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06/15/2026 Philip Glass : Glassworks : « Opening piece » – Mad Rush – The Hours : « The Hours » & « The Poet Acts » (arrangements Michael Riesman et Nico Muhly) – Wichita Vortex Sutra – The Truman Show : « Truman Sleeps » – Einstein on the Beach : « Knee Play 4 » (arrangement Paul Barnes) – Akhnaten : Danse de la scène 3 de l’acte II (arrangement Barnes) Célia Oneto Bensaid (piano)
Enregistré à la Ferme de Villefavard (17‑22 mars 2025) – 59’23
Mirare MIR812 – Notice (en français et en anglais) de Renaud Machart
Sélectionné par la rédaction

Le compositeur américain Philip Glass, un des pères fondateurs du courant qualifié un peu rapidement de « minimaliste », né en 1937, connaît dès son vivant un succès planétaire de plus en plus phénoménal. En France, les concerts où ses œuvres sont à l’affiche sont de plus en plus nombreux et rapidement pleins, et son opéra Satyagraha est entré en 2026 au répertoire de l’Opéra de Paris. Les enregistrements s’accumulent également. Parmi les plus récents, la jeune pianiste Célia Oneto Bensaid (née en 1992) propose dans son sixième disque et ce qui est présenté comme le premier volume d’une intégrale consacrée à l’œuvre pour piano du compositeur – le second devant regrouper les Etudes composées en 1994 et 2012 – une série de pièces pour piano et surtout d’arrangements notamment de bandes musicales de films ou d’extraits d’opéras. Elle avait déjà montré son intérêt pour le compositeur dans un album « Metamorphosis » qui ne nous avait pas complètement convaincu, et au concert, où elle a pu partager les Etudes avec l’autre grande spécialiste française du compositeur, Vanessa Wagner.
Il s’agit d’une sélection naturellement, tant la production de bandes musicales et d’opéras du compositeur a pu être quasiment industrielle, à la façon des œuvres d’Andy Warhol : une cinquantaine de musique de film et quinze opéras à ce jour. Les arrangements repris ici sont autorisés puisqu’ils sont signés de Michael Riesman, collaborateur historique du compositeur, claviériste, chef d’orchestre et directeur du Philip Glass Ensemble, de l’excellent Nico Muhly, ancien assistant de Philip Glass et compositeur lui‑même de pages remarquables, ou de Paul Barnes, un proche qui a pu créer le Second Concerto pour piano.
Tout se répète évidemment beaucoup dans cet univers qu’on peut percevoir, selon l’humeur de l’auditeur, comme vide, simplement motorique et tournant en rond ou comme constituant des spirales sonores assez envoûtantes, dessinées par une sorte de magicien qui finit par nous avoir malgré nous. Le son est souvent saturé et la musique ne nous lâche pas, quitte au bout d’un moment à taper sur le système nerveux et nous faire réclamer une pause nonobstant les brusques changements de rythme. En plus, deux pièces des dix figurant sur le disque sont interprétées deux fois chacune : Glassworks et Truman Sleeps. D’abord sur piano à queue puis sur piano droit, ce qui permet de présenter une version claire et disons « classique », jouant sur les résonnances, et une autre plus intimiste, ouatée, pendant que des bruits extérieurs (oiseaux, pluie) sont même captés.
Célia Oneto Bensaid sait indéniablement faire chanter le piano, révéler le lyrisme exacerbé de ces pages, et domine techniquement leurs polyrythmies, sans faiblir, sans craquer. Les staccatos de la main gauche dans The Hours ou Akhnaten impressionnent notamment. Ce n’est pas à la portée de toutes les mains. Ca avance constamment et on sent une pianiste possédée par ce répertoire. On aurait aimé plus de limpidité dans Mad Rush – musique vraiment dingue – mais l’ensemble est d’une excellente tenue, loin de toute vulgarité.
On attend la suite avec impatience, sachant que la concurrence pour les Etudes est maintenant particulièrement relevée. Mais Célia Oneto Bensaid s’est sans doute bien chauffé les doigts pour relever le défi.
Stéphane Guy
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