About us / Contact

The Classical Music Network

Paris

Europe : Paris, Londn, Zurich, Geneva, Strasbourg, Bruxelles, Gent
America : New York, San Francisco, Montreal                       WORLD


Newsletter
Your email :

 

Back

Un programme irréfutable

Paris
Fondation Louis Vuitton
10/04/2021 -  
Leos Janácek : Sonate pour violon et piano
Thomas Adès : Märchentänze (création)
Igor Stravinsky : Duo concertant
Maurice Ravel : Sonate pour violon et piano n° 2 en sol majeur

Pekka Kuusisto (violon), Thomas Adès (piano)


T. Adès (© Brian Voce)


En préambule au concert de vendredi, où il officiera à la tête du Philharmonique de Radio France, le compositeur et pianiste Thomas Adès pose de nouveau ses valises à la fondation Louis Vuitton le temps d’une soirée chambriste. Avec une création mondiale à la clé (commande de la fondation).
La Sonate (1914) de Janácek constitue une entrée en matière des plus explicites tant Pekka Kuusisto a clairement choisi son camp: portamentos troubles, intonation rauque, flirt avec l’infrachromatisme, aigus strangulés – parfois jusqu’à la dilacération (dernier mouvement). Ce Janácek n’a pas été annexé pas les sonorités «philharmoniques» standards! Il baigne encore dans son jus Mitteleuropa... à moins que ce passe-muraille de Kuusisto, jazzman à ses heures, n’ait souhaité jeter des passerelles entre les sentiers rhapsodiques du Morave et les chemins de traverse de l’improvisation. Thomas Adès, de son côté, orchestre son jeu en conséquence: ici un cymbalum, là une comptine échappée de quelque boîte à musique avant la tragédie miniature du Final, dialogue de sourds où s’affrontent sans jamais fusionner le lyrisme éperdu du piano et les figures à peine articulées du violon.


S’il fallait verbaliser le fil rouge de ce magnifique programme, on opterait pour le monde de l’enfance... avec tout ce que l’expression charrie d’ingénuité, d’émerveillement, d’espièglerie. D’espièglerie, les Märchentänze d’Adès ne manquent pas. Le titre allemand fait référence à Schumann (Märchenbilder, Märchenerzählungen), mais l’univers est bien celui, inclassable, du compositeur britannique en ce qu’il parvient à assumer des références explicites ou habilement filtrées tout en donnant le sentiment de nous les faire entendre pour la première fois. La pièce liminaire, par-delà le bloc-moteur minimaliste qui sous-tend le flux du discours, séduit aussitôt par sa teneur mélodique: ce thème chantant, truffé de fausses notes, pourrait être sifflé à tue-tête par une bande d’écoliers au sortir de l’école. L’aspect ludique n’est jamais loin (on reconnaît bien là le compositeur de Living Toys, 1993), comme en témoignent les oppositions de registres entre les deux instruments. Cœur émotionnel de cette tétralogie de poche, la troisième pièce commence sans en avoir l’air, comme si l’on surprenait un violoneux de village, puis gagne en intensité avant l’ambiance résolument festive de l’ultime «conte », gorgé d’inflexions populaires.


Dans Duo concertant (1932), achevé peu après le Concerto pour violon, Stravinsky met Bach au goût du jour à la lumière de l’antiquité (grecque) et, bien sûr, par le prisme de la danse: «Eglogues» arcadiennes, «Gigue» rupestre et «Dithyrambe» en apesanteur, dont le lyrisme effusif – quoique jamais dégoulinant – voit Pekka Kuusisto (enfin) enclin à faire chanter son instrument.


Pour autant, on ne trouvera pas dans la Sonate en sol (1927) de Ravel ce versant aimable et élégant que le violoniste nous refuse. L’intonation, toujours un peu malmenée, finit par agacer dans l’Allegretto; d’autant que Thomas Adès façonne à merveille les quatre thèmes distincts (magnifique choral, que la pédalisation subtile fait sourdre comme une émanation). Mais elle séduit (forcément) dans le Blues, où le violon se mue en banjo. Course-poursuite haletante du Perpetuum mobile avant que le Tango de Stravinsky proposé en bis ne vienne clore, sur une touche humoristique et ironique, ce concert d’une cohérence irréfutable.



Jérémie Bigorie

 

 

Copyright ©ConcertoNet.com