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Beethoven danse

Baden-Baden
Festspielhaus
10/03/2019 -  et 4 octobre 2019
Beethoven-Projekt
John Neumeier (chorégraphie, éclairages, costumes), Ludwig van Beethoven (musique)
Hamburg Ballett John Neumeier
Michal Bialk (piano), Deutsche Radio Philharmonie, Simon Hewett (direction musicale)
Heinrich Tröger (décors)


(© Kiran West)


Parmi les multiples questions qu’on peut se poser sur Beethoven, à l’occasion de l’anniversaire bientôt en cours, celle-ci n’est finalement pas moins pertinente qu’une autre: peut-on danser sur ses musiques, et en particulier celles qui en apparence sont les moins pensées pour cela ? John Neumeier n’en est pas à un défi de ce genre près, lui qui a déjà chorégraphié, par exemple, la quasi-intégralité des Symphonies de Mahler. En revanche, l’œuvre de Beethoven l’avait jusqu’ici davantage intimidé, et sa vision de la Troisième Symphonie «Héroïque» qui occupe toute la seconde partie de cette soirée garde davantage des allures d’expérience que de réussite aboutie. Un ballet sans réelle thématique, hormis la tonalité sombre voire pessimiste du deuxième mouvement, pas de deux plutôt torturé, interprété par Anna Laudere et Edvin Revazov avec leur incroyable souplesse et leur prodigieux sens de l’équilibre habituels, mais pas toujours beaucoup d’implication émotionnelle. Pourtant l’ambiance est belle, crépusculaire, avec ses projections de flammes sur un écran semi-transparent et ses corps de danseurs qui tombent lentement à l’arrière-plan : une Marche funèbre, à n’en pas douter. Les autres mouvements s’imposent moins, voire paraissent relativement convenus, notamment les démonstrations d’allégresse sautillantes du Scherzo. Dans les volets extrêmes, les grands mouvements d’ensemble sont du meilleur Neumeier, en sachant toutefois que tous ces ballets fondés sur des entrées rapides, groupes dont les perspectives optiques s’additionnent, finissent par se ressembler beaucoup. Les différences par exemple avec les grands chœurs chorégraphiés par Neumeier dans sa vision de l’Oratorio de Noël de Bach ne paraissent pas patentes, même si dans les deux cas les effets obtenus sont assez grisants.



(© Kiran West)


Première partie plus narrative, autour du personnage même de Beethoven, incarné, sans aucune vraie similitude physique recherchée, par un tout jeune danseur d’assez petite taille, le Catalan Aleix Martinez : toujours en mouvement, toujours présent sur scène, jamais épuisé par un rôle pourtant d’une exigence physique intense, personnification d’un Beethoven primesautier voire espiègle, qui semble inventer, expérimenter à vue, s’émerveiller lui-même des musiques qu’il dessine dans l’espace. Une performance relativement naïve mais qui convainc par l’extrême identification du danseur avec la puissance créatrice du modèle. Participent aussi à l’évocation Patricia Friza, dans le rôle de la mère du compositeur, ou encore le dégingandé Borja Bermúdez, dans le rôle de Karl, le proche neveu de Beethoven. C’est dans ce type d’exercice que Neumeier paraît comme souvent à son meilleur : l’évocation, la narration, l’analyse des rapports humains, tantôt violents, tantôt amoureux, tantôt ambigus. Très beau début aussi, avec sur scène le piano à queue sur lequel Michal Bialk joue en direct les Variations Eroica, et le personnage de Beethoven enroulé autour des pieds d’un instrument avec lequel il fait littéralement corps. Ce thème des Variations Eroica sert d’ailleurs de fil rouge à l’ensemble de ce Beethoven-Projekt, puisqu’on va le retrouver aussi un peu plus loin dans le Final du ballet des Créatures de Prométhée, dont sont extraits ici quelques numéros, traités avec des allures assez parodiques de pantomime à l’antique (on notera au passage l’emploi de la harpe, instrument des plus rares chez Beethoven). Sans l’extrême présence physique du bondissant Aleix Martinez, cette première partie s’étirerait sans doute en longueur, mais défendue avec autant de conviction elle passionne souvent, de même que le retour du personnage à l’extrême fin de la soirée suscite une véritable émotion, après les quelques passages à vide du Scherzo et du début du Finale de la Troisième Symphonie (traité en costumes blancs franchement peu réussis, surtout pour les garçons : débardeurs échancrés et queue de pie pendouillants).



(© Kiran West)


Partie musicale assurée avec beaucoup de soin, d’abord par le pianiste Michal Bialk, puis par quatre solistes issus de la Deutsche Radio Philharmonie pour le mouvement lent, Molto Adagio, extrait du Quinzième Quatuor. Orchestre entier ensuite, pour Les Créatures de Prométhée et la Troisième Symphonie, sous la direction relativement enlevée de Simon Hewett, bon chef de ballet mais qui parvient aussi à garder une véritable crédibilité symphonique à la soirée, à la tête d’un orchestre assez sûr, même si sans grande personnalité. Comme à son habitude le Ballet de Hambourg essaie de préserver, lors de cette résidence d’automne désormais traditionnelle au Festspielhaus de Baden-Baden, une vraie qualité musicale, évidemment précieuse quand il s’agit d’évoquer un géant de l’envergure de Beethoven. Mais c’est plutôt du côté de la chorégraphie que la soirée ne se révèle pas toujours à la hauteur du modèle. Malgré un savoir-faire évident, le maître de Hambourg peine aujourd’hui à se renouveler, et certains de ses danseurs n’ont peut-être plus le même magnétisme que naguère. Il est vrai aussi que ce Beethoven-Projekt n’est jamais que le cent soixantième ballet de Neumeier : une productivité qui donne le vertige !



Laurent Barthel

 

 

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