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Retour attendu

Paris
Théâtre des Champs-Elysées
11/02/2026 -  et 5*, 7, 12, 15 novembre 2026
Giacomo Puccini : Manon Lescaut
Ailyn Pérez (Manon Lescaut), Roberto Alagna (Le Chevalier des Grieux), Lionel Lhote*/Iurii Samoilov (Lescaut), Nicola Ulivieri (Géronte de Ravoir), Léo Vermot-Desroches (Edmond, Le maître de ballet, Un allumeur de réverbères), Mathilde Ortscheidt (Un chanteur), Maurel Endong (L’aubergiste, Le sergent)
accentus, Christophe Grapperon (chef de chœur), Orchestre National de France, Lorenzo Passerini (direction musicale)
Oliver Mears (mise en scène), Sarah Fahie (chorégraphie), Annemarie Woods (scénographie, costumes), Ricardo Pardo (scénographie), Fabiana Piccioli (lumières)


A. Pérez, R. Alagna (© Vincent Pontet)


Manon Lescaut, créé en 1893 à Turin, fut le premier véritable succès de Puccini. Il n’a pas toujours la place qu’il mérite dans le répertoire des théâtres lyriques du monde alors que La Bohème, Madame Butterfly et Tosca sont des champions du box‑office. Alors que dans le cadre de son festival annuel, l’Opéra de Lyon en avait affiché la saison dernière une excellente production, Paris ne l’avait pas donné depuis une trentaine d’années, à l’Opéra Bastille dans une mise en scène de Robert Carsen venue d’Anvers, qui n’était pas la meilleure d’un excellent cycle Puccini réalisé avec le chef Silvio Varviso.


Pour ce retour attendu, le Théâtre des Champs-elysées en a réalisé une coproduction avec le Royal Opera House Covent Garden de Londres mise en scène par Oliver Mears, son directeur depuis 2017. Son spectacle, d’une réalisation impeccable tant par la direction d’acteurs que la réalisation des décors et costumes de Ricardo Pardo et Annemarie Woods, la chorégraphie de Sarah Fahie et les éclairages virtuoses de Fabiana Piccioli, fait évoluer la destinée tragique des héros du roman de l’abbé Prévost dans le temps depuis leur chronologie originale jusqu’à notre siècle. Le découpage en quatre actes reflétant de façon très squelettique la totalité de cette histoire romanesque permet de réaliser quatre tableaux d’esthétiques très différentes. Grande réussite pour les trois premiers de l’auberge, du salon de Géronte et du Havre mais excessif pour le dernier, qui contient les pages les plus poignantes de l’œuvre. Pour faire mourir de soif et d’épuisement Manon condamnée à l’exil, la représenter en vamp miteuse dans un bordel américain réduit la crédibilité de cette fin dramatique. Il faudrait avoir le courage de supprimer le surtitrage, qui raconte autre chose que ce que la volonté du metteur en scène a décidé de montrer. C’est d’autant plus regrettable que les trois quarts du spectacle, une fois admise la translation temporelle, résument brillamment le cheminement de l’héroïne vers la mort malgré les coupes sombres dans le déroulé de l’histoire. Le tableau de l’auberge, inspiré de tableaux du XVIIIe siècle, et celui de l’appel des femmes déportées et leur embarquement pour l’Amérique sont des réussites esthétiques complètes.


Bien que l’on sache gré à l’Orchestre national de France de ne pas s’être mis en grève ce soir‑là (*), il faut bien reconnaître que sa prestation ne restera pas inoubliable. Dirigé avec une brutalité constante par le chef italien Lorenzo Passerini, et visiblement pas dans son univers, il a joué avec beaucoup de sécheresse cette partition si subtile et même réussi à brusquer le bijou absolu qu’est l’Intermezzo central.


Si, stylistiquement, on restait parfois loin de compte, l’opéra était vocalement parfaitement défendu. Il est certain que la présence de Roberto Alagna élevait le niveau à une hauteur stupéfiante. Le ténor, vedette nationale désormais sexagénaire, a gardé une forme vocale insolente et chante toujours avec cette énergie, cette diction remarquable et ce timbre solaire qui sont sa signature parfois au prix d’une sécheresse dans les climax mais toujours avec un panache éblouissant. Si on lui passe quelques faiblesses dans le grave et le bas médium, la soprano américaine Ailyn Pérez domine la tessiture de Manon. La sensualité de la vocalité puccinienne n’est pas toujours bien perceptible mais sa présence dramatique et son intelligence de l’évolution du personnage sont remarquables et ont en quelque sorte sauvé la scène finale. Parfaits aussi le Lescaut de Lionel Lhote et le Géronte de Nicola Ulivieri, comme tous les seconds rôles, figurants, danseurs et silhouettes de cette distribution.


(*) La représentation du 5 novembre, jour de grève nationale, a été précédée d’une intervention syndicaliste expliquant que l’Orchestre national de France avait décidé de ne pas annuler la soirée par respect pour les équipes artistiques et détaillant les coupes budgétaires passées et à venir, informations diversement reçue par le public qui a réservé un accueil très enthousiaste à tous les protagonistes du spectacle.



Olivier Brunel

 

 

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