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Fausse note d’A. Arcady
10/11/2026

Fausse note
Kad Merad (Nathan Dinkel), Benoît Poelvoorde (Alexandre Miller), Caterina Murino (Annah Dinkel), Anne Gravoin (première violon de l’orchestre dans le film et direction musicale de la bande son), Alexandre Arcady (réalisateur)
Film franco-belge (2026) – 90’




Le titre du film laisse penser qu’on va beaucoup y parler de musique. Ce n’est pas vraiment le cas. L’histoire raconte la rencontre en 1990 d’un chef d’orchestre d’origine allemande dont on découvre progressivement le passé trouble et d’un juif pot de colle, flagorneur insupportable, dont on perçoit rapidement les intentions. Le premier s’apprête à quitter Paris pour poursuivre sa brillante carrière à Berlin. Le second, libraire lyonnais, musicien moyen et un brin pervers, cherche à faire exploser son discours gravement mensonger.


Du point de vue cinématographique, c’est relativement bien ficelé mais le film manque de rythme et surtout d’originalité. D’abord, le scénario est tiré d’une pièce de théâtre de Didier Caron de 2017 qui a connu quelque succès en France et à l’étranger. Ensuite, le huis‑clos, dans une salle Favart somptueuse, pour évoquer un passé atroce, et des couloirs labyrinthiques oppressants, relèvent d’un théâtre filmé déjà vu. Si le film débute sur le mode de L’Emmerdeur d’Edouard Molinaro ou l’ouverture de La Grande Vadrouille de Gérard Oury à l’Opéra Garnier, en moins drôle, il bifurque rapidement vers Garde à vue de Claude Miller, autour d’une confrontation psychologique tendue entre deux personnages, sur le thème de la mémoire. A cet égard, il pourrait avoir une certaine résonnance politique, involontaire assurément, aujourd’hui en France alors qu’un dirigeant politique y est accusé d’avoir tenu des propos antisémites à 17 ans, l’âge du chef évoqué dans le film, mais on n’y insistera pas ici, ce n’est pas le lieu.


Beaucoup de choses, peut-être acceptables au théâtre, sont invraisemblables : la neige reconstituée sur ordinateur ; le chef d’orchestre interprété par un Benoît Poelvoorde sans cesse grimaçant, parfois peu compréhensible et à la gestique improbable, qui reste dans sa loge un temps démesuré après son dernier concert parisien ; son épouse qui croit n’importe quoi ; le musicien juif qui détruit un violon, bien qu’interprété par un très bon Kad Merad, à contre‑emploi ; la salle de l’Opéra‑Comique abandonnée une nuit entière ; les courses-poursuites dans les coulisses de ladite salle ; la reconstitution finale qu’on ne dévoilera pas, bref le scénario lui‑même finalement. Tout est étiré à l’extrême avec des dialogues tournant sans cesse autour de ce qu’on soupçonne pour tenir la distance traditionnelle de quatre‑vingt‑dix minutes. Tout cela sonne... faux. Pour évoquer du vrai.


Du point de vue musical, on y entend, en dehors de la bande du vétéran Philippe Sarde et de Roland Romanelli, auteur de la musique de Joséphine, ange gardien, Mozart, Beethoven, Schubert, Chopin et Wagner, interprétés en direct par les personnages ou en fond sonore. Mais la musique n’est pas le sujet. On évoque surtout le mensonge dans lequel le chef s’est enfermé, l’ambition de certains musiciens les faisant dériver, Herbert von Karajan rattrapé par son passé et boycotté lors de ses premiers concerts aux Etats‑Unis et la place de la musique dans les camps de concentration nazis. C’est là que réside l’intérêt du film ; dans ce rappel atroce. Il permet d’ailleurs de comprendre que le film ait été soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.


D’importants musiciens, principalement juifs, ont été internés dans les camps. On pense notamment au chef d’orchestre tchèque Karel Ancerl, au compositeur Pavel Haas ou à la violoniste de renommée internationale et nièce de Gustav Mahler, Alma Rosé. Le premier en a réchappé, pas les autres. Comme beaucoup d’autres encore, moins connus. Mais si des musiciens ont été massacrés, ils l’ont été avec ceux qui ne l’étaient pas. L’horreur cependant a été portée à son comble avec l’exploitation de la musique à des fins de propagande nazie au camp présenté comme modèle de Theresienstadt pour berner la Croix‑Rouge et la communauté internationale, et surtout avec l’accompagnement musical sadique des chemins vers la mort par des déportés. La figure d’Alma Rosé, arrêtée en France puis envoyée à Auschwitz où elle devint la cheffe et directrice d’un orchestre de femmes, autant exigeante en matière d’interprétation que veillant à repousser, pour elle et ses musiciennes, une fin paraissant inéluctable, résume bien ce que fut cette horreur. Elle finit par mourir à son tour dans le camp.


Il n’y avait pas que le bannissement des salles des Mahler, Mendelssohn, Schönberg et autres Weill ou, à l’inverse, la simple récupération de compositeurs tels que Wagner (avec l’aide de sa bru), Bruckner ou Orff. Le rappel était utile.


Stéphane Guy

 

 

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