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Enfin!

Bordeaux
Auditorium (Salle Dutillleux)
01/24/2013 -  et 25 janvier 2013
Claude Debussy : Jeux
Henri Dutilleux : Concerto pour violoncelle «Tout un monde lointain...»
Maurice Ravel : Daphnis et Chloé

Anne Gastinel (violoncelle)
Chœur de l’Opéra national de Bordeaux, Alexander Martin (chef de chœur), Orchestre national Bordeaux Aquitaine, Hans Graf (direction)


(© Thomas Sanson)


«Enfin!» C’est par ce cri du cœur que M. Alain Juppé, maire, comme chacun sait, de la cité girondine, commence son discours lors de la soirée d’ouverture du nouvel Auditorium de Bordeaux. Commencé en 2006, l’édifice devait être livré en 2009, mais il ne l’aura finalement été qu’en ce mois de janvier 2013, suite à une série de malchances: des travaux de désamiantage, de longues fouilles archéologiques, des procédures lancées par les riverains, puis une querelle juridique entre le maître d’ouvrage et la société chargée du gros œuvre en ont toujours repoussé la livraison.


Situé en plein centre-ville (à deux pas de la place Gambetta), sur le site d’un ancien cinéma Gaumont, l’Auditorium de Bordeaux a été conçu par l’architecte (et mélomane) bordelais Michel Pétuaud-Létang et l’acousticien Eckhard Kahle, une pointure mondiale dans ce domaine. Il est doté d’une grande salle de 1400 places (la salle Henri Dutilleux) et d’une plus petite de 300 places (la salle Henri Sauguet). Avec une fosse d’une jauge 120 musiciens, la salle Dutilleux pourra accueillir les grandes formations symphoniques européennes, mais aussi des ouvrages lyriques nécessitant un grand effectif, comme les opéras de Wagner ou de Strauss (Salomé y sera d’ailleurs à l’affiche au mois de mars). Mais sa particularité principale, c’est l’exceptionnelle proximité entre spectateurs et musiciens qui fait qu’aucun auditeur n’est jamais à plus de 20 mètres du cœur de l’orchestre. Notons enfin que les balcons sont détachés des murs afin de permettre à l’auditoire d’être enveloppé par le son, d’être baigné dans la musique. Bref, «un écrin digne de l’ONBA», pour citer à nouveau le maire de Bordeaux (rappelons que l’orchestre se produisait jusque là au Palais des sports, lieu sans âme et à l’acoustique improbable).


Comme une sorte d’hommage, c’est à Hans Graf, directeur musical de la phalange girondine de 1998 à 2006, que revient l’honneur d’étrenner la nouvelle salle, avec bien évidemment l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine. Le programme commence avec le célèbre poème dansé Jeux de Debussy, créé par Pierre Monteux en mai 1913, quelques jours seulement avant Le Sacre du printemps de Stravinski, pour les besoins d’un ballet de Nijinski. D’emblée, chef et orchestre s’y montrent admirables, parvenant à déjouer les difficultés rythmiques de la partition avec une facilité déconcertante. Si l’argument initial – la recherche d’une balle de tennis perdue sert de prétexte à des jeux de cache-cache sensuels entre un jeune homme et deux femmes... – peut paraître faible, la musique est en revanche d’une très grande subtilité et inventivité. Les première mesures, pleines de mystère, instaurent un superbe climat qui prend ensuite son envol grâce à des arabesques musicales des bois, puis par un remarquable pupitre de percussions. Saluons d’ores et déjà le professionnalisme de tous, les répétitions in loco (et l’«apprivoisement» de l’acoustique des lieux) n’ayant pu débuter que l’avant-veille!


Autre hommage, la soirée se poursuit avec une œuvre phare de Dutilleux, son Concerto pour violoncelle «Tout un monde lointain...». Le compositeur français, qui vient tout juste de fêter ses 97 printemps, n’a malheureusement pas pu être présent pour inaugurer la salle qui porte son nom. Divisée en cinq mouvement, l’œuvre est d’abord onirique et enjouée, puis sévère et brumeuse, pour se montrer animée et flamboyante à partir du magnifique «Houles», l’«Hymne» conclusif s’animant d’une véritable puissance tellurique. La violoncelliste Anne Gastinel apporte la précision, l’intériorité et la sensibilité qui sont les siennes et que requiert cette sublime page à la fois millimétrée et expressive. Elle obtient un beau triomphe et offre en bis au public bordelais deux extrait des Suites de Bach, d’abord le célébrissime Prélude de la Première, puis la Sarabande de la Troisième. Après sa prestation, elle se dit «particulièrement honorée» d’être la première instrumentiste à jouer dans ce nouveau temple de la musique.


En seconde partie, le ballet intégral de Daphnis et Chloé de Ravel constituait un ouvrage adéquat pour juger de l’acoustique d’une salle de concert – et le résultat ici dépasse les attentes, tant on entend chaque instrument de manière distincte, même dans les tutti. De nouveau, comme dans les Jeux debussystes, une impression de mystère s’impose dès les premières mesures. La texture orchestrale et chorale mêlée – excellent Chœur de l’ONBA dans la difficile partie, même sans paroles, qui lui échoit – produit un effet unique, conjuguant modernité et mythes éternels. Hans Graf fait sienne cette riche partition qu’il connaît par cœur, la dirigeant avec gourmandise, dansant lui-même une sorte de bacchanale afin de galvaniser ses troupes. Progressant admirablement tout au long de l’œuvre, le chef autrichien, suivi comme un seul homme par la phalange maison, atteint des sommets d’intensité dans une extraordinaire dernière partie, conduite de main de maître. Comme un seul homme également, le public fait un triomphe à l’ensemble des musiciens et réclame un bis qu’il n’obtiendra cependant pas... Détail que cela, car nous avons assisté à une soirée d’exception, dans une salle d’une grande beauté plastique, d’un superbe confort, à l’acoustique magique, qui place désormais Bordeaux dans les toutes premières villes de France en termes d’infrastructures musicales (et de richesse de programmation), juste derrière Paris et Lyon.


Pour conclure, signalons au lecteur les prochaines dates importantes en ce mois de février. Le concert de ce soir n’étant que le concert d’ouverture, le concert d’inauguration officielle aura lieu le jeudi 31 janvier avec au programme le Deuxième Concerto pour piano de Saint-Saëns (avec Bertrand Chamayou) et L’Oiseau de feu de Stravinski (Kwamé Ryan, actuel directeur musical de l’ONBA sera à la baguette). Le samedi 2 février sera une journée «Portes ouvertes» (de 10 heures 30 à 20 heures 30), occasion pour les Bordelais de s’approprier ce nouveau lieu culturel. Le 6, Nikolaï Lugansky interprétera Janácek, Schubert et Rachmaninov. Le 11, Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion viendront donner Hippolyte et Aricie de Rameau (en version de concert). Le 13, le très médiatique Lang Lang donnera un récital Mozart et Chopin. Le 15, c’est Isabelle Faust qui jouera l’intégrale des Partitas pour violon seul de Bach. Le reste de la programmation, extraordinairement riche jusqu’en juin, est à découvrir ici!



Emmanuel Andrieu

 

 

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