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« Partez pour la Crète »

Aix-en-Provence
Théâtre de l'Archevêché
07/04/2009 -  & 7*, 10, 13, 15, 17 juillet 2009
Wolfgang Amadeus Mozart: Idomeneo, rè di Creta, K. 366
Richard Croft (Idomeneo), Yann Beuron (Idamante), Sophie Karthäuser (Ilia), Mireille Delunsch (Elettra), Xavier Mas (Arbace), Colin Balzer (Grand Prêtre de Neptune), Luca Tittoto (La Voix de Neptune)
Chœur de la Radio de Berlin, Simon Hasley (chef de chœur), Les Musiciens du Louvre-Grenoble, Marc Minkowski (direction musicale)
Pierre-André Weitz (décors et costumes), Olivier Py (mise en scène et lumières)


M. Delunsch (© Elisabeth Carecchio)


Le coup d'envoi du soixante-et-unième Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence a été donné il y a quelques jours à peine avec Le Crépuscule des dieux dont il sera bientôt question dans ces colonnes. Il se poursuit en alternance avec Idomeneo, rè di Creta, Orphée aux enfers (nouvelles productions), La Flûte enchantée (reprise) pour les opéras, et une pléiade de concerts et récitals, tous plus prestigieux les uns que les autres. On y entendra rien moins que l'Orchestre philharmonique de Berlin, le Camerata de Salzbourg, les Musiciens du Louvre-Grenoble, le chœur de la Radio de Berlin, dirigés par des Pierre Boulez, Sir Simon Rattle, Marc Minkowski, René Jacobs, etc. auxquels se joindront une myriade de solistes célèbres et de musiciens hors-pairs. Peu étonnant, donc, que le budget du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence soit colossal: 19,2 millions d'euros - dont 3,9 Millions seulement sont représentés par la vente de billets. Sans les collectivités territoriales, les parrains et mécènes, il aurait fallu vendre la place d'orchestre pour Le Crépuscule des dieux non pas 350 Euros - somme déjà coquette - mais environ 1600…



Mais revenons à nos moutons crétois. La mise en scène de cette nouvelle production d'Idomeneo, rè di Creta signée Olivier Py ne manque pas d'intérêt en ce qu'elle tente de jeter un pont entre un récit mythologique et les sociétés d'aujourd'hui, et d'établir un lien entre un livret dépourvu de tension dramatique et l'universalité des situations ou la profondeur des personnages. Quitte à bousculer un certain conformisme, voire à provoquer, Olivier Py, on ne s'en étonnera pas, voit dans Idomeneo l'occasion de faire quelques références à nos sociétés contemporaines où la violence, celle d'un peuple qui asservit un autre peuple, reste d'actualité. Les esclaves Troyens, par exemple, sont ici des immigrés clandestins africains que les Crétois bousculent manu militari avec des fusils-mitrailleurs.



Le décor de Pierre-André Weitz est essentiellement constitué de deux vastes structures métalliques en forme de gradins qui servent d'espace scénique et au sommet desquelles s'affrontent Troie et la Crète. Ces éléments mobiles aux configurations sans cesse changeantes sont fermés, au fond de la scène, par un vaste panneau qui lance des reflets miroités tout à fait réussis. L'ensemble est du meilleur effet et parvient même à conférer artificiellement à la scène du théâtre de L'Archevêché une profondeur qu'elle n'a pas. À la fin de l'opéra, au moment de la réconciliation, ces deux structures ne formeront plus qu'une.



La chorégraphie du ballet (K. 367) qui conclut l'ouvrage nous raconte l'histoire une deuxième fois en reprenant fort intelligemment les moments forts de la mise en scène.



Musicalement, on est presque au meilleur niveau. Le chœur de la Radio de Berlin, pourtant peu habitué à chanter et à jouer en même temps est impeccable de cohésion et de musicalité, tout particulièrement dans le "Oh votto tremendo!" de l'acte 3 où cette magnifique formation trouve des intonations sombres et lugubres du meilleur aloi. La voix de Richard Croft en Idomeneo possède le métal pour convaincre, à défaut de puissance, et la technique est sûre. Il est peu impressionné par un rôle dont la tessiture est passablement étendue. Son "Fuor del mar" est de belle facture et les ornementations exécutées sans difficulté, sans pour autant sacrifier à la composition du personnage. Sophie Karthäuser est une Ilia touchante et déterminée. La voix est claire et le "Zeffiretti lusinghieri" de l'acte 3 est chanté avec beaucoup de douceur et de charme. Le rôle d'Idamante, souvent confié à un mezzo-soprano, est ici chanté par un ténor, ce qui confère davantage de crédibilité au rapport père-fils. Yann Beuron convainc: son Idamante est touchant et sincère. Mireille Delunsch en Elettra exécute avec la fureur requise son "Idol mio, se ritroso " à l'acte 1. Le recitativo accompagnato "Oh smania! Oh furie!" du troisième acte, superbement soutenu par les cordes graves, est irrépréhensible et Delunsch enchaîne avec le redoutable "D'Oreste, d'Aiace". Véhémente, hystérique, baignant dans son sang, elle déjoue les difficultés de cette aria avec une belle assurance, sauf, peut-être, dans les forte de l'orchestre où la voix manque un peu de puissance. Xavier Mas (Arbace) est parfait en confident loyal et se tire fort bien de son "Se il tuo dol", tandis que Colin Balzer (Grand Prêtre de Neptune) et Luca Tittoto (Neptune) ont eux-aussi fière allure.

Dans la fosse, les Musiciens du Louvre – Grenoble sont d'une précision et d'une limpidité exemplaires. La direction de Marc Minkowski allie fermeté, dynamisme et élégance. On ne saurait mieux faire.



Le public, où l'on entend une poignée de spectateurs éternellement mécontents mais surtout impolis, est partagé entre l'enthousiasme et le désir de vite quitter la cour de L'Archevêché à une heure très tardive et par une température qu'un léger Mistral a rendue frisquette.


Le site du Festival d'Aix-en-Provence



Christian Dalzon

 

 

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