About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Du beau chant pour Turandot

Paris
Opéra Bastille
11/06/2023 -  8*, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 22, 24, 26, 28, 29 novembre 2023
Giacomo Puccini : Turandot
Iréne Theorin/Tamara Wilson*/Anna Pirozzi (Turandot), Ermonela Jaho/Adriana González* (Liù), Brian Jagde/Gregory Kunde* (Calaf), Mika Kares (Timur), Carlo Bosi (L’Imperatore Altoum), Florent Mbia (Ping), Maciej Kwasnikowski (Pang), Nicholas Jones (Pong), Guilhem Worms (Un Mandarino), Fernando Velasquez (Il Principe di Persia), Pranvera Lehnert, Izabella Wnorowska-Pluchart (Due ancelle)
Chœurs de l’Opéra national de Paris, Maîtrise des Hauts‑de‑Seine/Chœurs d’enfants de l’Opéra national de Paris, Ching‑Lien Wu (cheffe des chœurs), Orchestre de l’Opéra national de Paris, Marco Armiliato*/Michele Spotti (direction musicale)
Robert Wilson (mise en scène, décors, lumières), Nicola Panzer (co‑mise en scène), Stephanie Engein (décors), Jacques Reynaud (costumes), Manu Halligan (maquillage), John Torres (lumières), Tomek Jeziorski (vidéo), José Enrique Macián (dramaturgie)


(© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)


Envoûtante magie des lumières, qui enchante un décor réduit à une épure abstraite, avec ce ciel subtilement bleuté virant parfois au rouge du sang des victimes de l’héroïne : voici de nouveau la Turandot mise en scène par Bob Wilson, fidèle à lui‑même dans la ritualisation esthétisante de l’ultime opéra de Puccini. Loin de l’évacuer, il en réinvestit l’exotisme orientalisant, non sans ressusciter les facéties de la commedia dell’arte à travers les trois ministres, qu’il transforme en danseurs trottinants. Est‑ce à dire qu’il renouvelle la réussite, presque légendaire aujourd’hui, de sa Madame Butterfly ? Pas tout à fait : les personnages relèvent de l’archétype et nous laissent à distance de leur drame intérieur. Cela ne tient pas à une négligence, mais à un choix esthétique remarquablement assumé. Liù meurt en inclinant la tête, par exemple, puis part lentement avec Timur. Le spectacle fascine toujours, jusqu’à cette scène finale où Turandot reste seule, sa robe rouge se détachant sur la lumière du matin – un dénouement que laissait pressentir la labyrinthique mangrove où, au début de l’acte, Calaf semblait perdu. Vision pessimiste donc, où tout est suggéré, jamais asséné, très différente, par exemple, de la lecture récente d’une Emmanuelle Bastet à Strasbourg.


Il faut ici des voix : l’Opéra les a trouvées. Tamara Wilson, une des remplaçantes de Sandra Radvanovsky, en a une, puissante, charnue, au grave nourri, à l’aigu d’acier, vrai soprano dramatique. Mais elle la canalise, au profit d’interprétation très intériorisée, pleine de nuances, princesse farouche malgré elle. Gregory Kunde, lui, tient du phénomène : à bientôt 70 ans, il affiche une étonnante santé vocale. Si l’aigu accuse quelques duretés, la voix bouge peu. Et fort de son passé belcantiste, il peut aborder Otello ou Calaf sans s’époumoner, plus lyrique qu’héroïque évidemment, toujours maître de sa ligne. On avait découvert à Strasbourg la très belle Liù d’Adriana González. On la retrouve telle qu’en elle‑même à Bastille, ici un peu timide au premier acte, magnifique au troisième par la beauté du phrasé, la liquidité des pianissimi aigus, l’intensité de l’incarnation, esclave fragile mais jamais chichiteuse. Le Ping de Florent Mbia, le Pang de Maciej Kwasnikowski, le Pong de Nicholas Jones font honneur à la Troupe lyrique de l’Opéra, Carlo Bosi tranche sur les empereurs à bout de voix, Mika Kares, à défaut d’irradier, a la noblesse de Timur, un rôle que Guilhem Worms, aujourd’hui Mandarin, pourrait bien endosser un jour.


Marco Armiliato dirige en chef de théâtre aguerri, avec des moments heureux, comme la fin du deuxième acte ou la mort de Liù, et d’autres moins inspirés, comme l’hymne à la lune où le début du troisième acte, qui manquent de poésie. La modernité et la subtilité des combinaisons de timbres lui échappent aussi – c’était le seul point fort, en 2021, de Gustavo Dudamel. A partir du deuxième acte, les chœurs rejoignent l’orchestre au sommet.



Didier van Moere

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com