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Lalo ou le pittoresque intelligent

Saint-Etienne
Grand-Théâtre Massenet
03/04/2016 -  et 6, 8* mars 2016
Edouard Lalo : Le Roi d’Ys
Nicolas Courjal (Le Roi d’Ys), Marie Kalinine (Margared), Aurélie Ligerot (Rozenn), Sébastien Guèze (Mylio), Régis Mengus (Karnac), Christian Tréguier (Saint Corentin), Marc Scoffoni (Jahel)
Chœur lyrique Saint-Etienne Loire, Laurent Touche (chef de chœur), Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, José Luis Domínguez Mondragón (direction musicale)
Jean-Louis Pichon (mise en scène), Alexandre Heyraud (décors), Frédéric Pineau (costumes), Michel Theuil (lumières)




Grand succès du répertoire français jusque dans les années cinquante, aux représentations se comptant par centaines, Le Roi d’Ys de Lalo a depuis sombré dans un relatif sommeil, pour le moins hexagonal, dont l’a tiré la production réglée par Jean-Louis Pichon pour Saint-Etienne il y a une décennie, et qui revient sur cette même scène du Grand-Théâtre Massenet en ce début mars après avoir été reprise à Liège en 2008. Douée des vertus de l’humilité illustrative et évocatrice, la présente lecture ne recherche pas les facilités de la transposition, et se contente de mettre en contrastes l’humidité marine aux couleurs de varech où se résume la cité d’Ys et le rouge flamboyant et méphistophélique de Karnac et son armée – on saluera le travail de Frédéric Pineau aux costumes, ainsi que les décors dessinés par Alexandre Heyraud. Sans oublier le spectaculaire des éclairs ou de l’illusion du rideau de pluie grâce aux effets de perspective, appuyé par les lumières de Michel Theuil, l’intensité dramaturgique se concentre dans une galerie de caractères à la façon de portraits vivants animés par l’engagement des interprètes.


A cette aune, la distribution réunie pour cette reprise assume pleinement son office. Dans le rôle-titre, Nicolas Courjal affirme une évidente autorité paternelle, qui laisse affleurer, sous la sévérité un rien raide du souverain, une affection avide de croire en l’innocence de sa fille, où s’abandonnent des accents plus lyriques. Plus à l’aise en Margared que dans la Messe en ut du mois dernier, Marie Kalinine préserve son personnage de la caricature vocale et théâtrale où il pourrait facilement s’abîmer. Loin d’alourdir la couleur de son matériau, elle en exsude les ressources monochromatiques pour esquisser les remords de la princesse, sans altérer la cohérence de sa typologie psychologique. A cette incarnation sensible répond le frémissement d’Aurélie Ligerot: sa Rozenn palpite d’une fraîcheur, sinon d’une innocence, que l’on ne peut manquer d’apprécier. Plutôt que de se confier au seul éclat de l’héroïsme, Sébastien Guèze compense intelligemment la vaillance indurée des aigus par de délicates nuances en voix mixte qui confèrent à son Mylio une admirable épaisseur musicale autant que dramatique, s’inscrivant, par là même, dans une certaine tradition française du chant que, n’en déplaise aux Cassandre, n’est point éteinte. En Karnac, Régis Mengus n’économise par la brutalité vindicative du personnage, sans déséquilibrer l’intégrité de la partition et son impact. En balcon au début de l’ouvrage, Marc Scoffoni se révèle à la hauteur des interventions de Jahel, nullement reléguées à l’anecdote, tandis que Christian Tréguier n’omet point le patronage bienveillant de Saint-Corentin.


Préparé sans faiblesse, comme à l’accoutumée, par Laurent Touche, le Chœur lyrique se joint à l’Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, placé sous la direction efficace de José Luis Domínguez Mondragón, pour restituer l’originalité d’un ouvrage qui renouvelle les codes opératiques d’une époque marquée par le wagnérianisme.



Gilles Charlassier

 

 

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