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Aïda ou l’œil de l’orchestre

Liège
Opéra royal de Wallonie
03/25/2014 -  et 26, 27, 28, 30 mars, 1er, 2, 4, 5 (Liège), 11 (Charleroi) avril 2014
Giuseppe Verdi : Aida
Kristin Lewis*/Isabelle Kabatu (Aïda), Massimiliano Pisapia*/Rudy Park (Radamès), Nino Surguladze*/Anne-Maria Chiuri (Amnéris), Mark Rucker*/Carlos Almaguer (Amonasro), Luciano Montanaro (Ramfis), Pierre Gathier (Le Roi), Chantal Glaude*/Laura Balidemaj (La Grande-Prêtresse), Giovanni Iovino*/Marcel Arpots (Un messager)
Chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie, Marcel Seminara (direction des chœurs), Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, Paolo Arrivabeni (direction musicale)
Ivo Guerra (mise en scène), Johannes Haider (reprise de la mise en scène), Giulio Achilli (décors), Bruno Fatalot (costumes), Michel Theuil (lumières)


K. Lewis, M. Pisapia (© Jacky Croisier)


Importée de l’Opéra national de Bordeaux, la production d’Ivo Guerra signe le retour d’Aïda sur la scène de l’Opéra royal de Wallonie qu’elle avait déserté depuis 2006 – absence fort raisonnable si on la compare à celle de l’Opéra de Paris. Imaginé à la suite des travaux archéologiques de l’égyptologue Auguste Mariette alors très en cour, l’ouvrage affichait alors une volonté délibérée de reconstitution historique – du moins selon les canons de l’époque. Sous le crayon de Giulio Achilli, la scénographie ne s’aventure pas à prendre le contrepied de ces intentions aujourd’hui taxée de désuètes. Monumentalité de pierre et de sarcophage, esclaves soumis vêtus de pastel, puissance du religieux cristallisé en dorures et statues, rien ne manque au décorum, sans céder cependant au carton-pâte. Bien qu’elle n’explore pas des solutions inédites, la direction d’acteurs offre des trouvailles habiles à l’instar de la prière que la Grande-Prêtresse entonne son seul visage baigné d’obscurité quand le reste des femmes se trouve dans la lumière, nimbant ainsi cet appel d’un mystère surnaturel à l’effet indéniable. A défaut de renouveler la lecture de l’œuvre, ce respect du livret façonne un spectacle qui se laisse suivre et contente les frilosités d’un certain public.


Véritable pierre de touche de toute Aïda, le plateau vocal réuni se révèle satisfaisant – du moins le premier, celui dont nous avons pu juger. Dans le rôle-titre, Kristin Lewis, soprano afro-américaine née dans l’Arkansas, a la voix de son physique: voix ample et charnue dont elle tire son intensité dramatique, même si la texture se révèle parfois un peu lourde dans le changement de registre. Massimiliano Pisapia, son Radamès, constitue un excellent avatar de juvénilité italienne, au fait du style requis, et doué d’un engagement qui fait pardonner une évolution sur scène çà et là gauche. Capiteux velours géorgien, Nino Surguladze exhale les profondeurs de la jalousie d’Amnéris, qu’elle incarne puissante sans oublier pour autant l’amour qui bout dans ses entrailles. Le gros format de Mark Rucker cantonne Amonasro à la brutalité de la vengeance et tend à sacrifier le volume à la précision. Soucieux de puiser dans le vivier wallon, la maison liégeoise a réussi sa mission avec le noble roi de Roger Joakim et la présence identifiable de la Grande-Prêtresse confiée à Chantal Glaude. Luciano Montanaro succombe à l’excès d’autorité de Ramfis tandis que Giovanni Iovino s’acquitte d’un honorable messager. Préparés par Marcel Seminara, les chœurs ne manquent pas d’allure.


Mais la soirée doit une partie sensible de sa réussite à Paolo Arrivabeni, directeur musical de la maison depuis 2008. Sa battue équilibrée se monte soucieuse des nuances et fait vibrer la partition de la pompe des fameuses trompettes, claironnant sainement depuis les loges d’avant-scène, aux inflexions psychologiques de l’infernal trio amoureux, compensant ainsi les lacunes de l’œil. Une telle maîtrise idiomatique ne se sclérose jamais dans la tradition et restitue admirablement la balance entre l’épique et l’intime que Verdi porte à un original point d’incandescence dans Aïda.



Gilles Charlassier

 

 

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