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Voyage réinventé

Paris
Salle Pleyel
02/28/2012 -  et 5 mars (Washington), 18 avril (Los Angeles), 13 mai (München) 2012
Franz Schubert : Winterreise, D. 911

Matthias Goerne (baryton), Christoph Eschenbach (piano)


C. Eschenbach (© Eric Brissaud)


C’est peu dire qu’après une exceptionnelle Belle meunière en novembre dernier, et tandis qu’entre-temps Thomas Quasthoff a annoncé qu’il était contraint de mettre un terme à sa carrière, le retour de Matthias Goerne et Christoph Eschenbach pour Le Voyage d’hiver (1827) de Schubert était attendu avec impatience. Et un peu d’appréhension en même temps, car bien souvent, la déception est d’autant plus cruelle que les espérances sont élevées. Tel ne fut heureusement pas le cas pour le deuxième de ces trois concerts que les deux partenaires donnent cette saison à Pleyel: partenaires à l’image de cette entrée en scène, avec un bon quart d’heure de retard, non pas l’un derrière l’autre, mais côte à côte et, ensuite, surtout, en parfaite entente.


Malgré la taille de la salle et un public toussant sans cesse, comme si certains voulaient montrer qu’ils avaient bien compris de quelle saison il s’agissait, le baryton allemand parvient à installer l’atmosphère intimiste du liederabend. Le ton est celui du récit ou de la confidence résignée, comme déjà d’outre-tombe, davantage que celui de la déclamation: il n’hésite pas à forcer l’attention par des pianissimos à découvert, sans vibrato, avec un timbre d’une parfaite pureté et une voix d’une admirable ductilité. Très fouillée et travaillée – à commencer par la restitution du texte, qui rend le surtitrage superflu pour les germanophones – son interprétation ménage des effets dramatiques, par exemple en laissant planer de longs silences ou en osant des tempi très lents («L’Auberge»). Après s’être assuré que tout est en place – aisance dans l’aigu («La Girouette»), graves somptueux («Larmes gelées») – il entre véritablement en osmose avec la musique: se laisse-t-il envahir ou bien se l’approprie-t-il? Peu importe, car c’est sous nos yeux une réinvention constante de la partition, qui semble se créer au fur et à mesure.


La déception, si déception il y a là, vient plutôt du côté d’Eschenbach, moins d’une relative fragilité que d’une tendance à s’abandonner à des coquetteries qu’on lui connaît comme chef mais dont le précédent récital paraissait exempt. Mais l’impression d’ensemble demeure très positive: un toucher varié, une sonorité superbe, un piano qui ne s’efface pas, sans étouffer pour autant le chanteur.


Les deux musiciens concluront leur panorama schubertien le 11 mai avec Le Chant du cygne, suivi de la Vingt-troisième Sonate, mais d’ici là, les 11 et 12 avril, Goerne chantera des lieder de Schubert et R. Strauss, accompagné par Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris, qu’Eschenbach aura lui-même dirigé quinze jours plus tôt dans un programme associant Webern, Berg (avec Gil Shaham) et Bruckner.



Simon Corley

 

 

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