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Bagnères-de-Bigorre

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A l’image d’une vie

Bagnères-de-Bigorre
Halle aux grains
07/22/2025 -  
Michel Legrand : Les Parapluies de Cherbourg (Suite) – Yentl (Medley)
Frédéric Chopin : Impromptu n° 3, opus 51 – Valses, opus 64 – Scherzo n° 2, opus 31
Erik Berchot : Suite n° 2 d’après Charles Aznavour

Erik Berchot (piano)




Du 15 au 26 juillet, Piano Pic porte la musique au pied des Pyrénées, à Bagnères‑de‑Bigorre et aux alentours, jusqu’à Argelès‑Gazost, Barèges et Cauterets, sans oublier l’incontournable concert au pic du Midi (2 877 mètres), qui domine la petite cité thermale. Fondé par Pierre Réach et Christophe Baillet, le festival, toujours sous leur direction conjointe, en est à sa vingt‑huitième édition. Parmi les seize concerts, pas moins de six sont gratuits (et parfois en plein air), dont ceux donnés par François‑René Duchâble au centre pénitentiaire de Lannemezan pour les détenus et le personnel ou par Pierre Réach dans une maison de retraite. La programmation inclut par ailleurs des musiciens aussi remarquables qu’Yves Henry, Denis Pascal, Anne Queffélec, Mūza Rubackytė, l’Orchestre du Capitole et l’Orchestre de chambre de Toulouse, ainsi que des jeunes talents.


C’est également l’occasion de prendre des nouvelles d’Erik Berchot (né en 1958), qu’on avait le sentiment d’avoir perdu de vue après les éclatants débuts d’une carrière lancée par des succès dans plusieurs concours prestigieux, notamment un premier prix au Concours Viotti en 1977 mais aussi une place de finaliste du Concours Long‑Thibaud en  1979 et un sixième prix au Concours Chopin en 1980 (compétitions remportées respectivement par Frédéric Aguessy et Dang Thai Son). Et ces nouvelles sont bonnes si l’on en juge par son récital hors norme, à l’image d’une vie et d’un parcours artistique d’une grande richesse.



E. Berchot


Dans ce « hors norme », oublions tout de suite ce qui peut fâcher : des éclairages de couleur et d’intensité changeantes qui n’apportent pas grand‑chose et, surtout, une sonorisation, choix difficilement compréhensible pour un pianiste qui n’a nullement besoin de tels artifices pour mettre en valeur un Steinway dans l’acoustique sans difficulté particulière de la Halle aux grains de Bagnères‑de‑Bigorre. Or l’amplification exagère fâcheusement le caractère métallique et clinquant de l’instrument et la réverbération, créant une aura un peu confuse et restreignant l’éventail des nuances dynamiques.


Suivant un parcours atypique dans un pays où l’on aime classer les artistes dans des tiroirs bien étanches, Berchot a très tôt rencontré Michel Legrand (1932‑2019), qui, au début des années 1980, a réalisé pour lui une Suite des Parapluies de Cherbourg (1964), où tous les thèmes se succèdent suivant l’ordre dans lequel ils apparaissent dans le film. Il y a quelque chose de la paraphrase lisztienne dans ces excès assumés, ce déferlement de notes, ce romantisme façon Concerto de Varsovie, mais c’est absolument irrésistible entre le talent mélodique du compositeur et la puissance de conviction de l’interprète, même si « Les Moulins de mon cœur » n’arrêtent pas de tourner et de retourner. Le principe est le même dans le medley de Yentl (1983) que Legrand lui a également destiné, un peu plus bref mais d’un tempérament lyrique plus affirmé et avec des couleurs harmoniques plus riches.


Dans le Troisième Impromptu (1842) et les Valses opus 64 (1847), Berchot montre ensuite qu’il est toujours chez lui dans un Chopin qui coule de source, sans affectation, avant un Deuxième Scherzo (1837) risqué, lisztien, haletant, même dans la partie centrale, jusqu’à manquer un peu de respiration.


Revendiquant un millier de concerts dans soixante‑dix pays avec Charles Aznavour (1924‑2018), Berchot explique que le chanteur, alors nonagénaire, lui avait suggéré de réaliser une suite à partir de certains de ses titres, que le pianiste aurait jouée pendant que l’auteur-compositeur pourrait ainsi se reposer la voix. Cette suite n’aura finalement pas pu être présentée au public, mais Berchot en a ensuite écrit une seconde, en quatre parties comprenant chacune six à huit arrangements de chansons, soit un total de pas moins de vingt‑huit titres, parmi lesquels certains peu connus, même si les plus célèbres sont bien sûr au rendez‑vous. Un travail remarquable, sans complaisance, d’une riche écriture pianistique, qui jamais ne dénature ni n’édulcore l’original. Cette grande fidélité tient notamment à une main droite qui phrase comme le chanteur, qu’on croirait parfois presque entendre. Nul doute que la version orchestrale annoncée prochainement rencontrera un grand succès à Erevan !


Voilà près de deux heures que le récital a commencé, mais Berchot ne se fera pas prier pour offrir en bis à des auditeurs conquis la chanson tout à fait en situation en fin de spectacle qu’Aznavour avait écrite pour Thierry Le Luron, Nous nous reverrons un jour ou l’autre. Bien volontiers, pour notre part.


Le site de Piano Pic



Simon Corley

 

 

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