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Soirée d’anthologie

Aix-en-Provence
Grand-Théâtre de Provence
07/10/2013 -  et 13, 16, 19 , 22* juillet 2013
Richard Strauss : Elektra, opus 58

Evelyn Herlitzius (Elektra), Waltraud Meier (Klytämnestra), Adrianne Pieczonka (Chrysothemis), Mikhail Petrenko (Orest), Tom Randle (Aegisth), Franz Mazura (Der Pfleger des Orest), Florian Hoffmann (Ein junger Diener), Sir Donald McIntyre (Ein alter Diener), Renate Behle (Die Haufseherin, Die Vertraute), Bonita Hyman (Erste Magd), Andrea Hill (Zweite Magd), Silvia Hablowetz (Dritte Magd), Marie-Eve Munger (Vierte Magd), Roberta Alexander (Fünfte Magd)
Coro Gulbenkian, Orchestre de Paris, Esa-Pekka Salonen (direction)
Patrice Chéreau (mise en scène), Thierry Thieû Niang (assistant à la mise en scène), Richard Peduzzi (décors), Caroline de Vivaise (costumes), Dominique Bruguière (lumières)


M. Petrenko, E. Herlitzius (© Pascal Victor)


Après son inoubliable De la maison des morts de Janácek en 2007, c’est peu de dire que Patrice Chéreau était attendu comme le messie au festival d’Aix-en-Provence. Au sortir de cette soirée d’anthologie, on peut affirmer que les attentes n’ont pas été déçues.


Fidèle scénographe du dramaturge français, Richard Peduzzi a imaginé un décor monumental qui évoque à la fois un palais antique et une scène de théâtre. Là vit recluse une Electre que Chéreau fait apparaître sur scène comme une bête sauvage au regard fiévreux, une SDF aux cheveux gras et emmêlés qui jette à terre son sac de couchage et ses rares effets. Comme à son habitude, Chéreau concentre son travail sur la mise en lumière des relations qui existent ou se tissent entre les protagonistes, conférant même aux personnages secondaires une épaisseur inhabituelle. Il n’a décidément pas son pareil pour dessiner une direction d’acteur au cordeau, qui laisse poindre pourtant l’émotion à chaque instant.


Le plateau vocal est un vrai bonheur. Il trouve dans Evelyn Herlitzius une chanteuse à la hauteur des exigences du rôle-titre, écrasant comme on le sait. D’une solidité à toute épreuve, la voix de la soprano allemande fait fi de la tessiture meurtrière de sa partie, en passant aisément les déchaînements orchestraux de la partition. Si le timbre n’est pas d’une beauté immédiate, la projection de la voix impressionne tout en restant expressive et musicale. Quant à l’actrice, mangée par un feu intérieur, elle s’avère fabuleuse.


La Chrysotémis d’Adrianne Pieczonka évolue quasiment sur les mêmes hauteurs. La soprano canadienne possède des moyens considérables, avec un timbre velouté et charnu à la fois. Superbe comédienne, elle incarne avec beaucoup de sensualité cette femme résolument tournée vers la vie, plus désireuse d’enfanter un jour que de répandre le sang en faisant expier leur crime au couple régicide que forment Egisthe et Clytemnestre. Cette dernière est incarnée par la légendaire Waltraud Meier, grande habituée du rôle. Avec un vibrato maîtrisé et un timbre préservé, la mezzo allemande ne cède jamais au Sprechgesang dans lequel se réfugient volontiers ses consœurs, pour chanter sa partie avec une musicalité de tous les instants. Loin également des harpies ou des monstres sanguinaires que l’on voit souvent, Meier campe une Clytemnestre sobre et digne, conférant ainsi à son personnage une humanité bienvenue.


Côté masculin, la basse russe Mikhail Petrenko offre une voix saine et robuste, à l’émission riche et franche. Il fait montre d’une belle présence scénique, intégrant bien dans son jeu l’humanité et la sobriété que requiert le personnage d’Oreste. Dans les rôles secondaires, on retiendra l’émouvante cinquième servante de Roberta Alexander, tandis que Renate Behle incarne une surveillante aussi autoritaire que revêche. Si Tom Randle campe un Egisthe veule, c’est avec une voix ferme et bien projetée. Citons également les deux vétérans de la soirée, d’un égal impact dramatique: Sir Donald McIntyre (79 ans) dans le rôle du Vieux serviteur, et Franz Mazura (89 ans!) dans celui du Précepteur.


Dernier bonheur – mais pas le moindre – de la soirée, la baguette miraculeuse d’Esa-Pekka Salonen, qui dirige un Orchestre de Paris des grands soirs. Digne de tous les dithyrambes, le chef finlandais procure à l’auditoire une jouissance musicale de tous les instants, il est vrai au travers d’une partition d’une richesse et d’une luxuriance peut-être à nulles autres pareilles dans l’histoire de l’opéra. Ainsi la force tellurique des premiers accords cloue-t-elle le spectateur à son siège pour ne plus lui laisser le moindre répit, pendant près de deux heures, jusqu’au paroxysme cataclysmique final. La rigueur de la gestique de Salonen, l’incroyable variété de couleurs obtenue de son instrument – tour à tour haletant, menaçant, percutant... –, la somptuosité de la pâte orchestrale, tout cela approche ce soir le sublime.


Une interminable ovation debout est venu saluer – il ne pouvait pas en être autrement – cette Elektra d’anthologie.


Le site du festival d’Aix-en-Provence



Emmanuel Andrieu

 

 

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