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Annick Massis, une reine du bel canto

Monaco
Auditorium Rainier III
02/24/2013 -  et 26* février 2013
Vincenzo Bellini : La sonnambula

Annick Massis (Amina), Celso Albelo (Elvino), In-Sung Sim (Il Conte Rodolfo), Alessandra Marianelli (Lisa), Karine Ohanyan (Teresa), Gabriele Ribis (Alessio), Vincenzo Di Nocera (Un notario)
Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo, Stefano Visconti (chef de chœur), Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, Antonino Fogliani (direction musicale)


A. Massis, C. Albelo, A. Fogliani (© Opéra de Monte-Carlo)


Disons le d’emblée, c’est avec un plaisir (presque) sans réserves que nous avons goûté cette Somnambule monégasque, l’ouvrage du maître de Catane s’avérant l’un des plus purs chefs-d’œuvre du bel canto romantique, aux côtés de Norma et des Puritains. On le sait, tout l’opéra repose sur les épaules d’Amina, l’un des plus beaux rôles de prima donna de tout l’ottocento; conçu pour une soprano drammatico d’agilità de l’envergure de Giuditta Pasta, il a cependant perdu son identité au XXe siècle: une succession de sopranos coloratures, à la virtuosité époustouflante, s’emparent alors de l’héroïne tragique imaginée par Bellini et la transforment en poupée mécanique, moyennant l’ajout de cadences et d’extrapolations qui défigurent le propos et dénature le style de la musique. Amina, pourtant, n’est ni Lakmé, ni Olympia!


Maître des lieux, Jean-Louis Grinda a invité une des plus grandes expertes du répertoire belcantiste, la soprano Annick Massis, connue et admirée pour son impeccable technique et sa magnifique musicalité. Injustement et incompréhensiblement tenue à l’écart des scènes françaises (et notamment parisiennes) – si l’on excepte ses récentes apparitions le mois dernier à Lyon dans L’Enfant et les sortilèges ou l’an passé à Marseille dans Le Comte Ory, la diva française se montre, dans le rôle d’Amina, impressionnante d’aisance et troublante de vérité, notamment dans les passages mélancoliques («Care compagne», «Ah, non credea mirarti») qui sont rendus avec une bouleversante simplicité, soutenus par un legato exemplaire, une vaste palette de nuances et des pianissimi à peine caressés. Elle obtient un triomphe mérité au moment des saluts.


Remarquable duc de Mantoue il y a deux saisons in loco, le ténor canarien Celso Albelo fait face à la tessiture meurtrière d’Elvino, mais hurle tous ses aigus, plutôt que de recourir au falsetto, ce qui paraît non seulement hors propos mais même d’un goût douteux. Dommage, car le timbre est séduisant et la ligne mélodique d’une belle distinction. Le Coréen In-Sung Sim ne possède ni la morbidezza, ni la noblesse d’une basse bellinienne, et surtout son timbre monochrome s’avère incapable de traduire l’élégance aristocratique de Rodolfo. A l’exception de quelques aigus trop ouverts, la soprano italienne Alessandra Marianelli campe une remarquable Lisa, capable de venir à bout des contre-ut et des trilles de son périlleux «air de noces». Karine Ohanyan fait de Teresa un personnage aux accents charmeurs, Gabriele Ribis campe un touchant Alessio tandis que Vincenzo Di Nocera incarne un notaire un brin hâbleur.


Quant à Antonino Fogliani, il parvient toute la soirée durant à restituer sa dignité belcantiste au chef d’œuvre de Bellini. A la tête d’une phalange superbement équilibrée, le chef italien respecte toute la poésie de la partition, avec une rare finesse dans l’approche et un phrasé d’une admirable pulsation rythmique.



Emmanuel Andrieu

 

 

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