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Ouf!

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Palais omnisports de Paris-Bercy
03/06/2008 -  
Gustav Mahler : Symphonie n° 8

Twyla Robinson (soprano, Magna peccatrix), Erin Wall (soprano, Una pœnitentium), Marisol Montalvo (Mater Gloriosa), Nora Gubisch (alto, Mulier samaritana), Annette Jahns (alto, Maria ægyptica), Nikolai Schukoff (ténor, Doctor Marianus), Franco Pomponi (baryton, Pater Ecstaticus), Denis Sedov (basse, Pater profundus)
Chœur de l’Orchestre de Paris, Didier Bouture, Geoffroy Jourdain (chefs de chœur), Wiener Singverein, Johannes Prinz (chef de chœur), London Symphony Chorus, Joseph Cullen (chef de chœur), Maîtrise de Radio France, Marie-Noëlle Maerten (chef de chœur), Chœurs d’enfants rassemblés par l’ARIAM Ile-de-France sous la direction de Marie-Noëlle Maerten: Chœur d’enfants l’Inchœurigible, Christine Morel (chef de chœur), Chœur d’enfants Nadia Boulanger, Emilie Dupont-Lafort, Olivier Bardot (chefs de chœur), Chœur d’enfants de Levallois-Perret, Jean-François Claudel (chef de chœur), Chœur des Polysons, Elisabeth Trigo (chef de chœur), Maîtrise des petits chanteurs de Saint-Christophe de Javel, Henri Chalet, Caroline Marçot (chefs de chœur), Orchestre de Paris, Christoph Eschenbach (direction)
Ange Leccia (création scénographique), Stéphane Fiévet (mise en espace, coordination artistique)


Les tentations ne manquaient pourtant pas en ce jeudi: l’hommage à Guy Erismann à Radio France, la Passion selon saint Matthieu à Notre-Dame, Kurt Weill à la Cité de la musique, Lugansky et Gatti aux Champs-Elysées, Carmignola à Gaveau... Et ce n’est jamais sans appréhension que l’on se rend à ces grand-messes classiques périodiquement organisées au Palais omnisports de Bercy, tant les vastes volumes y sont problématiques, même pour des musiques (réputées) pharaoniques – Aïda (voir ici) en fut, dès 1984, l’exemple type.


Mais même si, pour s’en tenir au registre du Livre des records, c’est sa Troisième symphonie qui est la plus longue, comment résister à la fascinante et démesurée Huitième (1906) de Mahler? Difficile de manquer un telle rareté, tenant naturellement aux difficultés acoustiques et matérielles que suscitent ses «mille» exécutants – sans doute ici environ 650 – et qui font même reculer les producteurs de disques, encore qu’avec un effectif plus raisonnable, d’autres salles de la capitale auraient sans doute pu accueillir le spectacle dans de meilleures conditions non seulement acoustiques mais aussi visuelles.


Etait-il pour autant possible d’en faire un événement populaire, comparable à ces Carmen, Nabucco et autres Turandot qui ont hanté les lieux? La réponse est mitigée: deux soirées étaient certes prévues à l’origine, mais alors même que les vacances scolaires n’étaient pas encore terminées, l’unique représentation a réuni une affluence que l’on pourra juger satisfaisante s’agissant d’une œuvre de bien moindre notoriété que ces grands opéras et compte tenu aussi du prix des places (jusqu’à 107 euros): environ 8 000 personnes, c’est déjà plus de quatre fois la capacité de la Salle Pleyel – et il faut du temps pour les placer, les musiciens ne rejoignant le plateau, après un long parcours parmi les spectateurs, qu’avec près d’une demi-heure de retard.


L’un des arguments promotionnels consistait dans la «création scénographique» d’Ange Leccia et la «mise en espace» de Stéphane Fiévet. Le premier, qui, après sa collaboration récente avec Merce Cunningham, dit désormais «penser autrement le traitement de l’espace et du temps», affichait un volontarisme à toute épreuve: «nous allons joindre une œuvre du répertoire et un geste artistique contemporain. Ca peut, ça doit fusionner, je vais chercher des correspondances, des échos avec des visions d’aujourd’hui». Le second considère quant à lui que «Bercy propos une autre approche sensorielle du concert».


Le résultat se révèle hélas d’une accablante banalité: les images projetées sur trois immenses toiles blanches, de part et d’autre de la scène et au-dessus des choristes, n’ont guère plus d’intérêt que les ondulations colorées que propose le lecteur Windows media. Un dispositif maintenu sans désemparer durant tout le concert, hormis, à la fin de la seconde partie, pour retransmettre en gros plan la brève apparition de Marisol Montalvo en Mater gloriosa immaculée, au sommet des marches, côté cour. Un surtitrage traditionnel aurait finalement été plus utile, d’autant que l’éclairage n’était généralement pas suffisant pour permettre la lecture des textes chantés, reproduits et traduits dans le programme.


Mauvaise surprise pour l’œil, mais bonne surprise, en revanche, pour l’oreille. Ouf! Si la confusion règne dans la polyphonie complexe de la première partie, où il ne faut pas songer un instant comprendre les paroles, la sonorisation, due notamment à l’excellent Philippe Pélissier, n’en est pas moins remarquablement dosée, au point que la relative faiblesse des effets de masse se fait parfois regretter. La spatialisation intrigue parfois, avec un équilibrage imparfait des différents blocs sonores, une réverbération se fait jour ça et là, certains détails semblent artificiellement mis en valeur, mais au moins perçoit-on clairement tous les instruments, y compris les harpes, le célesta et même la mandoline.


Tant mieux! Car si cette Huitième suscite le même a priori qu’Aida, le fortissimo y est en réalité tout aussi parcimonieusement employé – quitte à décevoir une partie du public – à l’image de ce groupe additionnel de trompettes et trombones, placé dans les hauteurs sur la droite du chef, qui n’intervient que dans les toutes dernières mesures des deux parties. On sait d’ailleurs que Mahler n’approuvait pas le surnom de «Symphonie des mille», inventé à des fins publicitaires par l’impresario Emil Guttmann.


Déjà à Bercy mai 2004 pour Les Contes d’Hoffmann mis en scène par Jérôme Savary (voir ici), l’Orchestre de Paris se montre sous un jour tout à fait favorable. Christoph Eschenbach mène l’ensemble à bon port, et ce n’est pas une mince affaire que d’assurer la mise en place d’un tel ensemble. Les forces vocales réunies pour cette seule occasion impressionnent évidemment par leur nombre mais aussi par leur qualité: trois chœurs, celui de l’Orchestre de Paris, bien sûr, mais aussi – excusez du peu – le Wiener Singverein et le Chœur de l’Orchestre symphonique de Londres, ainsi que sept chœurs d’enfants, à commencer par la Maîtrise de Radio France. Les solistes s’adaptent inégalement à ces conditions inhabituelles: certains, comme s’ils avaient oublié la présence des micros, s’époumonent et abusent du vibrato, en particulier du côté des hommes; d’autres tirent leur épingle du jeu, comme Erin Wall, Annette Jahns et Twyla Robinson, remplaçant Marina Mescheriakova, souffrante.


Ce rendez-vous aussi redouté qu’attendu n’aura donc pas démérité au regard du commentaire du critique suisse William Ritter à l’issue de la création munichoise en 1910: «une immense composition décorative exécutée par une foule et proposée aux foules».



Simon Corley

 

 

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