Opéra d’Etat de Bavière depuis deux ans. Les cheveux sont un peu plus gris et la voix a peut‑être un peu moins d’amplitude mais la couleur et le style sont superbes. Le jeune baryton lituanien Kostas Smoriginas réussit à ne pas faire regretter André Schuen dans le rôle du Héraut. Wolfgang Koch est très en forme. Comme il l’a souvent fait dans le rôle de Wotan, il y a une réelle intelligence du texte au‑delà des moyens vocaux.


Le rôle d’Elsa convient-il vraiment à Rachel Willis‑Sørensen ? La soprano américaine qui est si à l’aise dans des rôles chez Strauss ou Verdi n’est pas tout à fait chez elle dans ce rôle. Elle perd un certain cantabile et du focus lorsqu’elle chante dans les registres forte qu’exige la musique de Wagner. Elle est aussi la seule dont on puisse prendre en défaut la diction.


Le contraste avec l’Ortrud d’Anja Kampe est d’autant plus frappant. Il y a une réelle densité et une autorité dans son chant. La partie certes est un peu moins exposée dans les aigus que certains des rôles dans lesquels elle s’est illustrée mais il faut y trouver la force des imprécations du personnage. Le caractère dramatique et la violence du personnage sont vraiment là.


Au pupitre, Sebastian Weigle montre son aisance et son autorité. Les tempi ne sont pas bousculés et la musique se déroule avec beaucoup de naturel. La richesse du son de l’orchestre nous rappelle que Munich, plus que tout autre opéra en Europe, est l’endroit où l’on trouve la plus forte tradition wagnérienne. Les cuivres dans la transition entre les deux dernières scènes du troisième acte ont douceur et ampleur à la fois. Le chœur, préparé par Christoph Heil, est somptueux. Sa disposition verticale sur plusieurs étages permet d’entendre sa richesse et sa dynamique. Et à plusieurs moments, on se surprend à noter à quel point Wagner sait bien écrire pour les bois pour accompagner les chanteurs, et ce dans une œuvre que nous connaissons tous bien.


Mais c’est surtout Piotr Beczala qui est le plus impressionnant et qui mérite tous les éloges. Il a une technique vocale simplement idéale. Le focus de la voix et la qualité de la projection devraient être enseignés dans les écoles de chant. C’est un chanteur intelligent qui sait ce qu’il peut et ne peut pas chanter. Il connaît bien ce rôle qu’il a abordé à Dresde en 2016 et qu’il a chanté plusieurs fois à Bayreuth. Sa diction est impeccable. Il y a chez lui un mélange d’autorité et de musicalité rares. Il a beaucoup d’expression et d’émotion dans le récit du Graal du troisième acte, qui n’est pas seulement superbement chanté.


Voici en fin de compte une représentation de la musique de Wagner d’un très haut niveau musical, le type même de soirée qui nous rappelle à quel point le niveau de l’Opéra de Munich est élevé.



Antoine Lévy-Leboyer

 

 

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